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Accueil > Thèmes généraux > Condition ouvrière et/ou salariale > L’emploi soldé

L’emploi soldé

Ecrit en février 2003 :

Dégazages sociaux

Eh bien ça n’a pas tardé ! A peine élu, le nouveau gouvernement (Raffarin, Fillon, Mer et compagnie) s’est attaqué aux mesures-phares du précédent gouvernement (remise en cause des 35 heures et de la loi de modernisation sociale) et, ayant « déblayé » le terrain, à la demande du patronat, il espérait bien s’attaquer à la question des retraites.

Mais le terrain a été si bien déblayé, qu’il ne reste plus de garde-fous. Le patronat revendiquait la liberté du travail pour, disait-il, pouvoir mieux embaucher. En réalité, on le savait, c’était pour pouvoir mieux licencier. Apparemment le gouvernement faisait semblant de ne pas le savoir, mais en ce début d’année 2003 les nuages noirs du chômage s’amoncellent à l’horizon : Metaleurop (830 personnes dans le Pas de Calais), Daewoo-Orion (550 per-sonnes en Meurthe et Moselle), JVC (243 salariés en Moselle), ACT Manufacturing (660 salariés à Angers), Matra Automobiles (un millier de salariés à Romorantin), Arcelor (1500 salariés en Moselle), Grimaud Logistique (835 salariés dans les Deux Sèvres), Péchiney (214 salariés à Auzat en Ariège), Lu-Danone (247 salariés à Calais), ce n’est que le début d’un inventaire (qui n’a pas la saveur de celui de Prévert), qui comprend aussi Canselier (Cholet, 95 salariés), Sort et Chasle (Nantes, 130 salariés), Bleue Couture (108 salariées à Angers), Mulliez (156 licenciements au Longeron, Maine et Loire) et les 26 600 aide-éducateurs et surveillants de l’Education Nationale.

Les plans « sociaux » si mal nommés, ne sont pas un effet d’optique car selon une étude du cabinet Dun & Bradstreet publiée par Les Echos du 27 janvier, les défaillances d’entreprises ont progressé de 3 % en 2002, après cinq années de baisse. Selon l’indice Manpower de l’emploi, publié lundi 27 janvier, les offres d’emploi à durée indéterminée publiées dans la presse nationale et régionale ont baissé de 30 % en 2002 par rapport à 2001 et cette baisse atteint même 44 % pour les annonces concernant le secteur de l’industrie. (1)

Face à ces situations de crise, le gouvernement fait les gros yeux, « L’Etat a les moyens de faire respecter la loi » a dit François Fillon au sujet de Metaleurop. Ce sera aussi efficace que les coups de pied médiatiques de Raffarin dans les « boulettes » de pétrole sur les plages souillées par la marée noire.

Et voilà que le gouvernement met en avant un « Monsieur plans sociaux » en la personne de Claude Viet, un délégué interministériel qu’on avait oublié parce que François Fillon le tenait à l’écart de tout (il n’avait même pas encore de bureau ni de secrétariat). Il a pourtant travaillé cet homme et remis un rapport de synthèse le 15 janvier 2003. Et ce qu’il dit, pour nous, enfonce des portes ouvertes, mais gêne les tenants du libéralisme et de la liberté de licencier à tout va.

Il dit en effet (voir l’article de Frédéric Lemaitre dans Le Monde du 27 janvier) que :

1) Les mutations économiques sont traitées à chaud.

2) Les obstacles aggravés par la jurisprudence empêchent les entreprises et les représentants du personnel de se saisir en amont des problèmes d’emploi.

3) La gestion des restructurations est très inégalitaire : « Les salariés de faible qua-lification sont doublement pénalisés, d’une part parce qu’ils sont les plus touchés (45 % des licenciés pour motif économique sont des ouvriers tandis que les employés représentent 20 % des personnes touchées), d’autre part parce que ce sont ces deux catégories qui rencontrent le plus de difficultés à trouver un emploi. ».

4) Le reclassement des salariés est difficile : « Le taux de reclassement est de 50 % en douze mois en cas de dispositif élaboré de reclassement ; d’une manière générale, un an après un licenciement économique, 60 % des salariés sont encore au chômage, 15 % occupent un emploi précaire et seulement 15 % ont retrouvé un CDI ; 36 % des salariés n’ont pas retrouvé d’emploi après cinq ans »

5) Le vécu des salariés soumis à une re-structuration « est souvent catastrophique et les traumatismes se fédèrent dans le refus collectif ».

