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La faim au ventre - 2008

Ecrit le 16 avril 2008

Les émeutes de la faim

D’Argentine au Zimbabwe, en passant par le Mexique, le Burkina Faso, le Sénégal, l’Egypte, le Bangladesh, la Thaïlande et les Philippines, les émeutes de la faim (1) se multiplient, faisant leur lot de victimes. La situation s’est particulièrement dégradée depuis début mars. La farine, le riz, le maïs, le lait et d’autres denrées de base ne sont plus accessibles à de larges couches de populations dans de nombreux pays. Leurs prix ont explosé. Dans certains cas, ils ont plus que doublé en quelques mois. Selon le commissaire européen au Développement, Louis Michel, l’Afrique court le risque d’un « vrai tsunami économique et humanitaire ».

En Haïti, l’un des pays parmi les plus démunis au monde, des milliers de jeunes sont rassemblés devant le palais présidentiel depuis une semaine. Des barricades ont été érigées et les affrontements avec la police ont fait cinq morts et des dizaines de blessés.

Dans les villes africaines, les manifestations éclatent à tout moment. Au Cameroun, les autorités évoquent 40 morts. A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, une grève nationale a paralysé toutes les activités le 8 avril. Au Yémen, une marche d’enfants a eu lieu en guise de protestation.

C’est la même histoire en Asie. Au Bangladesh, les foules se battent pour accéder aux magasins mis en place par l’Etat pour vendre le riz à un prix subventionné. Un groupe paramilitaire est chargé de surveiller et réprimander la manipulation des prix ou la constitution illégale de stocks de riz. Le chef militaire du pays aurait demandé aux villageois de substituer la pomme de terre au riz.

A Manille, capitale des Philippines, l’armée a été déployée pour superviser la distribution de vivres dans les quartiers déshérités. En Inde, le gouvernement mène une guerre féroce contre le marché noir. Même le richissime Singapour n’a pas été épargné et des dizaines de personnes sont allées jusqu’à braver l’interdiction de manifester. En Thaïlande, premier exportateur mondial de riz, les autorités ont dû démentir fermement les rumeurs d’une pénurie pour éviter la panique. L’armée garde les rizières.

La Banque mondiale résume bien la situation : une trentaine de gouvernements en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud risque de connaître de graves instabilités politiques et sociales. Elle fait remarquer que dans les pays en développement, l’alimentation représente jusqu’à 70% des salaires, contre 15% dans les pays développés.

Les premières émeutes de la faim ont eu lieu au début de l’année dernière au Mexique, où le maïs et le blé, ingrédients nécessaires pour les tortillas avaient augmenté de plus de 40% par rapport à l’année précédente en raison de l’utilisation des céréales pour faire des agro-carburants.

Face à la colère de la rue, certains subventionnent les prix au détriment d’autres dépenses publiques. D’autres éliminent les droits de douane à l’importation. Certains pays avaient même reporté leurs achats, espérant un recul des prix. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase en ce début d’avril est la flambée du riz. Son prix s’est envolé de 50% en l’espace de deux semaines suite à diverses actions visant à limiter les exportations, au Vietnam, en Thaïlande et en Inde. Le cours du riz a touché le sommet historique de 1000 dollars la tonne. Pour la moitié de l’humanité dont le riz est l’aliment de base, le calvaire est loin d’être fini.

Ils ont faim, nous mourrons

Le cri d’alarme de Strauss-Kahn :
http://www.leparisien.fr/home/info/economie/articles/EMEUTES-DE-LA-FAIM-LE-CRI-D-ALARME-DE-STRAUSS-KAHN_298437202


NOTES:

(1) Source : le journal suisse : le Temps

http://www.letemps.ch/template/tempsFort.asp?page=3&article=229513