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CAPS-01. Désert médical du week-end

Ecrit le 23 avril 2003

Histoire d’urgences

Celui qui n’a pas eu besoin d’appeler un toubib le week-end ne sait pas ce qui se passe. Il faut donc expliquer que depuis quelques mois et à la suite de la grève des soins de l’an dernier, le service de garde des médecins fonctionne ... sans fonctionner, car le toubib « de garde » assure sa garde (ou non) selon sa conscience !

Lu dans un cabinet vétérinaire, l’affichette suivante :

Pour vos animaux, nous pensons
qu’il est normal qu’un vétérinaire du cabinet
_assure les urgences
_la nuit et le week-end.
_Demandez à tout hasard
_à votre médecin
_s’il en fait autant pour vous

Cette affichette a mis la puce à l’oreille de quelques-uns de nos lecteurs et des témoignages sont tombés en avalanche.

Le 15

L’histoire de cet homme, dont la femme est malade un vendredi, mais qui pense qu’avec une bonne nuit ça va se passer. Le lendemain la malade a 40°, c’est un samedi après-midi, pas moyen d’avoir un médecin de garde. L’homme ne pense pas à aller aux urgences au centre hospitalier de Châteaubriant : il appelle le 15 et, après un bon quart d’heure d’attente, il obtient au bout du fil une personne fort aimable qui lui dit : « Je vais vous passer un médecin, mais je vous préviens, il n’est pas commode ». Effectivement, l’homme se fait eng... « Donnez-lui de l’aspirine et la fièvre tombera ». Dans la nuit la fièvre ne tombe pas. Le lendemain, un dimanche, la femme délire. L’homme rappelle le 15 et tombe cette fois sur un médecin plus aimable qui le met en contact avec un médecin de garde de notre région (ouf ! Il en a trouvé un)

Ce jour-là le médecin de garde refuse de se déplacer chez les clients. Il faut amener la malade au cabinet médical. Un quart d’heure de consultation, et le pauvre homme se fait encore eng... : « Comment, vous avez attendu si longtemps pour une telle urgence ? » . Vite, direction l’hôpital. Si la femme est si mal en point, c’est bien sûr de la faute de son mari qui n’a pas su s’expliquer au téléphone avec « le 15 ».

Autre témoignage : c’est celui d’un agriculteur du coin qui constate : « On voit plus vite un vétérinaire dans la cour de la ferme, qu’un médecin, désormais ». Et encore, cet homme n’a pas à se plaindre : dans notre région les médecins des petits bourgs se déplacent encore à domicile, même le week-end.

Rupture de stock

Autre témoignage : celui de ce pharmacien castelbriantais qui constate un week-end que d’autres pharmacies qu’il croyait de garde (à Pouancé en l’occurrence) sont fermées. Il doit faire face à une demande de médicaments plus forte que d’habitude. Du coup, comme il n’a pas été prévenu de la chose, il risque de se trouver en rupture de stock..

Le même pharmacien raconte qu’un de ses clients a eu une ordonnance par fax « par le 15 ». Théoriquement, c’est illégal, dit le pharmacien, du moins en semaine, mais il semble que la situation soit différente les samedis après-midi et dimanches. Théoriquement aussi, il faut que le pharmacien retéléphone au 15 pour être bien sûr que tel produit a été prescrit à telle personne. Mais comment rappeler le 15 quand il y a un quart d’heure d’attente et que l’officine est pleine de clients ?

Un autre pharmacien signale qu’il n’y a pas de garde d’urgence pour les dents, et qu’en ce qui concerne les yeux, il y a quelquefois un médecin de garde, quelquefois pas . « Et comment le savoir ? » « Seul l’hôpital de Châteaubriant le sait ». Alors en cas d’urgence les gens doivent prendre leur voiture pour aller au CHU à Nantes. Et s’ils n’ont pas de voiture ou de permis de conduire ?

« Moi je vous le dis, il va y avoir des morts », des morts qui ne sauront pas qu’ils mourront faute d’avoir trouvé un médecin à temps.

1 fois sur 10

Il y a toute une crise autour des médecins actuellement. C’est rare quand on peut lire, dans la presse du week-end, qu’il y a un médecin de garde à Châteaubriant (1) : on relève pourtant 10 médecins généralistes dans cette ville, chacun n’aurait donc à prendre la garde qu’un dimanche sur 10. Il y a ceux qui refusent absolument de prendre les gardes, il y a ceux qui acceptent d’être de garde mais à condition que ce ne soit pas publié et qu’on amène les malades chez eux. Et puis il y a enfin, de moins en moins, les fidèles à la médecine d’autrefois, qui se déplacent encore chez les malades, quitte à se déplacer pour pas grand chose, mais qui sont heureux d’avoir pu dépister, une nuit, une maladie plus grave que la famille ne le pensait (un infarctus, par exemple, pour lequel on sait qu’il faut faire très vite).