6) Les restructurations « sont abordées comme des accidents ».

Reste à trouver des solutions efficaces à ces problèmes qu’on connaît bien.


Ecrit le 26 février 2003 :

(Menaces sur les indemnités de licenciement

Le Medef sonne l’alarme ! L’assurance de garantie des salaires (AGS), qui paye les salaires et les indemnités de licenciements à la place des entreprises lorsqu’elles sont placées en liquidation, comme Moulinex ou Metaleurop, accuse un déficit de 371 millions d’euros. Cette assurance obligatoire des entreprises est gérée par le patronat, qui trouve que le coût des « sinistres », c’est-à-dire des indemnités versées aux salariés en cas de licenciement, a tendance à augmenter.

Selon Jacques Creyssel, directeur délégué du Medef, des patrons malins utilisent le système : « On sait très bien que, dans un certain nombre de cas, lorsque l’entreprise est en difficulté, elle a tendance à utiliser l’AGS en remontant le niveau des accords » sur les primes de licenciements.

En clair, selon lui, des patrons, voyous d’un nouveau genre, concluraient des accords à la veille du dépôt de bilan, permettant aux salariés de toucher des indemnités de licenciement « trop généreuses ». En fait, les salariés, peu confiants dans les mesures de reclassement, demandent de plus en plus souvent une « surprime » de licenciement, comme chez Moulinex, Cellatex ou Daewoo.

« Nous ne pouvons admettre que certains mutualisent ainsi les coûts des restructurations », s’est insurgé Ernest-Antoine Seillière, le président du Medef. Car pour l’organisation, le poids de l’AGS est devenu trop lourd : la cotisation, versée par les employeurs, représente 0,35 % de la masse salariale, au plus haut niveau depuis trente ans, le même qu’en 1993, lorsque la récession faisait rage. Pas question donc d’augmenter à nouveau la cotisation AGS. Le Medef a préféré renvoyer la patate chaude à François Fillon.

En novembre dernier, le patronat a écrit au Ministre du Travail et de l’Emploi pour lui demander de prendre un décret abaissant le plafond maximal d’indemnisation, et limitant « la garantie de l’AGS aux accords d’entreprise conclus un an avant la date du redressement judiciaire ». En clair, réduisant les droits des salariés licenciés. En réponse, le ministre, prudent, a proposé au Medef de constituer un groupe de travail.

Ainsi les salariés seront encore plus victimes des décisions prises par les patrons.


Ecrit le 14 janvier 2004 :

L’emploi soldé

« Petit à petit, on déréglemente tous les horaires » dit le secrétaire général de l’union syndicale CGT commerce de Paris en constatant les horaires imposés aux salarié-e-s « volontaires » : « Des magasins qui ouvrent à minuit, voire toute la nuit, ce n’est pas normal. Le but de l’opération est de créer de nouvelles habitudes de consommation. »

On prétend que ces ouvertures correspondent à une demande du public (et c’est un fait que, à Paris, il y a du monde dans les magasins la nuit, mais il faut savoir que Paris n’est plus une ville ouvrière). « Les gens se contentent de profiter de ce qu’on leur offre. Et c’est aussi parce que les horaires de travail sont de plus en plus déréglementés que les gens s’habituent à faire leurs courses à n’importe quelle heure. On pense avoir tout dit en invoquant « la modernité », justifiée par une prétendue envie immédiate des consommateurs. Mais il faut leur montrer que ces « innovations » sont catastrophiques pour les salariés du commerce ».

Catastrophique

Ces bouleversements dans la consommation en entraînent d’autres ailleurs. Ainsi, le nettoyage, le transport et les banques. Car il faut bien transporter les consommateurs, comme il faut bien qu’il y ait des salariés des organismes financiers pour dire si les cartes de crédit sont valides. Et ainsi, par capillarité, on déréglemente tous les horaires, les uns après les autres. De même puisque les femmes du commerce travaillent de plus en plus tard, on parle de fermer plus tard les crèches et de prolonger dans la soirée le travail des assistantes maternelles.

Les grands magasins disent qu’ils créent des emplois... En tout cas, qu’ils augmentent les revenus de leurs employés en faisant appel au volontariat. C’est une imposture. Les emplois créés, précaires, à temps partiel pour 40 % d’entre eux et déqualifiés, le sont au détriment de tous les emplois stables, supprimés dans le commerce de proximité. Ce qui provoque d’ailleurs les protestations du patronat du commerce de détail, soumis à cette concurrence déloyale des grandes chaînes de distribution.

