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Cliniques privées

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Ecrit le 14 novembre 2001

Il est temps d’arrêter l’hypocrisie. Voilà que les cliniques privées se sont mises en grève pour de meilleurs salaires, en demandant à l’Etat de payer ! Incroyable !

Il faut savoir que cela fait des années que les salaires du personnel hospitalier (infirmières, aide-soignantes, etc) du privé sont inférieurs de quelque 30 % à ceux du secteur public (1). Jusqu’à maintenant les médecins-actionnaires des cliniques privées n’y avaient rien trouvé à redire .

Voici en effet, selon les chiffres de la DREES, [Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques] une comparaison des salaires des infirmières dans le public et le privé :

Salaires des infirmières :

Ancienneté : Un an
– 8 000 F* dans le public
– 7 800 F* dans le privé

Ancienneté : 12 ans
– 10 400 F* dans le public
– 8 500 F* dans le privé

Ancienneté : 20 ans
– 11 800 F* dans le public
– 9 100 F* dans le privé

(*) nets par mois

Cela fait des années aussi que les mêmes médecins-actionnaires de ces cliniques (payés à l’acte et non au mois) ont des salaires confortables, si confortables que le secteur public a du mal à trouver des praticiens : ceux-ci préfèrent le privé, où ils sont mieux payés, où ils peuvent choisir leurs horaires sans avoir à respecter les obligations du secteur public, c’est-à-dire sans assurer des gardes permettant au public d’être accueilli 24 heures sur 24 .

Et voici, toujours selon les chiffres de la DREES, [Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques] une comparaison des salaires des praticiens dans le public et le privé :

Salaires des médecins :

Chirurgien :
– 37 380 F* dans le public
– 61 000 F* dans le privé

Anesthésiste :
– 37 380 F* dans le public
– 71 170 F* dans le privé

(*) nets par mois

Les médecins sont aussi
les patrons

Et si les pauvres infirmières du secteur privé sont payées moins cher que dans le public, c’est la faute à qui ? C’est la faute à leurs patrons, les médecins-actionnaires des cliniques.

Alors pourquoi tout à coup ces patrons pensent-ils qu’il faudrait qu’ils augmentent les salaires de leur personnel ? C’est que les 35 heures vont s’appliquer, qu’il va manquer du personnel hospitalier, que celui-ci préférera aller où il sera le mieux payé et que les cliniques risquent alors de manquer de personnel.

Alors on voit se lancer dans la grève, non pas des salariés, mais des patrons : la fédération de l’hospitalisation privée, la coordination des médecins exerçant en clinique privée, les spécialistes libéraux !

Et tous ils veulent augmenter les salaires de leurs salariés, à condition que ce soit l’Etat qui paie ! Ces mêmes médecins libéraux (formés par le secteur public, et qui n’ont en général que mépris pour ce secteur public), souhaitent que l’Etat paie à leur place alors que, dans le même temps ils disent que le train de vie de l’Etat est trop important. On est en pleine contradiction.

SCI et SCM

Bien « brave » ! !, Elisabeth Guigou a déclaré lundi 5 novembre 2001 qu’elle allait « aider les cliniques privées pour leur permettre de mieux payer leur personnel ». On a du mal à comprendre que l’Etat, tout-à-coup, se mette à subventionner des patrons, fussent-ils médecins !

Il faut dire que ces patrons-médecins, pour un peu, feraient pleurer dans les chaumières, ils crient misère, ils disent que 60 % des cliniques privées sont en difficulté. Sans blague ? Avec tous les praticiens qui sont en dépassement du tarif de la Sécurité Sociale ? Ou qui demandent un complément d’honoraires en liquide ?

C’est pas si difficile d’être en difficulté : un homme qui met tous ses biens dans le nom de sa femme (ça arrive !) peut dire aussi qu’il est sans le sou ! Les cliniques utilisent un autre système : les mêmes médecins-actionnaires de la clinique créent une société civile immobilière (SCI) qui gère les locaux de la clinique et les met à la disposition de la clinique moyennant un fort loyer. Ainsi la clinique peut afficher une toute petite rentabilité (voisine souvent de 1 %) tandis que la société civile immobilière est florissante. De même, les mêmes médecins-actionnaires peuvent créer une « société civile de moyens » (SCM) comme celles qui se constituent pour l’exploitation d’un SCANNER (achat de l’appareil et encaissement des honoraires versés par les malades). Selon le Canard Enchaîné du 7 novembre, la polyclinique des Longues-Allées près d’Orléans, nourrit dans son sillage deux SCI et sept SCM. 

Il y a ainsi des transferts de fonds entre diverses sociétés qui servent d’écran de fumée. Par devant, la clinique va couci-couça. Par derrière, les autres sociétés vont très bien et leurs actionnaires sont satisfaits.

La crémière

L’association des médecins urgentistes de France n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère en fustigeant ces « malheureux » patrons de cliniques privées « Une fois de plus les cliniques privées, entreprises privées, font appel à l’Etat pour palier leur carence dans les avancées sociales pour leur personnel. Il est curieux que ces penseurs du secteur libéral fassent appel à l’Etat pour leur politique sociale. » dit le Dr Pelloux

« Le critère de recrutement des malades dans les cliniques privées est le plus souvent l’argent et la couverture sociale…et donc la sécurité sociale. Les cliniques privées ne s’investissent que dans le rentable budgétairement : chirurgie, oncologie, maternité, radiologie… mais pas les personnes âgées, les pauvres, les urgences médicales.