Alors quand le malade, ou sa famille, ne savent pas où s’adresser, ne savent pas s’expliquer, ou paniquent devant un médecin mal commode au téléphone (au 15), ou n’ont pas de voiture à leur disposition, que se passe-t-il ? Que va-t-il se passer ?

Il va y avoir des morts, je vous dis. Et le médecin, qui jouissait jusqu’à maintenant d’une certaine considération, va y perdre beaucoup de son aura.

Il reste heureusement la possibilité de faire appel au service des urgences à l’hôpital de Châteaubriant : mais il serait préférable qu’il se consacre aux réelles urgences et non pas à la bobologie (= soigner les bobos). Il reste aussi les pompiers à condition de passer le barrage du 18.

Mais malheureusement, à notre époque de plus en plus civilisée, on constate une plus grande carence de la santé publique

Il vaut mieux être chien

Ah, une précision : les seules permanences que l’on trouve le week-end sont désormais les kinés, les infirmiers ... et les vétérinaires (il vaut mieux être vache ou chien, que homme !).

Un vétérinaire, interrogé, nous a répondu, amusé, qu’en ouvrant un cabinet libéral, il connaissait aussi les contraintes de ce métier au service du public. « Nous avons l’obligation déontologique d’assurer la continuité des soins le dimanche et la nuit - nous l’assurons ; ce n’est pas un service en plus, c’est un service normal. Que diriez-vous d’un militaire qui toute sa vie se contenterait de faire les manœuvres et les entraînements et refuserait le jour venu de participer à un combat réel ?. ». Le professeur Denis Baron, qui dirige le pôle des Urgences au CHU de Nantes, estime que « dans certains secteurs, les médecins pourraient s’organiser pour tenir les gardes, qui sont une obligation éthique » .

Quant aux infirmier(e)s qui assurent les soins à domicile, un problème se pose : ils (elles) doivent en certaines circonstances demander impérativement un avis médical. Comment faire avec le 15 , d’autant plus qu’il faut un temps fou pour obtenir quelqu’un ? Qui sera responsable en cas de « pépin ». L’infirmier(e) ?

Les pompiers

Pour faire face aux urgences, il y a aussi, heureusement, les pompiers. Théoriquement ils interviennent dans les lieux publics tandis que « le 15 » intervient dans les lieux privés. « Mais si on nous dit qu’une personne ne respire plus, on ne cherche pas à comprendre, on y va ». Les pompiers, qui sont assistés de médecins sapeurs-pompiers volontaires, proposent à Châteaubriant et à Ancenis de les mettre à disposition des services d’urgence.


Ecrit le 23 avril 2003 :

Malaise et doute : Ce ne sont pas de bonnes raisons

Confrontés à la dégradation de leurs conditions de travail et à des évolutions techniques, sociales et culturelles bouleversant en profondeur leur métier, de nombreux professionnels de santé sont, depuis longtemps déjà, en proie au malaise et au doute. Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS), qui a noué avec bon nombre de ces professionnels, et en particulier avec de nombreux médecins, des collaborations fructueuses, est conscient des difficultés qu’ils traversent.

Toutefois, 21 associations membres du CISS estiment que les mouvements de grève actuels portent gravement atteinte aux rapports de confiance qui doivent fonder les relations entre les usagers du système de santé et les médecins. Le CISS ne dénie pas aux médecins le droit légitime à la revendication et à la protestation, mais le CISS s’élève contre les méthodes utilisées qui sont très contestables :

– Les médecins, qui décrètent et appliquent des augmentations sauvages de leurs honoraires, exercent un chantage intolérable sur leurs patients, particulièrement les plus défavorisés d’entre eux, contraints de payer la différence de leur poche, cette différence n’étant pas prise en charge par les organismes de remboursement. Les personnes malades ne doivent pas être instrumentalisées au profit d’une revalorisation des honoraires des médecins.

– En pratiquant la grève des gardes, en brandissant la menace d’une grève des actes, et en se dérobant aux réquisitions, certains médecins n’hésitent pas à menacer la permanence des soins. Ce faisant, ils violent le Code de Déontologie médicale. Prendre le risque de mettre en danger la santé de personnes nécessitant des soins ou des examens est un moyen de pression que le CISS juge inacceptable et profondément choquant. L’exercice de la médecine est avant tout un choix, qui ne saurait souffrir longtemps, sans en être flétri, des pratiques dont la conséquence directe est de brader la qualité des soins.