Aujourd’hui, des salariés sont volontaires pour les ouvertures tardives et dominicales parce que les salaires sont très bas et qu’ils touchent des primes. Mais c’est un piège : les primes seront supprimées le jour où ces horaires seront la règle. Récemment, la Cour de Cassation a débouté un salarié qui réclamait une majoration salariale pour travail dominical au motif qu’il travaillait dans une entreprise qui ouvrait tous les dimanches.

(d’après l’Humanité)


Ecrit le 14 janvier 2004 :

« Les restructurations n’ont pas de raison de s’arrêter »

Jean-Pierre Aubert, chef de la mission interministérielle sur les mutations économiques depuis septembre 2003, a donné une interview au journal Le Monde (parution du 2 janvier 2004) dans laquelle il reconnaît : « On ne peut nier la forte augmentation des défaillances d’entreprises (...). Dans les entreprises mondialisées, les vraies raisons proviennent du bouleversement des marchés, qui implique des réorganisations et des relocalisations. Les mutations technologiques provoquent un désengagement dans les activités plus traditionnelles. Certains groupes en profitent pour abandonner les productions banales à des sous-traitants.

Les tensions sociales provoquées par ces restructurations sont amplifiées parce que, dans la période actuelle, il est plus difficile de compenser les suppressions et les disparitions d’emplois par des reclassements et des créations ».

Les patrons accélèrent les départs

La loi, pourtant, repousse progressivement l’âge du départ en retraite. Mais les entreprises continuent à privilégier les « mesures d’âge » : « Certaines entreprises ont demandé à être intégrées dans la procédure des plans « amiante », qui permet de faire partir les salariés plus tôt. Dans la métallurgie, les plans de cessation anticipée d’activité ont été prolongés. il faudra du temps pour changer les comportements, surtout si les tensions persistent sur l’emploi. » dit Jean Pierre Aubert. On le constate encore ces jours-ci : le 5 janvier 2004, l’équipementier Bosch a annoncé la suppression de 169 des 830 salariés de son usine de St Barthélémy d’Anjou, en utilisant le « plan amiante ». C’est que l’usine va mal ? Non au contraire, elle tourne à plein régime, le marché est en extension. Mais l’usinage du frein à main serait délocalisée vers l’Espagne ....

Le Président de la République, lors de ses vœux du 31 décembre 2003, s’est engagé sur la question de l’emploi, parlant de « prévenir les licenciements et les plans sociaux » . Sans doute s’agit-il là de vœux pieux puisque chef de la mission interministérielle sur les mutations économiques est peu optimiste : « Les restructurations n’ont pas de raison de s’arrêter. Elles pourraient même s’accélérer dans certains secteurs ». Il espère cependant qu’en donnant aux entreprises des marges de manœuvre « On pourra alors enregistrer une amélioration de l’emploi malgré ces restructurations ».

Quelles « marges de manœuvre » ? Il est question d’un nouveau contrat de travail, plus long que le CDD puisqu’il pourrait atteindre 5 à 6 ans, et qui permettrait de ne plus faire de CDI (contrat à durée indéterminée), exonérant ainsi les employeurs de toutes les règles liées au licenciement.

C’est la fin programmée du droit du travail, au bénéfice exclusif des employeurs et des actionnaires.


Ecrit le 14 janvier 2004 :

2003, année noire pour l’emploi industriel en France

Lors du troisième trimestre 2003, 20 000 emplois ont encore été supprimés, révèle une étude de la Dares, l’organisme d’études du ministère du travail, publiée le 23 décembre 2003. Plus inquiétant : l’industrie a enregistré la disparition de 33 000 emplois au cours de cette période qui sont loin d’avoir été compensés par les 10 000 créations dans le secteur tertiaire, jusqu’alors le plus dynamique, à l’exception du commerce en baisse de 5 000 emplois. Or c’est le secteur des services qui, depuis quelques années, était la locomotive de la création d’emplois en France. Si la tendance devait se confirmer au quatrième trimestre, l’évolution de l’emploi pourrait présenter un solde d’emplois négatif en 2003.

