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Retraites complémentaires

publié le 24 janvier 2001

Retraites menacées

La situation est très grave : le MEDEF (ex-patronat français), souhaite mettre en place une réforme qui reviendrait à repousser progressivement de 60 à 65 ans l’âge de la retraite complémentaire à taux plein.

Dans le système en vigueur jusqu’au 31 décembre 2000, les personnes de 60 ans ayant cotisé suffisamment (157 trimestres) pour avoir droit à une retraite de la Sécu, et en activité au moment de l’ouverture de leurs « droits à pension », sont assurées de toucher leur retraite complémentaire à taux plein. Si ces conditions ne sont pas remplies, cette retraite est amputée d’un pourcentage variant de 22 % à 4 % entre 60 et 64 ans. De nombreux salariés, notamment des cadres (parce que leurs études les ont conduits à entrer plus tard sur le marché du travail) sont ainsi punis de n’avoir pas travaillé assez longtemps.

Qu’est-ce que l’ASF

Pour payer cette retraite complémentaire à taux plein au plus grand nombre, le gouvernement, les syndicats et le patronat ont créé en 1983 une « Association pour la structure financière » (ASF) qui complète les pensions payées par les régimes de retraite complémentaire (l’ARRCO pour les ouvriers, l’AGIRC pour les cadres). Cette ASF est financée par une cotisation salariale, une cotisation patronale et par une aide de l’Etat.

Actuellement, et contrairement à ce qui était attendu, l’ARRCO et l’AGIRC ont des excédents (31 milliards de francs à eux deux), de même que l’ASF (15 milliards). Cela est dû en particulier à la reprise de la croissance économique. Mais le MEDEF estime que le système court à sa ruine, d’autant plus que l’espérance de vie s’accroît actuellement d’un trimestre par an.

Le MEDEF propose de repousser progressivement l’âge de la retraite complémentaire à taux plein. Les syndicats ont refusé. Le MEDEF bloque donc actuellement le système, en appelant formellement ses troupes à ne plus verser de cotisations ASF, ce qui fait que, d’ici trois mois, plus personne ne percevra de retraite complémentaire . Le but de la manœuvre : pousser les salariés à souscrire des contrats d’assurance retraite par capitalisation (alors que le système actuel est un système de retraite par répartition).(lire page 5)

Principal acteur de cette opération du MEDEF, un certain Denis KESSLER qui est le « numéro 2 » du MEDEF et ... le patron du syndicat des compagnies d’assurance. Pardi !

A la porte les « vieux » !

Outre cette question de fric, ce qui ne laisse pas d’étonner c’est le désir du patronat de maintenir au boulot les salariés jusqu’à 65 ans, tout en incitant « les vieux » à partir ! Dans le privé on peut être « vieux » à 50 ans, parfois même avant ! Et la plupart du temps les employeurs refusent d’embaucher des salariés ayant 45 ans ou plus, même avec un excellent bilan de compétences.

Mais si vous partez, vous serez punis

On voit aussi, dans les entreprises, les directions du personnel pousser « les vieux » au départ, en leur infligeant des conditions de travail très dures (nous avons des exemples à Châteaubriant notamment à la fonderie Focast). On fait tout pour inciter les « vieux » à partir (on peut embaucher à leur place des jeunes moins bien payés) et ensuite pour les « punir » de ne pas avoir travaillé assez !

La retraite à 60 ans est pourtant attendue avec impatience par nombre de gens que le travail a usés. Les médecins le savent bien. On a même vu un médecin castelbriantais prendre une pré-retraite à 58 ans

La crise nouée autour des retraites complémentaires a pris un tour nouveau. La gauche a clairement apporté son soutien aux syndicats, contre le Medef. Par la voix de son premier secrétaire, François Hollande, le PS a apporté son « soutien à la mobilisation syndicale » du 25 janvier. Insistant sur la « gravité de la situation », il a souhaité que le PS « fasse porter sa voix en soutenant la mobilisation syndicale, en appelant avant qu’il soit trop tard à la reprise des négociations »

Affirmant qu’« il n’est pas question que les retraités aient à souffrir d’une manière ou d’une autre de cette situation », le PS appelle le gouvernement « à se tenir prêt à intervenir ». Ce qui signifie prêt à légiférer pour donner une base légale aux retraites complémentaires

Les Verts appuient eux aussi la mobilisation syndicale. Le PCF, évidemment aussi : il s’oppose à « toute logique consistant à revoir à la baisse les prestations par l’allongement de la durée des cotisations -, ou à augmenter le taux de ses cotisations

Quand les patrons donnent l’exemple

Alors que le Medef (syndicat des patrons)souhaite allonger la durée de cotisation des salariés, les branches professionnelles multiplient les accords facilitant les départs en préretraite. Voici les principaux accords conclus.

