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Sénégal

Vacances d’action et de solidarité

Ecrit le 6 janvier 2010

VASI-JV cela veut dire : Vacances d’Action et de Solidarité Internationale pour Jeunes Volontaires. L’association fonde son action sur des valeurs de solidarité entre les jeunes du Nord et du Sud, d’engagement au service des plus démunis et de respect des diversités culturelles. Exemples d’actions : encadrement de colonies de vacances (droit aux loisirs art. 31 des droits de l’enfant) ; activités de remédiation scolaire (droit à l’éducation art. 28 des droit sde l’enfant) ; création de centres de bureautique et d’informatique, de bibliothèques ; participation à des travaux de rénovation de bâtiments scolaires, creusement de puisards, la plantation d’arbres, etc…

Un chantier-citoyen/colonie de vacances a eu lieu à MBour du 1er au 26 août 2009 dans l’école Diamguene 2. Il était cogéré par 8 binômes de moniteurs français et sénégalais, 3 binômes d’aides-animateurs et a accueilli 115 enfants, de 7 à 13 ans, particulièrement déshérités du Sénégal

 Baptiste Chevalier

En juillet 2009, Baptiste Chevalier (de St Aubin des Châteaux) a participé, comme animateur, à cette colonie VASI-JV au Sénégal, il en donne ici son bilan personnel .

28 juillet 2009, je pars pour Dakar avec Etienne et Alice, deux futurs animateurs. Les autres nous rejoindront trois jours plus tard car ils n’ont pas les mêmes billets. À l’arrivée, Ablaé, un membre de JV pour VASI nous reçoit dans sa maison. Nous sommes accueillis comme dans notre propre famille.

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Dans la culture sénégalaise l’hospitalité est fondamentale. Je ne veux pas faire de généralité mais souvent les Sénégalais n’ont pas grand chose et sont prêts à te donner beaucoup. Ils sont d’ailleurs fiers de cela et revendiquent d’habiter la « Terranga » qui, en Wolof, signifie la terre d’accueil.

Pendant trois jours, accompagnés de notre hôte, on s’acclimate et on visite le quartier qu’il habite. Nous sommes à Pikine, un quartier de Dakar. Pour se mettre dans l’ambiance africaine, c’est idéal : cet endroit est surpeuplé, ça grouille de partout, il y a des marchés de jour comme de nuit.

La plupart des maisons sont faites de bric et de broc. Mis à part les grands axes principaux, les rues sont en sable, ce qui pose des problèmes dès qu’il pleut. Quand on est « blanc », au début c’est amusant de se balader dans ces ruelles, mais à force cela peut devenir un peu oppressant. En effet, on ne passe pas inaperçu, surtout dans ces quartiers loin des touristes. On pourrait se croire une star se promenant au milieu de ses fans. J’exagère sans doute un peu, mais c’est ce que je ressens lorsque les enfants viennent nous serrer la main et toucher notre peau. Les plus timides restent à l’écart et crient « Toubab ! Toubab ! », ce qui signifie « Blanc ».
A l’origine, en Wolof, « toubab » veut dire « médecin ». Les médecins furent les premiers Blancs à débarquer au Sénégal, depuis le mot est resté. Mais il est vrai que souvent dans les têtes, « toubab » égale argent. Les adultes, eux, nous regardent et si on fait un sourire, on peut être sûr qu’il reflétera sur leur visage.

Ce qui m’a le plus choqué à notre arrivée, c’est cette chaleur humide qui te donne l’impression de suffoquer car on est en pleine saison des pluies. Mais au bout de deux jours on s’habitue.