Parmi les principales filières affectées, les industries métalliques (- 4 400) et la métallurgie (- 4 900) alors que le textile et l’habillement auront encore perdu 15 000 emplois dans l’année. Cette diminution confirme une dégradation continue qui s’est traduit par la destruction de 155 200 emplois industriels depuis le premier trimestre 2002. Pour la première fois, le nombre de salariés dans ce secteur est passé sous les 4 millions sur les 15 millions que compte le secteur marchand.

Faillites en hausse (lire plus loin)

Ces données prennent en compte les défaillances d’entreprises, en forte augmentation. Elles intègrent certaines faillites retentissantes du début 2003, celles-là même qui avaient conduit le président de la République à dénoncer les « patrons voyous » : les cas de Metaleurop Nord, Daewoo, Palace Parfums avaient obligé l’Etat à se substituer aux dirigeants défaillants pour assumer les conséquences sociales de leur désengagement.

La période aura aussi été marquée par la crise dans l’agroalimentaire, qui inclut la filière des volailles avec des concentrations et suppressions d’unités en Bretagne, et les industries (Nestlé, Yoplait). Ce secteur a, selon la Dares, « pour la première fois depuis le troisième trimestre 2002, détruit des emplois (- 2 200). »

Le second semestre 2003 aura, lui, été marqué par les annonces cumulées de vastes restructurations, à court et moyen terme, dans les grands groupes industriels. En l’espace de quelques mois, les plans sociaux se sont succédé chez Alstom (2 700 suppressions en France), GIAT Industries (3 200) ou le cigarettier Altadis (700) avec l’arrêt prévu de l’usine de Lille (475), ou encore Eramet avec l’arrêt du site Comilog de Boulogne-sur-Mer. De son côté, Arcelor poursuit un processus de réorganisation, consécutif à sa fusion, qui accentue le mouvement de fermeture des sites « non rentables » dans le Nord et en Lorraine.

A l’image d’Alcatel, qui aura supprimé 6 000 emplois en France en 2003, le secteur de l’électronique et des télécommunications reste durablement affecté. La restructuration mondiale du groupe STMicroélectronics prévoit certes une nouvelle unité à Grenoble (Isère). Mais elle devrait s’accompagner, en 2004, de l’arrêt du site de Rennes (Ille-et-Vilaine) qui emploie près de 600 salariés. Le secteur français des composants, qui a employé jusqu’à 82 000 personnes en 2001, en compte désormais moins de 60 000, en raison des délocalisations dans les pays de l’Est et en Asie, particulièrement en Chine.

Dans l’automobile, les groupes PSA et Renault ont réduit l’emploi intérimaire tandis que les équipementiers Valeo, Magnetti-Marelli... ont été contraints de revoir à la baisse leurs effectifs. N’oublions pas les suppressions d’emplois dans les fonderies du groupe APM (ex-Valfond),

Pour désamorcer cette mauvaise impression, et répondre au désir de J. Chirac qui promet une amélioration de l’emploi, le Ministre de l’Economie, Francis Mer, a annoncé la création de 40 000 emplois nouveaux en octobre et novembre 2003, en se fondant sur les chiffres de l’INSEE. Hélas l’INSEE précise que ces chiffres doivent être considérés « avec précaution » car ils pourraient « être révisés fortement »

Menaces pour 2004

Les menaces pour l’année 2004 se profilent dans la chimie et la pharmacie. Après Atofina (groupe Elf), Rhodia a déjà annoncé 1 000 suppressions d’emplois. Aventis et Pfizer ont également décidé de réorganiser leurs unités. Bosch envisage 500 suppressions d’emplois en France (dont les 169 de St Barthélémy d’Anjou). Dans la région de Châteaubriant c’est toujours l’incertitude sur Focast, Atlas, General Trailers, Novembal, CIC.

Les entreprises publiques ne sont pas épargnées. Les syndicats ne manquent pas de dénoncer le solde négatif des effectifs chez France Télécom (- 5 000) comme à EDF (- 10 000).

Pré-retraites

Malgré la campagne du gouvernement, qui vise à encourager le maintien en activité des salariés les plus anciens, ces plans privilégient les départs en préretraite. Avant l’application de la nouvelle loi sur les retraites, la branche de la métallurgie a, le 19 décembre 2003, conclu un accord pour prolonger les départs anticipés à 57 ans au moins jusqu’en 2006, qui profitera en premier lieu à GIAT Industries. D’autres entreprises ont conclu à la hâte des dispositifs identiques.

