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Accueil > Thèmes généraux > Chômage, emploi > Crise 2008 à 2015 > Guadeloupe : lettres ouvertes

Guadeloupe : lettres ouvertes

Ecrit le 25 février 2009

 GUADELOUPE : appel aux syndicats de France

par Nathalie HOARAU et Christelle RASPOLINI

Des journalistes de Guadeloupe ont envoyé une lettre ouverte à leurs collègues métropolitains. Ils écrivent notamment :

 Retard dans l’information

Durant les deux premières semaines, aucune information n’a été relayée dans les médias nationaux sur les faits se déroulant dans l’île. Comment est-ce possible ? En effet, si la Haute-Vienne, la Seine St Denis ou le Pas de Calais s’étaient mis en grève totale, combien de temps aurait-il fallu aux médias pour communiquer l’information ? Moins d’une heure.

Pourtant, pour la Guadeloupe, il aura fallu attendre 15 jours de paralysie totale pour que cela fasse la une des journaux. Pourquoi notre merveilleuse île ne serait-elle pas considérée comme un département français à part entière ? Pourquoi fait-elle l’objet d’une telle indifférence ? Serait-ce la distance qui expliquerait un tel retard à l’allumage ? Faut-il alors en conclure que hors de la métropole, il n’y a point de salut, point de droit à être écouté ou même entendu par les autres départements ?

M. Sarkozy a accordé une interview afin de pouvoir s’expliquer au sujet des problèmes du moment. Pas un mot sur la Guadeloupe. Beaucoup ici se sont indignés sur le silence de notre Président. Mais ce n’est pas seulement ce silence qui nous a le plus choqués, mais bien le manque d’intérêt sur le sujet de la part des deux journalistes. Après tout, le Président n’était là que pour apporter des réponses et non poser les questions.

C’est donc bien aux journalistes, qu’aujourd’hui, nous demandons : comment avez-vous bien pu omettre de parler des préoccupations de toute une population, à savoir celle de la Guadeloupe et des DOM en général ?

Nous aimerions croire à un regrettable oubli et non pas à une intention claire et délibérée de passer outre sur un sujet sensible. Il serait souhaitable que la classe journalistique ne joue pas le jeu de l’Etat et comprenne que la France ne se limite pas à l’Hexagone.

 Désinformation

Notre seconde préoccupation concerne la façon dont l’information est relayée. En fait, quand nous parlons d’information nous voulons plutôt dire désinformation. Lorsque nous écoutons les médias nationaux et locaux, nous constatons une énorme différence. Comment une telle distorsion des faits peut elle se produire ?

– Pourquoi seuls les communiqués du gouvernement sont-ils repris par les médias ?
– Pourquoi les porte-paroles du LKP ou de l’UGTG ne sont-ils pas interrogés ?
– Pourquoi les communiqués des élus de Guadeloupe ne sont ils pas diffusés en métropole ?
– Pourquoi, dans les reportages, nous ne voyons que le regard de touristes, parfois aigris que leur séjour soit mis à mal par le mouvement ?
– Pourquoi ne pas montrer le quotidien difficile d’une famille pour s’approvisionner en gaz, essence et nourriture ?
– Pourquoi les reportages ne sont-ils montés que sur du sensationnel et du négatif ?

Serions-nous dans un système de pensée unique où seule la parole de l’Etat compte et que le reste est sans intérêt ? Pourtant, si ce reste n’avait pas d’intérêt il n’y aurait pas un tel soutien de la population entière.

Ce qu’il faut bien entendre et comprendre c’est le cri de tout un peuple qui souffre et qui aimerait bien que tout cela cesse au plus vite. Vous vous devez de montrer toutes les faces de la vie quotidienne qu’engendre ce cri de désespoir.

 Journalistes martiniquais

A leur tour des journalistes martiniquais écrivent : (…)

Concernant le tourisme  , savez vous que, bien avant le déclenchement de la mobilisation, la situation était déjà catastrophique dans le secteur hôtelier de Martinique ? Des sites prestigieux martiniquais sont liquidés, livrés à la spéculation immobilière, des centaines de salariés sont jetés à la rue parce que les spéculateurs choisissent de remplacer les hôtels par des résidences qu’ils vendent à des prix exorbitants que très peu de Martiniquais peuvent s’offrir.

Avez-vous déjà essayé de faire le portrait d’une retraitée en Martinique qui touche 800 euros et qui doit acheter un yaourt : 4.99 € contre 1,50 € en métropole (la même marque) ?