Automobile. L’accord sur les préretraites, signé dans la métallurgie, le 21 juillet 1999, a été précurseur. Tous les autres s’en inspirent. Entré en application le 10 février 2000, il se limite pour le moment à Renault et PSA-Peugeot Citroën. D’autres secteurs, comme les équipementiers, l’électroménager ou certaines industries de l’armement sont candidats à ce dispositif, mais un accord spécifique est indispensable.

D’ici à fin 2004, les constructeurs se sont engagés à faire partir 25 500 salariés - 12 500 pour PSA et 13 000 pour Renault - de plus de cinquante-sept ans. Plus marginalement, quand le salarié a connu des conditions de travail pénibles, l’âge peut être avancé à cinquante-six ans, voire cinquante-cinq. Les deux constructeurs financent, suivant l’âge, de 80 % à 50 % des allocations versées au salarié. PSA a ainsi provisionné 2,8 milliards de francs, et Renault 3,5 milliards, pour les cinq années du plan. Les constructeurs se sont engagés à embaucher environ 10 500 jeunes en « échange » des 25 500 « vieux ».

Chimie. Un accord a été conclu, le 6 décembre 2000, entre l’Union des industries chimiques et trois syndicats : FO, la CFE-CGC et la CFDT. Il s’applique depuis le 1er janvier 2001 dans cette branche, qui compte 230 000 salariés. D’une durée de quatre ans, il permet aux salariés volontaires âgés de cinquante-sept ans - cinquante-cinq ans en cas de fermeture d’une activité ou d’un site - et ayant travaillé un minimum de cinq ans dans l’entreprise de partir en préretraite avec la garantie de percevoir une allocation représentant 65 % de leur salaire brut d’activité (50 % au-delà du plafond de la Sécurité sociale). Les entreprises doivent les remplacer à raison d’une embauche pour trois départs.

Papier-carton. Un accord de préretraite a été signé, le 30 juin 2000, par l’Union des industries papetières pour les affaires sociales, représentant les groupes de production et de transformation du papier-carton. Cet accord ne concerne que les travailleurs postés, soit 50 % à 60 % des effectifs de la branche, qui ont déjà, depuis 1982, des horaires réduits de 35 heures. Les bénéficiaires doivent avoir entre cinquante-sept et soixante-cinq ans, totaliser vingt ans dans l’entreprise signataire et au moins quinze ans de travail posté.

Banques. FO et la CFTC ont signé, le 15 janvier 2001, un accord avec l’Association française des banques « avec des réserves ». La CGT, la CFDT et la CGC ont « différé leur décision ». Cet accord prévoit que les salariés puissent partir en préretraite à cinquante-huit ans et laisse aux entreprises la possibilité de négocier des départs dès cinquante-six ans. Le dispositif pourrait concerner 20 000 employés en cinq ans, soit 10 % des effectifs. Le taux de remplacement de ces départs sera au moins de 30 %.

Presse. La presse parisienne s’est dotée, depuis le 26 octobre 2000, d’un accord de cessation anticipée d’activité pour les ouvriers du Livre âgés de plus de cinquante-sept ans, en prolongement des plans FNE de départs à cinquante-cinq ans dont l’échéance est en 2001. Un avenant spécifique, pour une cessation d’activité dès cinquante-cinq ans, a été adopté en faveur des salariés de la distribution, notamment des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP), où un plan social de 797 suppressions d’emplois est en préparation. Dans la presse quotidienne régionale, les éditeurs et les syndicats se sont entendus, le 12 janvier 2001, sur un préaccord concernant les salariés de cinquante-sept et plus, en travail de nuit ou posté.
Source : Service Entreprises du Monde

Comme quoi les patrons font partir les salariés dès 55-57 ans et sans remplacer un « vieux » par un jeune.