Du positif

Parmi les signes positifs de la situation de l’emploi, la Dares relève les créations (16 300) dans les services de conseil aux entreprises. Cette tendance recouvre parfois une réalité en trompe-l’œil. Elle inclut pour partie des activités de service externalisées à des sociétés de sous-traitance (paie, comptabilité, logistique...). C’est désormais le cas des services informatiques confiés par Michelin à IBM, par Procter & Gamble à Hewlett-Packard ou par Schneider à Accenture. Cette évolution des organisations devrait s’amplifier en 2004.

A noter le développement d’un nouveau « métier » : le « coaching » qui est l’accompagnement d’un client (personne ou entreprise) par un Coach centré sur la réussite des objectifs du client. Une école internationale vient de s’ouvrir à Locarn en Centre Bretagne : 50 jours de formation sur 9 mois. Coût : 7500 euros.

Source : notamment un article de Michel Delberghe dans Le Monde


Les faillites ont augmenté
de plus de 7 % en 2003

Triste année ! La France a enregistré, en 2003, une augmentation d’un peu plus de 7 % du nombre des défaillances d’entreprises, selon Philippe Brossard, directeur de la recherche de l’assureur crédit Euler Hermes SFAC. « Octobre et novembre ont été de mauvais mois. »

Le pays n’avait pas connu une telle hausse depuis sept ans, même si elle est loin du record de 1999 où les faillites avaient augmenté de 16 %. La tendance est importante car « il existe un lien étroit entre la progression des défaillances et la croissance, explique M. Brossard. Selon les pays, il faut un minimum de 2 % à 3 % de croissance pour stabiliser les nombres de faillites ».

Environ 46 000 sociétés françaises ont, en 2003, fait l’objet d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. La majorité des victimes sont silencieuses. Des sociétés souvent de petite taille, créées depuis moins de cinq ans. Aucun secteur n’est épargné. Ces derniers mois, les entreprises industrielles, les cafés restaurants et les transports ont particulièrement souffert.


(écrit le 17 janvier 2001 d’après le journal Libération)

Une prime pour l’emploi, à quoi ça sert ?

Le crédit d’impôt répond au double objectif d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés modestes et, surtout, de favoriser le passage du RMI à l’emploi, en creusant l’écart entre les revenus du travail et les revenus d’inactivité (RMI, allocations diverses). Aujourd’hui, les personnes qui retrouvent un emploi à temps partiel peu qualifié subissent un taux d’imposition de leur revenu parfois supérieur à 100 %. Ainsi, un allocataire du RMI qui retrouve un emploi à mi-temps payé sur la base du Smic ne gagne en réalité que 260 francs de plus par mois, voire moins, compte tenu de la perte de certaines allocations qu’entraîne la reprise d’activité. En améliorant la rémunération nette du travail, le crédit d’impôt vise à corriger cette distorsion préjudiciable au retour à l’emploi.

Comment ça marche ?

Tous les contribuables inscriront dans leur prochaine déclaration de revenu le montant de CSG qu’ils ont acquitté sur leur revenu d’activité en 2000. Le fisc calculera alors le montant de la « prime pour l’emploi » à leur reverser compte tenu de leur situation familiale (présence de personnes à charge) et des revenus cumulés du foyer.

Qui va bénéficier du dispositif et quand ?

Près de 9 millions de français sont concernés. Le remboursement de la CSG devrait être maximal au niveau du Smic horaire et se réduire progressivement pour s’annuler au niveau de 1,4 fois le Smic (actuellement, 9 940 francs brut mensuels).

En septembre, les contribuables qui paient l’impôt sur le revenu verront leur troisième tiers réduit du montant de la prime calculée par le fisc.

Ceux qui ne sont pas imposables recevront un chèque. Ce dispositif, qui devrait coûter un peu plus de 26 milliards de francs, atteindra sa vitesse de croisière en 2003. A cette date, un salarié payé au Smic gagnera l’équivalent d’un mois de salaire supplémentaire.

Prime pour l’emploi

Le dispositif gouvernemental concernant la « prime pour l’emploi » a été présenté le 16 janvier 2001 par Laurent Fabius

La « prime pour l’emploi » affiche nettement son objectif : encourager au travail pour les rémunérations les plus faibles. Une des conditions de son attribution est donc que l’un des membres du foyer exerce une activité professionnelle (pas forcément salariée) correspondant à une rémunération comprise entre 0,3 SMIC et 1,4 SMIC.

