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Maisons de retraite (01)

Page 673

Ecrit le 26 mars 2003

Cri d’alarme sur les maisons de retraite

« Cri d’alarme pour les maisons de retraite » titrait l’Humanité du 19 mars 2003. En effet quatorze organisations, représentant l’ensemble du secteur, dénoncent la suppression en 2003 des crédits pour la dotation en personnels soignants des maisons de retraite, et en appellent au premier ministre.

Des crédits, d’un montant de 183 millions d’euros, prévus pour la dotation en personnels soignants des maisons de retraite, sont annulés par l’effet d’un « plan de rigueur » qui ne dit pas son nom mais dont on sent les effets dans de nombreux domaines. Comme a dit un ministre, devant des journalistes, le 15 mars dernier : « Jusqu’à quand les Français vont-ils croire ce que Raffarin leur raconte ? A savoir que le gouvernement ne pratique pas une politique de rigueur, alors que nous la menons bel et bien ».

Le secteur des maisons de retraite est notoirement sous-équipé, la moitié environ n’a ni médecin, ni infirmières, ni psychologues, ni aides-soignants, et, lorsqu’elles en ont, bien souvent, ces moyens humains soignants sont aujourd’hui à la charge des résidents. Ceux-ci, bien qu’ayant cotisé toute leur vie à l’assurance maladie, se trouvent ainsi dans l’obligation de payer de leur poche, via le prix de journée.

Des « conventions d’objectifs de qualité » permettant de percevoir des crédits supplémentaires ont été reconduites par le gouvernement Raffarin lors du vote, en octobre 2002, du budget de la Sécu, pour 1 800 établissements. Or, fin février, le secrétaire d’Etat aux personnes âgées, Hubert Falco, a annoncé qu’il n’y aurait pas un euro, en 2003, pour la poursuite de ce programme.

« Où sont nos millions ? », s’insurge-t-on dans les maisons de retraite. Celles-ci seront encore sacrifiées cette année, alors qu’elles ont cruellement besoin de personnel supplémentaire. En moyenne, on y trouve deux soignants pour dix résidents. Il n’est pas rare de voir une aide-soignante qui fait manger cinq personnes en même temps, ou des résidents que l’on change trop peu souvent. Dix-sept minutes par jour pour aider une personne très dépendante à se lever, faire sa toilette, prendre son petit déjeuner, faire son lit... "Ces dysfonctionnements existent depuis tellement longtemps, que tout le monde a fini par l’accepter, l’Etat en premier, regrette Françoise Toursière, directrice de la Fnadepa, petite association de directeurs. Les choix du gouvernement ne font que confirmer un désintérêt récurrent. »

Peu habitués à se mobiliser

« A cause du manque d’effectifs, les médecins ne peuvent pas faire leur boulot correctement », surenchérit un médecin. Selon la Fédération Hospitalière de France, 40 % des établissements ne bénéficient d’ailleurs d’aucune présence médicale. Dans les maisons de retraite, les pouvoirs publics se préoccupent plus des normes incendie ou vétérinaires que de la qualité des soins....

Face à cette situation délicate, le lancement du plan de modernisation avait mobilisé les troupes. Après quelques atermoiements, nombre de directeurs d’établissement avaient retroussé leurs manches, décidant de réformer leurs structures pour obtenir des aides-soignantes ou des infirmières supplémentaires. « Le gouvernement brise notre élan, souligne un directeur. Je suppose qu’il mise sur le fait que notre secteur a du mal à se faire entendre. » Les enfants de personnes âgées sont en effet peu habitués à se mobiliser, peu organisés (contrairement à nombre de familles touchées par le handicap) et ont trop tendance à considérer les maisons de retraite comme un endroit où l’on « dépote » les personnes âgées dont ils ne peuvent s’occuper.