Sur le nombre de chômeurs : 25% (contre 8% dans l’Hexagone) obligés eux aussi d’acheter des produits cinq fois plus chers qu’en France hexagonale avec les mêmes allocations, certains avec bac+5, 6, 7 qui ne trouvent pas de travail en Martinique.

Et il y en a des sujets à décliner !!! Embauche systématique de cadres européens au détriment des cadres locaux, bétonisation des terres, malaise social... Pourquoi pas un portrait de cet homme [Elie Domota] qui dirige le collectif à la tête de la grève en Guadeloupe, devenu un héros pour toute la population guadeloupéenne ? Pourquoi cette adhésion incroyable des Guadeloupéens de toutes classes à cette mobilisation ?

Nous autres journalistes martiniquais avons le sentiment que cette crise est bien plus profonde que tout ce que nous avons pu vivre précédemment. Que le documentaire de Canal Plus diffusé la semaine dernière sur les békés de la Martinique (1), une caste de blancs créoles qui vit en autarcie et qui détient une grande partie de l’économie et des terres en Martinique, a profondément remué et choqué nos compatriotes et nous-mêmes et qu’à l’évidence, il y a des blessures profondes qui se réveillent. Il se passe des choses qui méritent des analyses, des visions et des explications.

 Quelques sites

Quelques sites :

Site de LKP : http://www.lkp-gwa.org/

Site du syndicat UGTG : http://ugtg.org/

 GWADLOUPÉYEN ! Doubout kont pwofitasyon

Jacques BINO, militant de la CGTG, du LKP et d’Akiyo est décédé dans la nuit du mardi 17 février : il a été atteint non pas par une arme de gros calibre, mais par une arme de guerre.

A 05 heures du matin, le préfet a appelé Elie DOMOTA pour lui donner l’information et lui affirmer que l’on ignorait d’où provenait le tir et qui avait tiré.

Dans la matinée pourtant, les services et les représentants de l’Etat mettaient clairement en cause « les jeunes »…

Jacques travaillait depuis quelque temps sur un dossier mettant en cause des personnalités ayant des fortunes mal acquises ou non déclarées…

L’humiliation

Christiane Taubira, députée de Guyane, persiste et signe. Selon elle, l’Outre-mer - et en premier lieu la Guadeloupe - reste plus que jamais victime d’un « apartheid » social.

Rappelons à ce sujet ce « bon mot » d’un grand patron de Martinique le 30 janvier 2009 : « Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous, les Békés, on a voulu préserver la race  ».

Voir la vidéo : http://www.lepost.fr/article/2009/02/13/1422762_antilles-la-video-qui-met-le-feu-aux-poudres.html

 Documents

Chronologie du conflit :
– http://www.lemonde.fr/web/module_chrono/0,11-0@2-3224,32-1155802@51-1146113,0.html

YvesJégo avait promis ...
– http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/02/15/01006-20090215ARTFIG00115-domota-la-greve-a-ouvert-les-yeux-des-guadeloupeens-.php

Contre les archaIsme coloniaux :
– http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/16/neuf-intellectuels-antillais-contre-les-archaismes-coloniaux_1156114_823448.html#ens_id=1146113

Le point de vue d’Elie Domota :
– http://www.afrik.com/article16289.html

Qui est Elie Domota ?
– http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/social/20090218.OBS5239/elie_domota_president_dune_guadeloupe_en_lutte.html

Lettre ouverte aux journalistes :
– http://phenixblog.canalblog.com/archives/2009/02/13/12522961.html
– Martinique : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=51808
– Guadeloupe : http://www.medialternative.fr/w/GUADELOUPE-Lettre-ouverte-aux.html

Vous pouvez déjà consulter le site de Lyannaj Kont Pwofitasyon (http://www.lkp-gwa.org/).
Il serait bien que leurs communiqués puissent avoir le même écho que ceux du gouvernement. Ne serait-ce qu’au nom de l’équité dans le droit et le temps de parole.

Vous pouvez également écouter depuis Internet une radio locale qui donne un temps de parole important à tous les protagonistes qui interviennent dans la négociation. Il s’agit de Radio Caraïbes International (http://gp.rci.fm/).

Vous pouvez même utiliser un stream audio (http://mq.rci.fm/player/gp.m3u) pour tout suivre en direct.

Nous vous recommandons également le site du syndicat UGTG (http://ugtg.org/).