La prime pourra aussi bien concerner des salariés que des commerçants, des artisans, des agriculteurs ou des travailleurs indépendants.

La prime sera accordée en proportion des revenus du travail. Son montant progressera jusqu’à l’équivalent du SMIC, puis redescendra jusqu’à l’équivalent de 1,4 fois le SMIC

C’est donc au niveau du SMIC que le montant de la prime sera le plus élevé. Deux exemples concrets :

Pour un smicard célibataire , sans enfant
la prime sera de 1500 F en 2001,
3000 F en 2002
4500 F en 2003.

Pour un couple de smicards avec 2 enfants,
la prime sera 3400 F en 2001,
6400 F en 2002,
9400 F en 2003.

La prime sera réservée aux foyers dont le total des revenus ne dépasse pas un certain montant. Ce niveau « d’éligibilité » sera augmenté à raison des enfants à charge. Par exemple : 105 550 francs pour un célibataire sans enfant ; 269 440 francs pour un couple marié avec deux enfants

La prime elle-même sera augmentée en fonction des enfants à charge, pour les mêmes raisons. Cette majoration sera plus forte pour le premier enfant d’un parent isolé. La prime sera également majorée dans le cas où, dans un couple, un seul conjoint travaille. Il faut en effet trouver un équilibre entre l’objectif de favoriser l’emploi et la nécessité de tenir compte des conditions et du niveau de vie des foyers où une seule personne travaille.

En septembre 2001

La première Prime pour l’Emploi sera versée en septembre 2001, elle se rapportera aux revenus et au travail de l’année 2000. Mais personne n’est capable de calculer, pour l’instant, ce que sera son montant exact. Les salariés à faibles revenus devront donc attendre.

Au total, la Prime pour l’Emploi, tenant compte des données juridiques et financières connues actuellement, apportera dès 2001 un plus significatif pour l’emploi et les revenus à près de 10 millions de personnes.

Un projet de loi comportant un seul article créant la Prime pour l’Emploi sera soumis au Conseil d’Etat et présenté au Conseil des Ministres avant la fin janvier et examiné par le Parlement aussitôt. Espérons que rien ne viendra bloquer, une nouvelle fois, la mécanique.


Ecrit le 9 février 2005 :

Total : l’entreprise Total va licencier 380 personnes à Saint Auban (Alpes-de-Haute-Provence) ... tout en percevant 20 millions d’euros de l’Etat. Le groupe a pourtant engrangé un bénéfice net de 7300 millions d’euros en 2003 (voir Le Monde du 20 février 2004), et une progression de 45 % au quatrième trimestre 2004 (par rapport à 2003). Qui bénéficiera des bénéfices ?


Ecrit le 1er juin 2005 :

Ces stagiaires que l’on jette

Au lieu d’embaucher, nombre d’entreprises prennent des stagiaires.
Ni chômeurs ni salariés, ces jeunes bardés de diplômes ne parviennent pas à entrer dans la vie active.
Témoignage

Erasmus

C’était au printemps 1998. Nous étions assis dans un café de Lyon, tous étudiants du programme Èrasmus, et nous discutions de ce qui se passerait quand nous aurions terminé nos études. Nous étions sûrs d’être embauchés. Nous avions fait tout ce qu’il fallait pour. Nous avions appris vite, étudié des langues et voyagé à l’étranger. Mais la dernière à parler, Letizia, originaire de Padoue, nous a raconté qu’en Italie rien ne garantissait qu’elle trouverait un emploi. Là-bas, les diplômés acceptaient beaucoup de stages mal rémunérés, voire pas du tout, pour obtenir un bon poste au bout de deux ans ou plus. Le reste de l’Europe, rassemblé autour d’une table de bistrot, en fut à la fois étonné et scandalisé. Quant à moi, j’étais bien content de savoir que j’allais rentrer en Allemagne quelques mois plus tard.

Mais le temps que je termine mes études, l’Allemagne s’était italianisée. J’ai compté : depuis, j’ai fait exactement soixante-six semaines de stage - à peu près autant que pendant mes études. Presque toutes mes relations ont connu le même parcours. Le phénomène touche même ceux qui ont choisi des filières relativement conformes aux attentes du marché : ingénieurs, juristes, économistes et assistants sociaux.