(publié le 31 janvier 2001)

Manif’ à Châteaubriant

Merci patrons d’avoir été aussi fermes sur les retraites : cela fait longtemps que Châteaubriant n’avait pas réuni autant de monde pour une manifestation unitaire et un défilé conséquent : 500 personnes !

Pas de problème jusqu’en 2015

La CGT, par la voix de Serge ADRY a annoncé que, jusqu’en 2015, le problème des retraites complémentaires ne se pose pas, grâce à l’actuelle reprise économique. En 2040 une augmentation du % de PIB (produit intérieur brut) consacré aux retraites sera nécessaire pour maintenir en nombre et en niveau les retraites. Mais « De 1950 à 1995 le % du PIB investi dans les retraites est passé de 4 % à 12 % et l’économie ne s’est pas écroulée ! »

Non aux fonds de pension

La CFTC, avec Serge DEPAIGNE, a rappelé « la détermination des salariés à défendre le système de retraite par répartition, basé sur la solidarité intergénérations » (...) « Clouons au pilori les fonds de pension à l’américaine, axés sur la rentabilité à tout prix et qui génèrent précarité et inégalités »

Retraite à temps choisi

La CFDT, représentée par Yves Le Gall, explique que le coup de force du patronat, en bloquant la structure de financement des retraites complémentaires « se traduirait par une baisse de 22 % de la retraite complémentaire de ceux qui partiront à 60 ans à partir du 1er avril 2001, et ce, pour la durée de leur retraite ». La CFDT demande d’améliorer le droit à la retraite à 60 ans, ce qui veut dire :

– Le départ possible après 40 ans de cotisations, avec une retraite pleine et entière, sans conditions d’âge

– Un système d’abattements moins dissuasif qui permette à chacun de réellement choisir le moment de son départ

« « Ces mesures apporteraient un vrai progrès pour tous ceux qui ont commencé à travailler tôt et qui ont souvent exercé les tâches les plus difficiles, les moins reconnues. Elles offriraient aux autres un choix supplémentaire, et, dans le pire des cas, maintiendraient leurs droits actuels. »

Grrrr...

La question des retraites a fortement mobilisé en France. Tous les syndicats, confédérés ou non, ont appelé au mouvement. C’est le moment qu’a choisi le Medef pour montrer ses muscles et afficher sa fermeté, non seulement sur l’avenir des régimes de retraites complémentaires, mais aussi dans sa dénonciation de la « France qui freine », représentée, pour lui bien sûr, par l’Etat, ses fonctionnaires et leurs syndicats.

Ernest-Antoine Seillière, le président du Medef, a « tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation de l’image de la France et de son attractivité ». Trop de fonctionnaires, taux d’imposition trop élevés et, surtout, notre pays « serait le dernier en Europe pour la fiscalité de l’entrepreneur en 2003 ».

Division du patronat

Des craquelures apparaissent cependant dans son propre camp. Prenant le contre-pied des directives parisiennes, le bureau du Medef du Bas-Rhin a recommandé à ses adhérents de prélever les cotisations retraites ASF. La CGPME (petites entreprises) et l’UPA (artisans) ont adopté la même attitude. Les deux organisations d’employeurs plaident même ouvertement pour une reprise des négociations avec les syndicats sur la question des retraites complémentaires.

Du côté des grandes entreprises, on grogne aussi. Des grands patrons français auraient marqué leur désaccord avec le jusqu’au-boutisme du Medef sur les retraites.

Du coup le Medef se dit prêt à une reprise des discussions.... A condition que ... les syndicats acceptent d’entrer dans sa logique, c’est-à-dire de remettre en cause le dogme de la retraite à 60 ans.

L’onde de choc de la puissante manifestation du 25 janvier a amené le Medef à infléchir son discours au moins sur la forme en proposant aux syndicats une « reprise des négociations quand ils voudront ».

M. Seillière a aussi tenté de dédramatiser la confrontation autour de l’ASF en assurant qu’il « faut un accord, pour bien entendu remettre l’ASF en route ». En écho, plusieurs responsables syndicaux se sont dit prêts à reprendre la discussion. Du côté de la CGT on se montrait toutefois plus méfiant .

Les syndicats restent cependant unanimes à considérer que la situation de blocage actuel ne peut se prolonger indéfiniment, alors qu’aucune date de reprise de contact n’a encore été avancée. L’éventualité d’une autre manifestation voire d’un appel à la grève interprofessionnelle a été avancée, de même qu’un appel aux pouvoirs publics pour assurer la retraite à 60 ans au delà du 31 mars si rien n’évolue.