Bonne lecture !


Note du 25 février 2009

UNION GENERALE DES TRAVAILLEURS DE GUADELOUPE

Pointe-à-Pitre, le 23 février 2009
Aux organisations syndicales de France,
Aux travailleurs de France

A l’appel de 49 organisations dont l’ensemble des organisations syndicales de Guadeloupe, dont l’UGTG, une grève générale a commencé le 20 janvier 209 pour exiger du patronat, des Collectivités, de l’Etat :

– Le relèvement immédiat et conséquent des salaires, du minima vieillesse, des minima sociaux. Sachez qu’en Guadeloupe plus de 100 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté sur une population d’environ 450 000 habitants.
– La défense et la création d’emplois, la formation notamment pour la jeunesse.
– La défense et le développement de la production. La défense et l’amélioration du droit et des libertés syndicales.
– La baisse des loyers.
– La protection du patrimoine écologique…

Des manifestations ont rassemblé 25000, puis 65000 et 100000 participants, soit à peu pris 20% de la population de la Guadeloupe. Le 8 février, après 18 heures de négociation, un pré accord sur les salaires est établi entre les parties sous la médiation du Secrétaire d’État à l’Outre Mer et des services de la Direction du travail. Ce pré accord prévoit une aide de 108 millions de l’État aux entreprises. Le Secrétaire d’État revient sur sa position ce qui met en cause cet accord et fait durer le mouvement.

Après la mort d’un syndicaliste dans la nuit du 17 au 18 février, le Premier ministre et le Président de la République affirment vouloir « dénouer la crise –une crise sociale » ; mais que proposent-ils pour augmenter les salaires ?
– Une prime exonérée de cotisation sociale basée sur le RSA  , Revenu de Solidarité Active, y compris pour les salariés touchant 1.4 smic.
C’est un recours à des dispositifs « aide aux pauvres » qui est proposé aux salariés en guise d’augmentation de salaires, c’est une prestation sociale.

De plus, cette prestation, comme celles d’avant, RMI, API, par ses conditions d’application, par les effets pervers qu’elle va générer, risque de démanteler encore un peu plus la famille guadeloupéenne. Les patrons, quant à eux, ne demandent pas mieux car cela leur permet de faire des propositions minimes d’augmentation de salaires, 70€, voire 50€. C’est un mépris pour les travailleurs de Guadeloupe qui ne demandent pas la charité mais qui exigent une plus juste rétribution de leur travail. Nous ne pouvons l’accepter.

Nous allons reprendre les discussions avec les patrons en présence des représentants de l’Etat, avec la volonté de négocier pour obtenir ces 200€ car cela est possible si les autres parties sont animées de la même volonté.

Nous nous adressons à vous afin que vous fassiez largement connaitre aux travailleurs et à la population la réalité de notre revendication, à l’inverse de la propagande gouvernementale et médiatique présentant les organisations de Guadeloupe impliquées dans la grève générale et singulièrement les organisations syndicales, comme menant une politique extrémiste, raciale et violente.

Les travailleurs de Guadeloupe et leurs organisations depuis 5 semaines font preuve d’une extrême responsabilité.

Recevez, chers camarades, nos salutations fraternelles.

Le secrétaire Général

E. DOMOTA


Note du 6 mars 2009

Dossier de Télérama :
http://www.telerama.fr/idees/patrick-chamoiseau-les-elites-francaises-nous-ont-toujours-repondu-par-des-ricanements,39418.php

 L’offensive anti-Domota est lancée

Le Gouvernement et Le Figaro se déchaînent. Lire ici :
http://www.filoche.net/2009/03/07/lefebvre-contre-les-tontons-macoutes-du-lkp/

Manuel Vals contre Elie Domota dans la foulée de l’Ump, la honte

Le Figaro et le député UMP Lefebvre tiennent des propos racistes et anti syndicaux osant dénoncer les « tontons-macoutes » et les « gros bras du LKP comme au Zimbabwe de Robert Mugabé », propos odieux, provocateurs, visant à casser l’immense succès de la longue lutte du peuple guadeloupéen.

Toutes les forces de gauche s’en indignent ! Mais un « responsable » socialiste, Manuel Vals en rajoute honteusement contre Elie Domota : « Ce sont des propos irresponsables, la Guadeloupe sort d’un très long conflit avec une victoire sociale mais son économie doit être reconstruite. Elle a besoin donc d’apaisement, de dialogue, du soutien de la métropole et sans doute aussi d’un changement des statuts”, estime le député PS proche de Ségolène Royal. Selon lui, “la violence ne favorise que le repli sur soi, les extrêmes, la démagogie, le populisme”. “La violence en général attire la violence et profite aux extrêmes, ce n’est ce que je peux souhaiter évidemment comme démocrate et comme républicain”, a-t-il osé dire.