En soi, le stage est une bonne chose. Autrefois, il servait de prise de contact avec la vie active, il s’agissait plutôt de voir à quoi ressemblait la vie dans une cimenterie ou une agence de pub, pour savoir si l’on était fait ou non pour telle ou telle profession.

SIEMENS accueille 16 000 stagiaires par an

Mais, plus il y a de jeunes diplômés au chômage, plus les entreprises apprécient de recruter des stagiaires qui fournissent un travail professionnel bon marché.

Il est désormais courant de passer plusieurs années en stage entre l’obtention du diplôme et une véritable embauche. Dans les secteurs scientifiques, ces années ont même un nom aujourd’hui, la floundering period (la période de barbotage) - une phase où l’on barbote comme un flétan.

Il y a deux ou trois ans, les journaux parlaient de la « génération chômage » ces jeunes d’un bon niveau de formation qui se retrouvaient très tôt sans emploi. Il en va tout autrement des hommes-flétans : ils ne sont jamais au chômage, mais ils n’ont jamais d’emploi stable. Et ils n’ont pas droit aux allocations chômage, ni aux subventions attribuées aux entreprises individuelles [créées par des chômeurs].
On embauche gratis

Quand on surfe aujourd’hui sur Internet en quête d’emploi, on trouve essentiellement des propositions de stages. Sur le site internet Jobpilot, rien qu’au cours des quatre dernières semaines, 3 320 nouveaux stages ont été proposés, pour seulement 1 560 emplois.

A la bourse des stagiaires du magazine berlinois zitty, 15 % seulement des sociétés qui recherchent des stagiaires sont prêtes à proposer une rémunération.

Au stagiaire inconnu

Chaque mois, le gouvernement allemand publie les chiffres du chômage. Mais il n’y a pas de statistiques sur les stagiaires. Personne ne les recense, personne ne calcule combien de temps durent ces stages, personne ne se demande sur quoi ils débouchent. Siemens voit défiler chaque année quelque 16 000 stagiaires et étudiants. Aucune statistique, en revanche, pour dire combien d’entre eux ont trouvé un emploi stable. On ne peut que chercher des indices. Un ami de la Ruhr a suivi une formation pour juristes au chômage qui se concluait par un stage. Selon la rumeur, plusieurs de ses prédécesseurs avaient trouvé un emploi. Mais, en 2004, pas un seul des douze participants n’a été embauché.

Dans les soirées réunissant des 25-30 ans, on entend souvent dire « je suis encore en stage » - une phrase à la fois pleine d’espoir et de résignation, ce qui est un tour de force. L’espoir s’explique : chaque stage signifie que, pendant encore un ou deux mois, on échappe officiellement au statut de sans-emploi.

Quant à la résignation, chacunsait qu’il n’a pas vraiment de chances de voir le stage se convertir en un poste fixe. Résignation aussi parce que ces stages n’apportent plus rien à un curriculum vitae où la rubrique « expérience pratique » déborde déjà. Certains ont effectué tant de stages qu’ils n’osent même plus en dresser la liste lorsqu:ils présentent leur candidature, car les employeurs potentiels pourraient supposer qu’ils ont un problème d’adaptation !

No future

Les jeunes diplômés ont déjà accumulé les stages pendant leurs études. Pendant l’été, pas de vacances, mais encore un stage.
Ils se sont acheté un costume et ont soigneusement appris comment se comporter une fois vêtus de la sorte. Ils ont arboré un air aimable quand on les a priés de « se présenter brièvement » à la ronde devant les salariés. En quelques phrases, ils ont donné leur nom, et peut-être celui de leur université, pour ne pas faire trop long.

Puis tout le monde a oublié comment ils s’appelaient. Dans l’entreprise, ces jeunes se-promènent, leurs collègues plus âgés les apprécient pour leur jeunesse et pour leur zèle, mais cet amour-là n’est pas fait pour durer.
« No future » clamait la jeunesse dans les années 1980, mais de l’avenir, elle en avait encore. Aujourd’hui, les jeunes s’accrochent à ce qui reste.

Vivre à Bruxelles
avec 800 € par mois ?

Prenez le cas de mon ami Jens, un juriste. Pendant ses études, il a visité trois continents, a suivi des cours sur la dépénalisation de la drogue, a fait un séjour au sein du gouvernement fédéral et en sait bien plus sur la législation sur les stupéfiants que ceux qui gagnent leur vie avec. Jens en avait assez des formations interminables. A 30 ans, il avait le sentiment d’être arrivé à maturité. Pour la première fois, il vivait dans la même ville que son amie.