78 % des Français soutiennent ou éprouvent de la sympathie à l’égard des manifestations pour la défense de la retraite à 60 ans, selon un sondage CSA paru samedi 27 janvier dans Aujourd’hui en France


Allemagne : 67 ans !

En Allemagne, où l’âge de la retraite est à 65 ans, le patronat veut l’élever à 67 ans ! Cela nous montre bien ce qui pourrait se passer en France si on cédait au diktat du MEDEF !

Les syndicats allemands ont cependant accepté d’introduire un peu de « retraite par capitalisation » dans leur retraite par répartition Ainsi, le niveau de retraite par répartition qui est de 70 % du salaire brut aujourd’hui, passera à 67 % La retraite par capitalisation sera facultative mais encouragée par des incitations fiscales ou des aides financières directes de l’Etat pour les foyers les plus démunis.


(écrit le 10 juillet 2002)

Les retraites, dans les bas-fonds

« Les retraites, je ne sais pas bien ce qu’on va pouvoir faire. Pendant sa campagne, Jacques Chirac a promis de mettre en place un système par capitalisation à côté de la traditionnelle répartition. Mais après les affaires Enron, Worldcom et compagnie, et après la descente aux enfers de Vivendi, France-Télécom et autres, c’est invendable devant l’opinion ». dit le Canard Enchaîné citant un des conseillers de l’actuel Ministre de l’économie et des finances (Francis Mer)

Après avoir reproché pendant 5 ans à Lionel Jospin d’avoir ignoré le dossier des retraites, la droite se trouve maintenant dans une situation paradoxale : la seule solution qu’elle ait proposée montre clairement, ce que nous avons toujours dit, qu’elle n’est pas réalisable ! En effet, comment le gouvernement peut-il espérer convaincre les Français d’investir leurs économies dans des fonds de pension alors que les Bourses sont dans l’état que l’on sait ? Comment les convaincre d’y placer leurs euros quand les salariés actionnaires de Vivendi et de France Télécom se retrouvent avec des queues de cerises ?

La solution que risque d’adopter le gouvernement c’est de gagner ... du temps...

« L’audace réformatrice » dont se targue JP.Raffarin, l’urgence qu’il affiche à propos des retraites, ne l’empêche pas de repousser au printemps 2003 la réforme qu’il envisage pour les retraites. A propos, si on restaurait le plein emploi, les caisses de retraite n’auraient plus de problèmes ...


(écrit le 30 octobre 2002) :

Avis de décès

Pour le premier ministre, la cause est entendue : les fonds de pension attendront des jours meilleurs. La réforme des retraites, qui doit être engagée au premier semestre 2003, ne comportera pas la mise en place d’un système par capitalisation réclamé depuis des années par le patronat et la droite. Dans son programme électoral, Jacques Chirac avait promis de « créer des fonds de pension à la française », mais cet engagement n’a pas résisté à l’affaire Enron et, surtout, à l’effondrement des places boursières, qui a jeté le discrédit sur cette formule très développée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Aux Etats-Unis les épargnants et les retraités sont les principales victimes de la dégringolade de Wall Street depuis deux ans et demi. Plus de 8 000 milliards de dollars sont partis en fumée et, avec eux, une part non négligeable des actifs des fonds de pension.

En Angleterre, le régime de retraites est en crise. L’allongement de la durée de la vie, le vieillissement de la génération du baby-boom, la volonté des employeurs de se délester sur les salariés d’une partie des risques financiers du système et, surtout, la moindre rentabilité des fonds de pensions due à la chute de la Bourse mettent en péril les revenus des futurs retraités. Au point que l’Association nationale des fonds de pension (NAPF) britannique, qui regroupe les gestionnaires de retraites privées vient de proposer de repousser à 70 ans l’âge du départ en retraite, en suggérant que les salariés puissent à l’avenir percevoir une retraite tout en continuant à travailler à temps partiel.

Sondage : consultés par sondage, les salariés britanniques ne sont pas d’accord. Ils souhaitent, eux, une retraite à 55 ans. Les Français souhaitent une retraite à 57 ans.....


