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Charité ou justice ?

Page 781

écrit le 28 mai 2003

Précarité

La démarche a quelque peu surpris : un collectif « Chrétiens précarité » a provoqué à Châteaubriant un forum sur le thème « Précarité, tous concernés ».

Que des chrétiens se réunissent pour réfléchir à la précarité, c’est une très bonne chose. Qu’ils organisent un forum, pourquoi pas. Ce qui n’a pas été clair, en revanche, c’est le but de ce forum.

Galopante

On y a dit que la précarité est galopante. On y a reconnu que des personnes arrivent à Châteaubriant et n’ont rien. « Une femme est venue demander un matelas, une table, une chaise. C’était pour son enfant. Nous avons constaté que, pour elle, elle n’avait rien demandé, et qu’elle en était réduite à dormir par terre ». On a reconnu que, surtout en milieu rural, la pauvreté se cache, que « beaucoup de familles vivent dans un état de souffrance presque insurmontable, et qu’en même temps, mendier de l’aide est pour elles une humiliation, un dernier recours »

Matière première

On aurait pu penser que le forum serait une réunion d’information et de réflexion sur les causes de la précarité et sur les moyens de lutter contre l’exclusion. En réalité, la précarité a servi de prétexte à des associations diverses pour présenter leurs propres actions. Les personnes en situation de précarité ont en quelque sorte servi de faire-valoir. Comme a dit un responsable nantais d’une association caritative : « les pauvres, c’est ma matière première ! »

On aurait pu penser aussi que le forum aurait été une occasion de présenter brièvement toutes les associations qui luttent contre l’exclusion. En réalité, un certain nombre d’associations ont été oubliées. Certaines se sont présentées d’elles-mêmes (Vie Libre, Initiatives de Femmes, ACPM  , Rencontres  ). D’autres n’ont pas eu cette possibilité : CRFA, Secours Populaire  , Croix Rouge  , Restau du Cœur, ATD Quart Monde, etc.

Travail immense

Pourtant toutes ces associations, chacune de leur côté, reçoivent des personnes ou familles en difficulté, les écoutent, les orientent vers les organismes qui peuvent les aider plus efficacement, leur redonner confiance. Les unes fournissent des vêtements, ou de l’alimentation, d’autres organisent des réunions, des soirées à thème, des sorties et autres activités (couture, travaux artistiques, débats, rallyes, formations, suivi social, alphabétisation, soutien scolaire, actions auprès des femmes isolées, etc). Chacune a son local, ses bénévoles, et le travail accompli est immense.

A l’échelle d’une ville comme Châteaubriant, on peut se demander si ces associations, qui sont nombreuses, ne se marchent pas un peu sur les pieds, et si elles n’auraient pas intérêt à s’unir pour être plus efficaces.

On peut se demander aussi si leurs actions ne sont pas à court terme et si le rôle des Chrétiens, dans ce cas, ne serait pas de provoquer les prises de conscience qui feraient qu’il n’y aurait plus d’exclusion.

La question a été très justement posée par le responsable de l’association « Rencontres   », qui a élevé le débat en disant :

La pauvreté est héréditaire

« La précarité est l’affaiblissement du tissu social. Ceux qui vivent la précarité sont souvent seuls. On les considère comme des êtres qui ne savent pas se débrouiller, qui ne sont pas intelligents, voire qui sont paresseux.

Abandonnés par leur entourage, ils reproduiront la situation de précarité. Car la pauvreté est héréditaire.

La recherche de l’intérêt immédiat, l’absence de lois sociales, provoquent des incertitudes, des perturbations dans la vie de ceux qui ont perdu leur travail, de ceux qui sont les moins formés, de ceux qui sont obligés d’accepter des petits boulots, de rester à la merci de la bonne volonté des décideurs.

Le profit, pris comme finalité des règles sociales, est une injustice et comme tel, un acte discriminatoire.