Un jour il m’a déclaré : « Maintenant, ça devrait marcher ». Mais, après l’obtention de son diplôme et quelques mois au chômage, il est parti à Bruxelles faire un stage de plus.
En Belgique, il s’est cherché un logement à partager. Il gagnait 800 euros par mois. Au début, sa copine venait le voir. Mais ça n’a pas duré.

Comment peut-on vivre avec 800 euros à Bruxelles quand on frise la trentaine ? Comment vivre avec 600 euros à Munich ? Comment se débrouille-t-on lorsque le stage est rémunéré par un titre de transport mensuel, par du « savoir-faire », des « opportunités professionnelles » ou de la « célébrité et [des] boissons à. volonté ». comme le proposent les annonces ?

Comment fait-on sans perspective de retraite, sans protection de santé et autres assurances chômage ?

Il y a toujours pire

Oh, certes, on a vu pire. Il y a toujours pire ailleurs. Les stagiaires peuvent emprunter à leurs parents, ils travaillent le soir ou la nuit, l’Office du logement leur versera peut-être 60 euros. Et puis ils continuent à mener une vie d’étudiant, peuvent aller au cinéma le lundi, s’inscrire à la fac pour obtenir une carte d’abonnement étudiant aux transports publics, profiter des tarifs préférentiels de la mutuelle étudiante et des abonnements spéciaux aux journaux.

Mais pas de voiture, et on est toujours à la recherche d’un logement en communauté. Pas question non plus de fonder une famille.

Inquiétude

Manquer d’argent, c’est dur. Mais c’est encore plus dur quand, le premier jour d’un nouveau stage, votre père vous appelle pour vous expliquer d’un ton soucieux comment il faudra faire.

Les discussions de cet ordre se terminent toujours par des conflits. On comprend parfaitement l’inquiétude de son père. Mais il est pratiquement impossible de discuter avec ses parents de l’existence en tant que stagiaire, parce qu’ils continuent, eux, de croire que, pour trouver un boulot, il suffit d’être bon.

Ce qui est dur, aussi, ce sont toutes les petites humiliations indissociables du stage (pas d’adresse électronique personnelle, pas de bureau fixe, pas de salaire). Lors de mon stage n° 4, j’avais un carton où j’entassais à toute vitesse mes affaires quand un salarié avait besoin d’utiliser l’ordinateur devant lequel je venais juste de m’installer.

Il n’y a pas
de petits profits

A Strasbourg, dans les locaux de la chaîne de télévision franco-allemande Arte, les stagiaires sont légion.
Les salariés vont même jusqu’à les loger, moyennant paiement. Une idée qui ne paraît bonne qu’à première vue.
Certains logeurs, de trois ans plus âgés que leurs locataires, n’hésitent pas à leur préciser quelle vaisselle utiliser et quel week-end ils peuvent faire venir un ami.
Les stagiaires sont là, dit-on, pour accumuler des expériences.

Il y en a cependant quelques-unes dont ils pourraient aisément se passer.

J’entends régulièrement mes amis dire que, cette fois, ils en ont fini avec les sta-

ges, mais alors, pour de bon. Et, deux ou trois semaines plus tard, ils se démènent pour en trouver un autre. Tant qu’ils font leur stage, il est rare qu’ils se plaignent. Lorsqu’on les interroge, ils répondent avec souplesse : "Tout va bien’‘. puis ils vous assènent qu’en fait les stages, c’est même sympa.

Ils n’avouent la vérité que lorsqu’ils ont enfin trouvé un emploi, et encore, de façon détournée. Comme mon ami de la Ruhr, qui, après avoir passé six mois à jouer les hommes-flétans, a trouvé un boulot dans une association - sans même y avoir effectué un stage.

Depuis, me dit-il, il va beaucoup mieux. Il y a longtemps qu’il n’avait pas été aussi détendu. Il a rencontré une femme, m’a-t-il même annoncé récemment.

Tout cela, bien sûr, n’est peut-être qu’une coïncidence.

Matthias Stolz, Journaliste à Die Zeit (Hambourg)

(Source : Die Zeit, Hambourg via Le Courrier International)

voir aussi : génération précaire

Formations AFPR bidon  : http://eco.rue89.com/2010/11/03/pole-emploi-des-inscrits-floues-par-la-formation-pre-embauche-174374