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Brabova (Roumanie) : une belle aventure

Ecrit le 11 novembre 2009

 Une belle aventure

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Roum

Il y a 20 ans débutait une aventure : celle des relations entre Châteaubriant et Brabova (Roumanie). Le Comité a décidé de marquer cet anniversaire par une exposition à la Maison de l’Ange à Châteaubriant du 15 au 22 novembre. Démonter deux moulins dans la région de Châteaubriant, les transporter jusqu’à Brabova, fabriquer un moulin, aider à le faire tourner… Finalement ce moulin a fait faillite mais le mouvement solidaire mérite d’être conté, d’autant plus que les relations humaines ont été importantes dans cette aventure : avec Brabova et Craiova bien sûr, mais aussi entre Castelbriantais (au sens large).

Vernissage de l’expo samedi 14 novembre à 17h, en présence de l’ami Ducu Dumitrascu, de Craiova. L’expo sera ensuite ouverte tous les après-midi (14-18 h) et le dimanche 10-12 h et 14-18 h

Remontons dans l’histoire


Ecrit le 25 novembre 2009

 Adopter un village

Il y a 20 ans … en 1989, avait lieu l’opération « Villages Roumains », mouvement de protestation contre la « systéma-tisation » élaborée par le régime roumain du dictateur Ceausescu menant vers la destruction de l’habitat rural traditionnel roumain.

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Quelques acteurs de l’ép
Pierre Colin, Françoise Guinchard, Ducu Dimitrascu, Victor-Paul Briand - et, au premier rang : Puerre Urvoy, Marie Françoise Gicquel

Le 15 juin 1989, la municipalité de Châteaubriant, sous l’impulsion de Pierre Urvoy, décide d’y participer et de parrainer un village roumain : Brabova, à 2500 km de Châteaubriant. Et le régime de Ceauşescu s’effondre après avoir ordonné aux forces armées et à la Securitate d’ouvrir le feu sur les manifestants dans la ville de Timişoara le 17 décembre 1989. Mais l’opération Villages roumains continue pour aider ce pays très pauvre où il fallait donner un pourboire pour entrer à l’hôpital, et un autre pour que le personnel change les couches d’un bébé - pour aider ce pays connaissant une importante pénurie des produits de base, des coupures d’électricité fréquentes (même pendant les opérations chirurgicales) et l’arrêt des soins pour les personnes de plus de 70 ans.

Une collecte en décembre 1989 rapporte 28 000 F (soit 4270 €) dont 1000 F donnés par l’Union des commerçants de Châteaubriant. Une collecte les 12-13 janvier 1990 rapporte des centaines de cahiers, des milliers de crayons et des denrées non périssables. Le 20 janvier 1990, quatre délégués de Châteaubriant partent à la découverte de Brabova, commune de 2475 habitants, ingénieur agricole. La situation est grave : l’hôpital ne possède pas l’eau courante, les malades, souvent à deux par lit, boivent dans des seaux en se servant de la même louche, la pharmacie est aussi vide que l’hôpital, le système scolaire semble correct. Les habitants ne meurent pas de faim mais la production agricole est à réorganiser. Les délégués de Châteaubriant se demandent sur quoi faire porter leur action.

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Brabova

A Châteaubriant, sous l’impulsion du Comité Roumanie, les dons en espèces et en nature se multiplient, une quinzaine d’entreprises apportent leur parrainage. Le 4 avril 1990 une ambulance, acquise avec les fonds de la solidarité, grâce à l’appui du Syndicat départemental des Ambulanciers privés de Loire-Atlantique, est offerte à Brabova, le coffre plein de médicaments et de matériel scolaire. Par la suite des Roumains viennent en découverte à Châteaubriant.

 Construire un moulin

Passé ce temps de mobilisation émotionnelle, le comité Roumanie engage un travail de fond, avec un projet fou : construire un moulin à Brabova, pour éviter aux habitants de se rendre à 25 km de chez eux, par un chemin pentu à 10 %, impraticable l’hiver Au cours d’un séjour de trois semaines à Brabova, Pierre Urvoy participe à des réunions avec les habitants. Il faut 4 millions de Lei, les habitants peuvent réunir 2 500 000 Lei, la commune de Châteaubriant est sollicitée pour le reste (soit 37 500 F, ou 5700 €). Faisable. Une annonce est passée dans un journal professionnel « Le petit meunier ».

Avec l’aide de Yannick Pichot, industriel minotier, une dizaine de propositions de matériels arrivent. Il faut trouver l’argent pour acheter un mécanisme de meule. Les établissements scolaires se mobilisent : il faut 50 000 à 70 000 F. Il faudra ensuite démonter le matériel et l’acheminer vers Brabova pour le remonter sur place. Les Roumains de leur côté construisent un bâtiment et envoient des personnes en formation en France pour 3 mois.

Mais les difficultés se multiplient, l’inflation galope. En mai 1992, 1 F = 16 Lei — en juin 1993, 1 F = 125 Lei ! La distance, la langue, les communications téléphoniques difficiles, les problèmes juridiques : tout est compliqué. Mais deux moulins sont été acquis, l’un à Guémené Penfao, l’autre à Beslé sur Vilaine. Avec deux, on en fera un.

Le démontage commence le 15 juillet avec Alfred Lemoine meunier en retraite, Jean Paul Rovere et beaucoup d’autres. Certaines pièces font 8 tonnes ! Tous les morceaux sont numérotés, classés par étage selon un jeu de couleur : bleu, jaune, rouge et vert. Un travail de titans. Le démontage est terminé en fin 1994. Les réparations nécessaires sont faites au Lycée Etienne Lenoir. Reste à trouver le moyen de transport. Le départ est prévu pour le 27 mars 1995. Quatre routiers bénévoles se relaieront.

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Le mo
construit en 1995

22 Juin 1995, deux techniciens, Alfred Lemoine et Jean Louis Riot arrivent à Brabova, la construction devra durer trois semaines. Mais la Roumanie manque d’outils, il faut 3 semaines pour avoir des boulons. Le moulin est prévu pour 10-15 tonnes de farine par jour. Par la suite il sera géré par une société d’actionnaires (dont 30 % de la commune de Brabova).

La première farine sort du moulin de Brabova le 26 avril 1996. et Brabova fait la fête. Du côté français on compte 2000 heures de travail bénévole. Mais en l‘an 2000 le moulin fait faillite…. Fin.

Déception ? Oui, sûrement. Le développement local est une notion qui suppose une société civile vivante : La vie associative, le débat qu’elle peut animer, n’ont pas réellement pu se vivre à Brabova.

« Enthousiastes dans notre soutien, nous avons pensé « français » sans mesurer la distance qui nous sépare de nos partenaires roumains. Ils ont les difficultés de leur histoire » dit le comité qui cependant ne regrette rien.

« Toutes celles et tous ceux que nous avons croisés en France et en Roumanie sur le Route du Moulin peuvent en témoigner. L’aventure a été une belle aventure. Elle nous a beaucoup enrichis humainement. Nous avons dépassé les clivages sociaux ou culturels, nous sommes sortis de notre jardin et de nos habitudes, le jeu en valait vraiment la chandelle ».
L’estime réciproque et les amitiés qui se sont nouées il y a 20 ans restent vivaces. Châteaubriant est apparue sous un visage ouvert et solidaire. « Dans cette histoire, nous avons rencontré une centaine de personnes. Des liens se sont créés. C’est ça aussi le développement. Finalement cela vaut le coup de goûter à l’international ».

L’exposition du 20e anniversaire sera visible sur le site http://www.chateaubriant.org.