1er août, toute l’équipe se retrouve à Mbour, une ville située à 80 km en dessous de Dakar, juste à côté de la mer. La colonie va se dérouler dans l’école « Diamaguendes ». On doit l’aménager et il y a du travail ! Les enfants n’arrivent que le 5. Nous avons donc quelques jours pour apprendre à nous connaître et préparer le programme. Nous essayons d’échanger nos activités, nos chansons et nos jeux afin que chacun puisse enrichir son répertoire. Il nous faut aussi installer toute l’électricité, la cuisine et les dortoirs. Mais tout le monde est motivé et cela se fait très vite. Nous sommes une super équipe, composée de 18 animateurs, 3 cuisinières, 2 directeurs et 2 adjoints. Tout le monde doit travailler en binôme (un Sénégalais et un Français), c’est l’un des objectifs de VASI-JV.

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5 août, c’est le grand jour, nous sommes prêts. 115 enfants venant de tout le Sénégal doivent arriver. Je m’occupe du premier accueil et je dois vérifier si l’enfant qui arrive est bien comptabilisé dans les 115. En effet, les expériences passées ont montré que souvent à la fin de cette journée il y avait plus d’enfants que prévu, car les associations chargées d’inscrire les enfants, sont contraintes de faire des choix difficiles pour savoir qui aura le droit de passer un mois de vacances. Parfois, elles ne le font pas et en amènent davantage.

La sélection se fait sur deux critères, il faut que l’enfant soit sans moyen financier et qu’il ait de bons résultats scolaires. A 16 h, la moitié des enfants est là quand un car venant de la région du « Saloon », la partie du Sénégal la plus pauvre, arrive. Il y a dix fiches d’inscriptions, mais 13 enfants présents. Il me faut alors expliquer à trois enfants qu’ils ont fait leurs sacs et rêvé pour rien. Cela restera pour moi l’épreuve la plus difficile de ce séjour. Mais le règlement est clair.

Le soir-même on constitue les groupes, appelés familles. Je suis en binôme avec Marie-Louise une Sénégalaise bien sûr. Tous les deux, nous avons la chance de nous occuper des 10/12 ans. Je dis la chance, car à cet âge, la moitié des enfants parle le français. En effet, ils l’apprennent à l’école et sont censés le maîtriser à partir du CE2. Les animateurs ayant en charge les plus jeunes seront eux confrontés à la barrière de la langue.

Notre groupe est donc composé de 16 enfants plus ou moins déshérités. Ça, nous le remarquons quand on fait les inventaires. Certains, trimbalent le peu d’affaires qu’ils ont dans un sac plastique et n’ont qu’une seule culotte de rechange pour tout le mois. Ce n’est pas le cas pour tous. Trois d’entre eux possèdent des sacs de marque et des paires de « baskets » neuves, ce sont les fils des enseignants qui ont un peu triché pour pouvoir venir à la colonie. Mais qu’importe, maintenant ils sont tous sur le même pied d’égalité, ce sont des enfants.

À partir de là, toutes les journées se feront sur la même base. Le lever des enfants se fait à leur rythme mais à 8 h 30 tout le monde doit avoir mangé pour que l’on puisse commencer le lever des couleurs, une tradition sénégalaise. En effet les Sénégalais sont très fiers de leur patrie et dans toutes leurs colonies, ils commencent la journée par chanter leur hymne et hisser le drapeau. A la colo VASI-JV on chante donc les deux hymnes, français et sénégalais et on lève les deux drapeaux pour symboliser cet échange culturel.

Ensuite c’est la classe de chant. Quand on a du mal à se réveiller c’est excellent. Au rythme des djembés, les moniteurs commencent et les enfants suivent, on y prend vite goût, mais une heure ça suffit. A 10 h, on commence les activités. Chaque famille se regroupe sous son arbre dans la cour où l’on étend des nattes par terre (là-bas, il n’y a pas de table, tout se fait sur les nattes) . C’est à ce moment là que l’on apprend à se connaître, que l’on échange sur des thèmes variés et simples comme l’égalité, la paix, la différence, etc... Les enfants m’appellent Tonton Baptiste. Au Sénégal tous les moniteurs sont appelés tonton ou tata.

