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Accidents du travail : j’irai pleurer sur vos tombes

Ecrit le 17 octobre 2007

 J’irai pleurer sur vos tombes

Not’Président a la larme sélective. Il va à l’enterrement d’un policier mort en service, mais pas à celui du jeune Nelson tué à Marseille par une voiture policière. Il va à l’enterrement d’un marin-pêcheur mais n’a aucun mot de condoléances pour les salariés morts au travail (suicide ou accident du travail) .

 Un suicide par jour

Il ne va plus voir ceux qui se lèvent trop tôt, se couchent trop tard, et s’épuisent au point de se suicider au travail. A force qu’il se déplace partout, s’occupe de tout, fasse des projets et des lois sur tout : faits divers, accidents de la route, feux de forêts, Tour de France, infirmières bulgares, chiens mordeurs, comment ne pas s’étonner des questions qu’il « laisse tomber », sur lesquelles il n’intervient pas, ne parle pas, ne réagit pas, ne légifère pas ?

Pas de photo, pas d’image, pas de flash info, pas de visite d’entreprise, sur les derniers morts au travail... Rien.

Il y a eu 360 cas de suicides liés directement au travail en 2006, un par jour. Cela concerne des employés, des ouvriers, et des cadres, manuels et intellectuels, victimes du stress au travail, de la souffrance au travail, de la violence des rapports d’exploitation, des rapports de « management » hiérarchiques, du chantage à l’emploi et au salaire... Selon les dernières statistiques du ministère du Travail, s’appuyant sur des chiffres de 2005, les accidents professionnels graves progressent : 50 000 en 2005 dont 500 morts, plus d’un par jour.

Plus grave que la délinquance criminelle, ce phénomène est pourtant ignoré : Rachida Dati ne fait pas de loi, pas d’enquête, n’envisage pas de remède, rien. Pas de visite à la famille, pas de rendez-vous express, pas de « petite phrase », rien. Le Président qui n’a que la valeur « travail » à la bouche se garde bien d’évoquer les morts...

En France, on utilise les mots « burn out »
(anglais) ou « karochi » (japonais) pour parler de l’auto-destruction par le travail... n’y a t il pas de mot français ? Pourtant cette violence au travail concerne plus de 22 millions de personnes...

Ah si ! Le Ministre du travail Xavier Bertrand a dit qu’il « suivait, qu’il se tenait au courant » et a parlé du « CHSCT » de la dernière entreprise où il y a eu un suicide...

 CHSCT

Les CHSCT (Comités d’Hygiène Sécurité Conditions de Travail) sont en général réduits à une peau de chagrin. Il n’y en a que 22 000 pour 1,2 million d’entreprises ayant au moins un salarié. Ils n’ont droit d’exister que dans 3 % des entreprises, celles de plus de 50 salariés, mais même là, dans la majorité des cas, il n’y en a pas.

Ne parlons pas des 97 % de plus petites entreprises (8 millions de salariés) où le taux d’exposition aux risques est pourtant plus grand.
Créés en 1982, les CHSCT ne disposent pratiquement pas de « crédits d’heures » pour leurs membres, sauf par accord exceptionnel, dans les très grandes entreprises. Ils n’ont pas de budget propre. Leurs membres ne sont pas élus mais cooptés, ce qui diminue l’impact de leur action auprès des salariés. Ils ne disposent presque pas de formation pour appréhender les immenses sujets qu’ils doivent aborder (alors que ces sujets ont été considérablement étendus depuis 1982, avec la prise en charge du harcèlement sexuel et du harcèlement moral). Seulement 1 % des CHSCT font appel à une expertise comme ils y ont droit, et dans la majorité de ces cas, cette demande est contestée par l’employeur.

Surtout, les CHSCT n’ont pas de moyens d’imposer leurs décisions, que l’employeur n’est pas tenu de respecter, il n’y a pas d’avis conforme, ni d’obligation de faire...

Si bien qu’aucun contre-pouvoir, en dehors des faibles et impuissants moyens de l’inspection du travail, de la médecine du travail, n’est en mesure, dans l’entreprise, de pouvoir stopper les folies managériales qui exigent chaque jour toujours plus de rentabilité, de productivité, d’objectifs de plus en plus inatteignables, avec une pression de plus en plus féroce sur chaque salarié.

Pourtant il existe des propositions, des mesures, de quoi faire un projet de loi, utile, vital, impératif pour la vie de millions de salariés. Mais le Président a décidé de ne pas légiférer. Dans le régime actuel, les suicides au travail, à cause du travail peuvent continuer à raison de un par jour...

D’après Gérard Filoche

Cf. étude « vingt ans de CHSCT » conseil économique et social.http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/064000224/index.shtml

Santé et restructurations : le rapport de l’Hires, 2009