Le travail est devenu une marchandise comme les autres. Le droit au travail n’est pas reconnu.

De plus en plus, ceux qui ont le pouvoir d’assurer la cohésion sociale, se désengagent en matière sociale, laissant aux associations le rôle difficile d’apporter un soutien à un public en difficulté ou en grande difficulté sociale. » a-t-il dit.

Appel à la Justice Sociale

Et le responsable de « Rencontres   » continue :

« Chercher des solutions, c’est bien, c’est nécessaire.

S’interroger, agir sur les causes, c’est indispensable. Il faut faire comprendre aux Pouvoirs Publics, à ceux qui ne savent pas ce que c’est que de vivre avec moins de 500 euros par mois, leur faire comprendre que précarité rime avec pauvreté, et que combattre la pauvreté doit être une priorité, je dirais même LA priorité.

Elus, chefs d’entreprises, tous ceux qui ont le pouvoir, le savoir et la richesse, ont, plus que d’autres, la responsabilité de leurs choix, de faire en sorte que la précarité ne soit pas un mode de vie.

Nous sommes tous responsables du bien-être de chacun de nous. Chacun doit donc tirer les conclusions qui s’imposent.

La charité, est un geste limité, le geste d’un moment, elle ne peut pas remplacer la justice sociale de la République ». »

Révolution

Ces propos sans doute allaient au delà des conceptions des organisateurs du forum qui, cependant, ont sûrement fait une évolution en préparant cet après-midi. Ceux que leur milieu social ou leurs engagements ne prédisposent pas à côtoyer la misère, ont reconnu : « Nous avons découvert toutes les formes de précarité. Notre regard a changé ».

Est-ce suffisant quand on sait que 3300 personnes sont au chômage dans la région de Châteaubriant, que 50 % d’entre elles ne perçoivent que le RMI (maximum 411 €). Dans la période actuelle, la précarité, déjà importante, est en augmentation. Et ce ne sont pas les incertitudes sur le RMI (revenu minimum d’insertion), sur le RMA (revenu minimum d’activité, encore en gestation), qui peuvent redonner confiance aux personnes en difficulté.

Et si on s’attaquait vraiment aux causes de la précarité ? Oui, mais ce serait une révolution. BP  

Guide d’action sociale : http://www.paysdechateaubriant.com


Ecrit le 10 novembre 2004 :

Abandonner le mouvement rural ?

Pendant que le gouvernement, par devant, fait de belles promesses à certaines catégories sociales, il coupe, par derrière, les crédits aux associations. Ce n’est que par hasard qu’on découvre « les choses ». Dans un communiqué, le mouvement rural fait connaître la lettre qu’il a envoyée au ministre de l’agriculture :

Le ministère de l’agriculture abandonnerait
le mouvement rural ?

Monsieur le ministre... Nous avons été informés du traitement réservé par votre ministère aux associations agissant depuis tant d’années dans le milieu rural. Ces associations, de toute nature, interviennent aussi bien dans le champ du développement local, des activités économiques, que dans le domaine du sport, des loisirs et de la culture. Elles contribuent toutes au développement des territoires ruraux, dont le projet de loi en cours de discussion fait largement écho (article 66).

Nous sommes à trois mois de la fin de l’année et ces associations, qui représentent près de 35 000 associations locales n’ont aucune nouvelle de leurs financements pour l’année 2004.

Il semblerait que nous nous acheminions vers une « année blanche », ou au mieux au financement de 25% des conventions antérieures.

Ces associations ont subi en 2004 une inspection de vos services qui ne semble pas mettre en doute leur compétence et leur pertinence. Votre posture est inadmissible. Elle va considérablement fragiliser ce secteur d’activité, et risque de faire disparaître bon nombre d’entre elles.

Pétition destinée au Ministère de l’agriculture. http://www.mouvement-rural.org/article.php3?id_article=1152

Est concernée, en Région Pays de Loire, la Fédération Départementale des Foyers Ruraux.