Quel scandale déplacé ! S’il y a un souvenir de violence extrême en Guadeloupe, ce fut le massacre policier de 1967 qui fit 87 morts parmi les « noirs », pour la plus grande joie des békés dominateurs et exploiteurs. Si Vals est un démocrate et un républicain, c’est d’abord de cela qu’il doit se souvenir.

Parce que ce qui vient de se produire en Guadeloupe, c’est un mouvement exceptionnel, magnifique, responsable, pacifique qui a duré plus d’un mois, dans le mépris général de gens comme Vals, qui n’ont pas voulu anticiper, voir, soutenir, comprendre ! Cela a été une grève générale généreusement pacifique, massive, populaire, unie, sans précédent, elle a duré un mois sans que Sarkozy n’ose, ne sache répondre, n’apaise, ne satisfasse les attentes légitimes des guadeloupéens. Il y a eu des centaines de provocations pour que cette grève générale dégénère et elle est pourtant restée sereine, calme, forte, convaincante, gagnante.

Et les actuelles provocations viennent encore des Békés, du Medef qui ne veulent pas respecter les accords, ni étendre les hausses de salaire, qui cherchent encore à priver des pauvres salariés de ce qu’ils ont brillamment, courageusement gagné.

S’il y a des rappels à l’ordre à faire, c’est envers le patronat béké guadeloupéen qui doit respecter l’ordre public social, car chacun sait qu’il le piétine depuis des décennies ! Le ministère du travail a étendu les accords de fin de grève, ils s’imposent à tous, voilà ce qu’il faut imposer en priorité en République et en toute démocratie.

Le Figaro, Lefebvre provoquent, tentent de discréditer les leaders responsables et respectables de la lutte, et Manuel Vals emboîte leurs pas, répète les mêmes insanités, s’attaque lui aussi aux admirables militants de gauche qui ont gagné et vont gagner dans les DROM.

Au nom de qui parle Vals ? Qu’on ne nous dise pas que c’est au nom des socialistes ! Au nom de la gauche ? Elle est entière derrière la Guadeloupe et les « 200 euros » progressent comme mot d’ordre en France. Au nom des syndicats ? Tous les syndicats sont unis en France et aux cotes du LKP. Au nom de ceux qui en Réunion, Martinique, Guyane, poursuivent le combat du LKP et de Domota ? Au nom de ceux qui seront dans la rue le 19 mars et voudront élargir en Auvergne, en Bretagne, en Bourgogne, à Paris, dans le nord et dans le midi, la brèche ouverte par le LKP ? Sûrement pas : Vals est aux cotés, hélas, de Lefebvre et du Figaro, qui veulent, en l’assimilant avec des accents racistes aux tontons macoutes et aux bandes de Mugabé, faire comparaître le leader gréviste de Guadeloupe en justice.

Ce que les socialistes ont au contraire à dire c’est : « bravo Elie Domota, bravo le peuple guadeloupéen, halte aux provocations contre le mouvement social ! »

Gérard Filoche, (blog http://www.filoche.net)


Ecrit le 7 mars 2009

Un accord de sortie de crise a été signé dans la nuit du 4 au 5 mars 2009 à la Guadeloupe. En souhaitant que ce ne soit pas un marché de dupes ! Elie Domota, le leader du LKP, a appelé ses troupes « à rester mobilisées et à continuer à se battre » pour étendre « dans toutes les entreprises de Guadeloupe » les hausses de salaires.

Une autre crise se profile à la Réunion.où un collectif rassemblant des organisations, des syndicats et des partis politiques de gauche, a lancé un mot d’ordre de grève pour le 10 mars. Comme aux Antilles, la principale revendication porte sur une hausse de 200 euros net des bas salaires.

En Martinique, paralysée par une grève depuis un mois, les négociations sur les prix et les salaires avancent lentement


 Jacky Dahomay

http://daviddahomay.over-blog.com/article-27293829.html

Une autre analyse : des sociétés entre attachement et émancipation
– http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/03/13/des-societes-entre-attachement-et-emancipation-par-thierry-michalon_1167623_0.html