Midi, l’heure du repas. Les cuisinières préparent de grands plats souvent à base de riz, accompagnés de viandes ou de poissons que l’on pose sur les nattes et où l’on peut manger à 5.

On déjeune par famille. Au début je mangeais avec une cuillère mais les enfants m’ont vite fait comprendre que pour découper la viande ce n’est pas pratique et que rien ne vaut les mains. Bien sûr avant chaque repas, les mains sont passées au savon et à l’eau de javel, comme tout d’ailleurs, même les légumes.

Après s’être rempli le ventre, tout le monde va à la sieste jusqu’à 4 heures, car il fait trop chaud l’après midi pour faire quoi que ce soit. Et on reprend tous par des activités sportives, en mélangeant les groupes et c’est parti pour le « un deux trois soleil », « l’épervier » ,« l’accroche décroche » etc... Des enfants de tous âges courent, rient, sautent et s’amusent avec nous. C’est la récréation pour tout le monde. Les parties de foot durent jusqu’à ce que la nuit tombe.

Après l’effort, la douche ! Et ça fait du bien une bonne douche froide quand il fait si chaud. Pendant l’installation de la colo, l’équipe de JV pour VASI a sacrifié 8 toilettes turques de l’école pour en faire des douches. Mais la queue est longue, c’est la bousculade. Les plus pressés se douchent au seau d’eau. On enchaîne sur le repas du soir qui est souvent très improbable en raison des fréquentes coupures de courant, car dans notre quartier, on a en moyenne 5 heures d’électricité par jour. Les cuisinières s’arrangent donc pour faire à manger avant que la nuit ne tombe. Et nous, les moniteurs, nous confectionnons des bougeoirs dans des bidons de dix litres coupés à moitié, très utiles pour abriter la flamme du vent. Un soir sur deux on dîne sous les arbres à la chandelle, ce qui donne un côté très romantique.

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En observant les enfants, on remarque qu’ils ont l’habitude, qu’ils s’adaptent. Lorsque le vent commence à souffler, pas besoin de parler, tout le monde sait quoi faire. Chacun prend une natte, un plat ou une bougie et court se réfugier dans les chambres. On pousse les matelas, on remonte les moustiquaires et on se serre. Les grosses gouttes commencent à tomber et tapent sur les tôles. Le rythme s’accélère jusqu’à ce que l’on ne s’entende plus parler. De toute façon, personne ne parle.

Parfois l’orage se met à gronder et les éclairs illuminent la pièce. Même les plus petits n’ont pas peur, au contraire, tout le monde apprécie cette sensation de fraîcheur et ce vacarme hypnotique contre lequel personne ne peut rien faire, à part attendre. La vie semble s’arrêter et cela parfois pendant des heures. Après le repas dans des conditions pareilles, il nous est arrivé de faire la veillée dans une chambre de la taille d’une salle de classe avec 120 enfants, 18 animateurs et tout ça à la lueur des bougies. Cela se fait, mais on est quand même un peu serré.

Tonton Abau a l’habitude de dire CCA « C’est Ça l’Afrique ». Il est très rare que l’on fasse ce qui est prévu, rien n’est sûr. Mais on s’adapte pour essayer de toujours retomber sur nos pieds. Et si on réussit « c’est cool ».

Qu’importe l’imprévu, les enfants eux sont toujours de bonne humeur, aucun ne rechigne, tous ont la joie dans le cœur. Loin d’être blasés de ce qu’on leur apporte, ils ont une grande soif de découvrir et d’appendre. Au Sénégal, l’éducation veut que le plus jeune respecte le plus âgé, ainsi les problèmes d’autorité se font plus rares. Je ne dis pas que ce sont des anges, ils restent des enfants. Mais le mois passé avec eux fut très fort.