Dans la région nantaise, à l’appel de la CGT et de FO, les personnels sont en grève pour protester contre la baisse de la qualité des soins : « la direction nous dit qu’une toilette tous les deux jours et un bain tous les quinze jours, c’est suffisant. Vous vous rendez compte » dit Claude Jubineau, délégué CGT au CHU de Nantes. « Quand on paie 9400 F par mois, pas remboursé par le Sécu, la moindre des choses c’est d’avoir de bonnes prestations, ajoute-t-il, disant qu’à la maison de La Seilleraye : cette semaine, il n’y a pas de kiné, faute de personnel ». Les absences ne sont pas remplacées, le service aux personnes âgées laisse à désirer. « On perfuse les personnes déshydratées, alors qu’il suffirait d’avoir le temps de leur donner à boire, on leur met des couches, alors qu’il suffirait d’avoir le temps de les mener aux toilettes ».

À Châteaubriant

A Châteaubriant, où elles dépendent du Centre Hospitalier, les deux maisons de retraite (rue de Maumusson et Rue Denieul et Gastineau) connaissent la même situation. Il y a par exemple 6 infirmières de jour (et une de nuit) pour quelque 160 résidents dont certains sont très dépendants. Mais ces infirmières ne sont pas présentes ensemble, elles sont réparties sur l’espace d’une journée : il y a des moments, la nuit par exemple, où il n’y a qu’UNE infirmière pour 88 à la MAPA ! et quelquefois AUCUNE parce que, la nuit, en cas d’urgence, l’infirmière de la rue Denieul et Gastineau doit intervenir rue de Maumusson où il n’y a pas d’infirmière de nuit pour les 75 résidents). Les maisons de retraite de Châteaubriant ne sont pourtant pas les plus mal loties de la région : elles sont dotées d’un médecin, attaché à temps partiel à chaque établissement, ce qui est très apprécié, (et les médecins du Centre hospitalier se déplacent en cas d’urgence). Il y a aussi des aide-soignantes et des agents de service hospitalier qui ont à assurer l’aide aux personnes (aide à la toilette et autres soins d’hygiène, lever et coucher des résidents qui ne sont pas autonomes, tri du linge personnel, service des repas en salle ou en chambre, vaisselle, lits, un peu de ménage). Les cas d’urgence sont assurés (le change des personnes incontinentes se fait toutes les 4 heures, et plus souvent en cas de « gastro » par exemple), mais le personnel reste globalement insuffisant (une douche tous les 15 jours !) et le ménage des chambres, confié à des CES (contrats emploi-solidarité) est très sommaire, jamais fait à fond (par exemple 40 heures pour faire 75 chambres, réfectoire, couloirs, salles communes, cela fait moins d’une demi-heure par semaine et par chambre). Il y a aussi une coiffeuse, une esthéticienne et un kiné associés à chaque établissement. Tous ces personnels, malgré leur manque de temps et leur course perpétuelle contre la montre, sont toujours très attentifs aux résidents mais trouvent rarement le temps de « discuter » avec eux. La place des familles est indispensable pour que la personne âgée ne se sente pas abandonnée. Mais quand il n’y a pas de famille (ce qui est un cas très fréquent), que se passe-t-il ?

« Ne pas pouvoir prendre cinq minutes pour parler, c’est déjà de la maltraitance » reconnaît une infirmière, « mais on ne peut pas faire autrement » .


Ecrit le 26 mars 2003

La situation des personnes âgées

Elle est certes bien meilleure que celle qu’elle était autrefois, mais il reste beaucoup à faire. L’Humanité rappelle que déjà des coupes claires (pour un montant de 400 millions d’euros) ont été opérées dans l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) pour les personnes âgées à domicile. Les « vieux » sont traités comme « une variable d’ajustement budgétaire ».

« Choc, déception, colère », les mêmes mots revenaient sur les lèvres des représentants des 14 organisations pour commenter la rupture d’un engagement pour un plan qui n’avait rien de « miraculeux », mais constituait une simple « amorce de mise à niveau ».

Les 680 000 résidents des maisons de retraite (âge moyen 87 ans), leurs familles, mais aussi, au-delà, tous ceux qui acceptent de regarder en face la réalité de l’allongement de la vie et ses conséquences sont concernés. « Il faudrait que la société accepte de regarder ses vieux en face ! ».

« Vieux » que nous serons tous un jour .


Voir : Retraites

Des pièces rafraîchies pour les personnes âgées