Écrit le 7 mai 2003

Retraites : les masques sont tombés

« Les masques sont tombés ! Les échéances sont arrivées ! Nous sommes dans la phase d’un affrontement social majeur » a déclaré Serge ADRY au nom de la CGT au rassemblement du Premier Mai à Châteaubriant.

Le 1er mai 2002 avait été centré sur le refus de l’extrême-droite. Le 1er mai 2003 s’est focalisé sur les retraites. « nous refusons de voir le gouvernement régler le problème des retraites à travers la seule lorgnette économique et dire « il faut travailler plus longtemps » » ont répété les délégués syndicaux, sous une forme ou sous une autre.

A Châteaubriant, la manifestation a réuni Force Ouvrière et la CGT (et d’autres appelants qui ne se sont pas manifestés physiquement). A Paris et dans d’autres villes, la manifestation rassemblait CFDT et CGT (mais sans Force Ouvrière).

Deux choses sont en cause : la durée de cotisation, et le montant des retraites

La durée de cotisation

Avant les ordonnances Balladur de 1993, tous les salariés devaient cotiser 37,5 années. Balladur a imposé 40 ans au secteur privé (qui n’a pas eu le rapport de forces suffisant pour résister). Il a donc créé une inégalité entre le public (37,5 années) et le privé (40 années).

Maintenant, au nom de l’égalité, Raffarin veut imposer 40 années de cotisation à tout le monde, puis augmenter progressivement à 41 ans, 42 ans. Pourquoi pas davantage, tant qu’on y est ? Le gouvernement dit : l’espérance de vie augmente, donc il faut augmenter la durée du travail. Il fait comme si nous avions « droit » à 15 ans de retraite. Quand l’espérance de vie est à 75 ans, on part en retraite à 60 ans ; quand l’espérance de vie est à 76 ans, on part en retraite à 61 ans, etc ...Calcul qui a l’avantage de la simplicité, mais qui est faussé par les inégalités : l’espérance de vie d’un ouvrier est plus courte que celle d’un cadre supérieur !

La CFDT accepte 40 ans de cotisation mais, dit-elle « avec droit à la retraite, dès 40 ans de cotisation, même avant 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler tôt ». La CGT semble accepter aussi les 40 années, mais cela dépend des interlocuteurs.

Le montant des retraites

Autre problème en jeu : le montant des retraites, ou ce qu’on appelle le « taux de remplacement ». Actuellement, en moyenne, ce taux est de 78 %, ce qui veut dire qu’un retraité perçoit 78 % de ce qu’il a perçu pendant ses 25 meilleures années (mais ce n’est qu’une moyenne, il y a pas mal de retraités qui, même en ayant cotisé toute leur vie, sont au « minimum contributif »). Le gouvernement souhaite descendre toutes les retraites à 66 % en gardant 75 % pour ceux qui sont restés au SMIC (mais s’ils sont passés un peu au-dessus du SMIC, coucou ! 66 % comme tout le monde).

Cette proposition du gouvernement conduirait à une baisse importante du niveau des retraites. La CGT s’inquiète : « Imaginons un retraité qui perçoit aujourd’hui 976 €. Un retraité de même revenu touchera 824 € en 2012 et 671 € en 2020 » a dit Serge Adry (il n’y a pas de baisse prévue pour les retraités actuels, mais pour ceux qui prendront leur retraite dans quelques années). La CFDT demande une modulation, du genre : « un haut niveau de retraite pour tous : 100 % pour les salariés au Smic ; 80 % pour un salarié à 1 500 € net ; 70 % pour un salarié à 3 000 € net ». Le SMIC est, au mieux, à 1154 € brut actuellement. Est-ce vraiment un montant de retraite excessif quand on voit les sommes faramineuses que perçoivent les patrons en salaires et stocks options ?

Les syndicats demandent aussi un départ anticipé lié à la pénibilité du travail ; la possibilité de racheter des années d’études ; la prise en compte des primes et participations diverses, et du temps partiel sans pénalisation.

L’Europe

Dans cette histoire de retraites, on nous demande d’accepter des sacrifices tout de suite pour éviter une catastrophe dans quelques années. La réalité est tout autre : la réalité, c’est la conférence de Lisbonne, en mars 2000, qui a décidé que « les États membres devront entreprendre de vastes réformes des systèmes de prélèvements et de prestations ( ... ) ». Et tous les pays membres de l’Union Européenne sont concernés par cette attaque sur les retraites, mais aussi sur la sécurité sociale, sur le droit du travail.