On sent que la plupart ont un vécu difficile derrière eux. Certains, à 7 ans travaillent déjà dans les champs. D’autres, comme Abdu un enfant Talibé, mendient tous les jours pour le compte d’un marabout et doivent apprendre par cœur le coran en arabe, une langue qu’ils ne maîtrisent même pas. L’enfant auquel je me suis le plus attaché a treize ans. Il s’appelle Mamadou et parle très bien le français, il l’a appris en Guinée Bissau, là où vivent ses parents. Il me raconte que lorsqu’il a eu dix ans, des conflits ont éclaté dans sa ville. Il n’avait qu’un rêve, celui de partir à Dakar, réputée pour être une des villes les plus paisibles d’Afrique. Un beau matin c’est ce qu’il a fait, il a pris l’argent de ses parents sans rien demander et il est parti en bus jusqu’à Dakar. Au Sénégal, il n’avait aucun point d’accueil. Pendant un an, il vit du vol et aussi de la solidarité de la population pour les enfants des rues qui est très forte au Sénégal. A 11 ans, Mamadou devient porteur d’eau. Il fait partie de tous ces enfants qui vendent des petits blocs de glace sur le bord de la route. C’est à 12 ans et demi que volontairement, il rejoint « l’Empire des Enfants ». Cette association blanchit et nourrit les enfant des rues et se donne pour objectif de retrouver leurs parents. Il dit qu’à la fin de la colonie il rentrera chez lui, en Guinée Bissau, car dans son pays la guerre est terminée, mais de sa jeune aventure, il ne regrette rien.

Chaque enfant a son histoire. Certains comme Mamadou, se confient, d’autres la gardent pour eux.

Je n’écris pas ça pour les plaindre, bien au contraire, je veux seulement leur porter hommage. Je pense que ces petits hommes nous ont donné autant que ce que la colonie a pu leur apporter.

Baptiste Chevalier


La colo pour les enfants ?

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Une pause dans leur vie...
Se réveiller le matin en sachant que l’on va manger, que les adultes seront bienveillants, que le seul souci de la journée sera le choix des activités,
mais aussi, découvrir des activités qui leur permettront de se faire d’autres critères d’appréciation et donc de choix pour leur vie future !

 La colo pour les adultes et les ados ?

Une formidable aventure de partage et d’entraide. Apprendre à se connaître, à se respecter, à respecter le travail, la culture et le mode de vie de l’autre et à échanger des compétences d’animation…. Pas facile, et même si surgissent, çà et là, des difficultés (compréhension, différences culturelles….). Certes nous parlions tous français, mais du fait des pratiques langagières culturellement différentes entre le Sénégal et la France, les connotations impliquées par les mots ne sont malheureusement pas les mêmes, d’où parfois des incompréhensions ou pire des contresens ...

Mais à la fin de la colo, tous veulent revenir, pour essayer de faire mieux ou différent, en tout cas pour offrir à d’autres enfants le bonheur de cette tranche de vie vécue le temps d’un été.

Pour participer à la prochaine colonie en Août 2010 au Sénégal, il est d’ores et déjà possible de s’inscrire. Le formulaire de candidature se trouve sur le site de l’association : http://www.vasijv.org/

 Activités thématiques :

– droits de l’enfant avec la création d’une frise regroupant les principaux droits et dont les textes sont en Français et en Wolof,
– éducation à l’environnement avec la mise en place d’un début de tri sélectif et la plantation d’arbres,
– éducation à la paix, à la solidarité internationale par des jeux, des chants, du théâtre et des « causeries »
– et puis aussi : hygiène, secourisme, djembé, Olympiades, danses traditionnelles.

Travaux manuels : pendant lesquels, les enfants ont appris de véritables techniques artisanales réutilisables : porte-monnaies en calebasse, suspensions en macramé, livrets en scrapbooking…

Classe de chant - Sorties baignade et jeux de plage – Kermesse - Rallye culturel dans Mbour – Création d’un journal télévisé – Création d’un journal « papier ». Visite de la maison d’enfance du premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor et de l’île de Fadiouth. Et veillées franco-sénégalaises et traditionnelles.