Leur demande prouve combien le secteur public est le pilier de notre système hospitalier.

L’argent public doit servir au bien public et au service public hospitalier. » conclut le syndicat des médecins urgentistes en disant que les médecins-actionnaires des cliniques privées veulent « le beurre et l’argent du beurre, la laitière et des parts dans la clinique »

Les contribuables
paieront

La ministre Elisabeth Guigou constate elle aussi que « les cliniques ne sont pas toutes dans un état difficile. Beaucoup d’entre elles, celles qui appartiennent à des groupes, sont dans un état satisfaisant. Un groupe vient d’ailleurs de s’introduire en Bourse ». Le gouvernement a cependant débloqué 3,1 milliards pour les cliniques privées. Que voulez-vous, on est en période pré-électorale et les médecins savent si bien faire croire qu’ils manifestent pour leurs malades, et pour la liberté médicale, et tout et tout !

Ces « efforts » de l’Etat se poursuivront en 2003, a promis le ministère, « pour réduire les inégalités entre établissements ».

Le personnel
_en verra-t-il la couleur ?

Dans un communiqué du 7 novembre 2001, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité précise que cette aide est particulièrement destinée à « développer une politique salariale et sociale en faveur [du personnel des cliniques privées] » et à « renforcer la transparence sur les rémunérations tout en garantissant que les moyens publics affectés à cette politique soient ciblés sur les établissements qui rencontrent des difficultés financières ».

Les représentants des cliniques se sont engagés à parvenir à un accord sur une nouvelle convention collective de l’hospitalisation privée, « pour que l’amélioration des salaires dans les cliniques soit effective le plus rapidement possible ».

En outre, ils devront « renforcer la transparence sur leur situation financière dans le cadre de leurs relations avec les agences régionales de l’hospitalisation ».

Un Observatoire composé des représentants de l’Etat, des employeurs et des organisations syndicales suivra l’évolution des rémunérations et veillera « au respect des engagements pris ».

La grogne

Cette décision du gouvernement a ravivé la querelle public-privé qui ne cesse, en effet, de s’accentuer. Mardi 6 novembre, la Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe les hôpitaux publics, s’est étonnée, dans un communiqué, de cette « situation pour le moins singulière s’agissant d’un secteur qui obéit aux règles de l’entreprise privée ». Les syndicats se montrent réservés. « Ce conflit dépasse un peu mon entendement. Je n’imagine pas que, demain, Peugeot, Total ou Danone aillent tendre la main aux pouvoirs publics », a déclaré Jean-Luc Cazettes, le président de la CGC.

Du côté du Parti Socialiste la réaction est vive aussi : dans un communiqué, la fédération départementale du Maine et Loire du Parti Socialiste proteste contre l¹attitude des médecins et chirurgiens, patrons des cliniques privées, qui prennent en otage la santé publique et leur personnel à des fins mercantiles.

« Ces médecins libéraux entendent imposer à l¹Etat et donc au contribuable de prendre en charge la forte différence de salaire qu¹ils imposent à leurs employés médicaux et non médicaux par rapport au Secteur Public représenté par l¹Hôpital.

Il est bien évident pour tout le monde que ces médecins-patrons pourraient sans grand dommage puiser dans leurs confortables revenus personnels, largement supérieurs (4 à 5 fois) à ceux de leurs collègues médecins du Public, pour combler la différence.

Mais ils s¹y refusent avec mépris en arguant du fait qu¹ils travaillent plus que dans le public. Les médecins débordés des urgences hospitalières apprécieront...

Il faut bien par ailleurs constater que les cliniques écrèment la partie rentable de l¹activité médicale et se dégagent sur l¹Hôpital de la charge du service public, avec les Urgences, le Social, l¹Enseignement, etc ...

Non seulement pour eux le profit est pour le privé et les pertes (en l¹occurrence la charge du service public hospitalier) sont pour le contribuable, mais encore ils entendent faire financer leurs revenus privés surévalués par le même contribuable. » dit le Dr Pierre Grimonprez

Dans le même ordre de remarque on peut poser la question des suppléments d’honoraires non remboursables imposés aux patients, en particuliers par les chirurgiens et les anesthésistes à ceux qui se font opérer, et qui se chiffrent en milliers de francs. Plus généralement, ceci démontre l’état d’esprit du monde ultra-libéral et du Medef, requinqué par la perspective d’une possible alternance aux prochaines élections.

(Dr Pierre Grimonprez 49310 Vihiers 02 41 56 97 40)


NOTES:

(1) signalons cependant que les cliniques privées mutualistes sont classées PSPH (= participant au service public hospitalier) et paient correctement leur personnel. Elles ont obligation de rentabilité mais ne sont pas à but lucratif et ne pratiquent pas les dépassements d’honoraires.
On ne sait pas si les cliniques privées sont majoritairement en difficulté, mais on peut constater (voir Presse-Océan du 8 novembre), qu’un pôle hospitalier privé va s’ouvrir dans le Sud Loire en 2003, regroupant 4 cliniques privées, soit 182 chambres, 24 blocs opératoires, en chirurgie, orthopédie, cardiologie, cancérologie et radiologie.