Pour le CISS, un débat public et une réflexion de fond sur la qualité et l’évaluation des soins sont aujourd’hui indispensables. Il s’agit là de questions primordiales sur lesquelles les professionnels restent trop souvent réservés. Pourtant, aucune réforme en profondeur du système de santé ne pourra être menée contre ses usagers.

Les associations membres du CISS restent mobilisées pour promouvoir :
– La reconnaissance des pratiques médicales à forte valeur ajoutée (par exemple : consultations approfondies, travail en réseaux de soins pluridisciplinaires) ;
– La reconnaissance de la mission de service public et de maintien du lien social qui est remplie par les professionnels de santé exerçant dans certaines zones rurales ou urbaines défavorisées ;
– La rénovation de la formation médicale initiale et continue.

Pour leur part, les associations membres du CISS souhaitent, plus que jamais, être partie prenante de cette réflexion, aux côtés de professionnels de santé et de pouvoirs publics responsables, pour un débat critique et citoyen.

(Communiqué) Parmi les signataires :

Association des Paralysés de France, Confédération Syndicale des Familles  , FNATH (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés) ; UFC-Que Choisir (Union Fédération des Consommateurs), Union Nationale des Associations Familiales, UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents d’enfants inadaptés)


15 ou 18

Le 15 arrive au SAMU (service d’aide
médicale d’urgence). Ne faire ce numéro qu’en cas de détresse vitale et pathologique grave (malaise, douleurs thoraciques, hémorragies ...) . Un permanencier reçoit l’appel. S’il le juge nécessaire il transmet à un médecin régulateur.

Celui-ci, selon son diagnostic, envoie un SMUR (service médicale mobile, il en existe un à Châteaubriant), un médecin de garde, les pompiers ou une ambulance privée. S’il n’y a rien de grave il donne un conseil. Le SAMU facture ses interventions à la victime (170 euros la demi-heure) dépense prise en charge par l’assurance maladie.

Selon Ouest-France du 19 avril 2003, « le 15 » a répondu à 52192 demandes en 2001, et à 105 249 demandes en 2002. Il peut y avoir 1500 appels le samedi et le dimanche soit un appel par minute. Ceci n’est qu’une moyenne, il arrive qu’il y ait jusqu’à 15 appels à la fois.

Le 18 aboutit chez les pompiers.
En cas d’appel à caractère médical, une ambulance de pompiers part immédiatement si le permanencier pressent une urgence vitale. La communication est ensuite basculée vers le SAMU.

Gardez votre calme

Dans tous les cas, essayez de garder votre calme, laissez-vous guider par les questions de votre interlocuteur (coordonnées de la personne, symptômes, âge, etc ..). Pour raccourcir la durée de l’appel, préparez la liste des traitements médicaux suivis par la victime : elle vous sera demandée par le SAMU


Le malaise des secours

A lire dans le numéro 404 de mai 2003, de la revue Que Choisir, le dossier « le malaise des secours »

Et dans le numéro d’avril 2003 de « Sciences et avenir » le « spécial seniors » consacré aux urgences et maisons de retraite. On y trouve un dossier complet sur la maladie d’Alzheimer   (et notamment sur sa prise en charge alimentaire) et une explication de ce que sont les CLIC   (centres locaux d’information et de consultation gérontologique. Il en existe un à Châteaubriant, au 19 grande rue - Tél 02 28 04 05 85).


Ecrit le 23 avril 2003 :

Une épidémie de hausses

La consultation simple chez un médecin spécialiste est facturée 23 euros (contre 22,87 euros avant).

Une consultation approfondie aurait dû être instaurée, au tarif de 26 euros, mais quatre des cinq syndicats de médecins spécialistes voulaient que 90 % de leurs consultations soient à ce tarif. Ils ont donc rompu les négociations avec la sécurité sociale c’est-à-dire l’assurance-maladie des salariés (CNAM) et la mutualité sociale agricole (MSA  ).

Il était question aussi que la consultation des spécialistes passe à 28 euros le 1er octobre si l’assurance maladie était d’accord. Un troisième type de consultation à 40 euros, aurait pu correspondre au « rôle d’expertise des médecins spécialistes ».Mais pour l’instant, tout est rompu.


Les dépenses d’assurance-maladie ont progressé de 7,5 % sur un an à la fin mars 2003 (chiffres encore provisoires). Les honoraires médicaux ont augmenté de 8,9 %, tandis que les médicaments ont progressé de 5,4 %. La dépense des hôpitaux publics se situe, elle, à + 6,3 %, celle des cliniques privées à + 6 %


NOTES:

(1) pourtant le personnel hospitalier, les charcutiers, les boulangers, les électriciens les pompiers, et de nombreuses autres professions se relaient le dimanche.