L’emploi

Demander de travailler plus, c’est se moquer du monde, quand on connaît le chômage anticipé des salariés âgés, et le retard imposé aux jeunes pour entrer dans le marché du travail. Selon Pierre Larrouturu (Ouest-France du 30 avril 2003), « un salarié est aujourd’hui au chômage ou au RMI à 58 ans. Rendre obligatoire deux années de cotisations supplémentaires, cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent déjà de travail ».

Dans l’état actuel des choses, demander aux salariés de travailler deux ans de plus, c’est faire 1 400 000 chômeurs de plus.

On va remplacer des retraités mal pensionnés par des chômeurs mal indemnisés. Quelle belle réforme !

Et on fera remplacer des retraités, somme toute heureux, par des chômeurs culpabilisés de ne pas trouver de travail. C’est bon pour le moral !

Le gouvernement va-t-il imposer aux entreprises d’embaucher des jeunes ? Va-t-il imposer de ne pas licencier les salariés à 55 ans ? Va-t-il même imposer aux députés de ne plus prendre leur retraite à 55 ans ?

Alors que M. Fillon qualifie les préretraites de « catastrophe pour l’économie nationale », il n’a pu éviter de faire appel aux mesures d’âge (c’est-à-dire à des retraites anticipées) pour accompagner la suppression de plus de 3 700 postes chez Giat Industries

« la défense de l’emploi stable et qualifié, les luttes contre la précarité, les licenciements, les suppressions de postes, ne peuvent être détachées de la retraite » dit Serge Adry


Écrit le 7 mai 2003

Retraite ou société

Finalement, comme le dit Jacques Pichelot* s’agit-il d’une question de retraite, ou d’une question de société ? Selon Serge Adry, « le maintien des retraites actuelles suppose de mobiliser 4 points de plus du PIB » (produit intérieur brut). On nous dit que c’est insupportable. Jacques Pichelot a fait des calculs fort intéressants :

« En 1959 la part du PIB (produit intérieur brut) consacrée aux retraites était de 5,4 %. Elle a augmenté progressivement et atteint 12,60 % en l’an 2000, soit une hausse de 133 %. Et pourtant, dans la même période, notre société a fait des bonds considérables :

En 1959 le parc de voitures particulières était de 5 millions. Il est maintenant de 30 millions

Tous les ménages sont actuellement équipés de téléviseur (99 %), de réfrigérateur (96 %), de lave-linge (93 %), de lave-vaisselle (43 %), d’ordinateur (29 %), de magnétoscope (81 %), de téléphone portable (59 %) et 55 % sont propriétaires de leur logement ».

Comment se fait-il qu’une société capable d’engendrer tant de richesses, tout en supportant 133 % de hausse sur la cotisation-retraite, ne soit pas capable de supporter 32 % de hausse dans les 20 ans qui viennent ?

Le problème est celui du transfert du progrès vers le social : « Une Twingo représentait 9 mois de SMIC en 1995, elle en représente 8 mois en 2002. C’est le progrès. Si les prix baissent, le consommateur, influencé par la publicité, voudra consommer davantage ». On pourrait ajouter que les retraités sont, eux aussi, des consommateurs. Diminuer leurs revenus, c’est freiner la croissance et l’emploi de tous.

Seulement voilà, la plupart des produits sont de plus en plus robotisés. Les salariés paient des cotisations-retraite sur leurs salaires. Les robots n’en paient pas. Les spéculateurs en Bourse ne cotisent pas non plus sur les plue-values réalisées.

Jacques Pichelot ajoute : « Les salariés sont très attachés au système par répartition, preuve de solidarité, mais ce système doit être étendu à tous les actifs : les actifs humains ... et les actifs non-humains (les robots) », aux gains en salaire et aux gains en Bourse. Pour sauver les retraites par répartition, il faut relancer l’emploi pour tous (et pas seulement augmenter le travail de ceux qui ont un emploi), et élargir l’assiette des cotisations.

Ce serait cela le vrai courage politique. On n’en prend pas le chemin.

(*) Jacques Pichelot, auteur du livre « La voix d’En Bas, sauver la retraite par répartition et l’emploi » (Ed. Mezzanine)


Maison de retraite, MAPA