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Michel Charron, sauveur d’archives 1830-1950

Ecrit le 4 mars 2009

 Sauveur d’archives

Michel Charron est bien connu à Châteaubriant pour son activité d’archiviste ! Oh, ce n’est pas son métier ! Mieux : c’est sa passion et Châteaubriant lui devra beaucoup. Mais comment devient-on ainsi collectionneur des éléments de la mémoire castelbriantaise ?

Michel Charron

« J’étais garagiste, fils de garagiste. Mon père Marcel était très connu de par sa vie associative : les Voltigeurs, les Anciens Combattants, la gymnastique et le théâtre à l’occasion. Depuis l’essor de l’automobile, au début du XXe siècle, les gens rêvaient d’avoir une voiture et d’améliorer ainsi leur train de vie. Après 1936, c’est à dire après les premiers congés payés, les gens avaient envie de sortir, d’aller voir la mer. A Châteaubriant ils louaient les cars Samson dont le garage se trouvait dans la cour entre le cinéma de M. Blais et le magasin Debeix » (c’est-à-dire derrière la mairie actuelle, place E.Bréant). « Si le tandem était le mode de déplacement privilégié des salariés en congés payés, la location de petits cars n’était pas rare. Le bureau des Éts Samson se trouvait à l’emplacement de l’actuelle parfumerie, juste à côté du Marché Couvert  . Les gens emportaient leur casse-croûte pour aller pique niquer à St Malo sur la plage ».

 il n’y a pas d’avenir dans les chevaux

La profession de garagiste était très cotée à cette époque-là, c’était un métier permettant beaucoup de contacts.

« En réalité, rien ne prédisposait mon père à faire ce métier. De 1912 à 1919, c’est à dire au régiment puis à la guerre, il avait servi comme maître maréchal-ferrant forgeron. Mais en revenant, en 1919, il avait déclaré à ses parents « il n’y a pas d’avenir dans les chevaux ». L’épopée des Taxis de la Marne avait marqué les esprits, Il voulait faire autre chose … mais quoi ? Il était ajusteur de base, de la vieille école, de celle où il fallait fabriquer ses outls avant de travailler ».

En 1920, le garage Ménard (du père Alexandre Ménard) avait acheté du matériel américain laissé à St Nazaire. « Des surplus américains » comme on disait. Les éléments de charpente avaient servi à monter l’usine de confection Durand Richer (derrière l’ancien couvent des Trinitaires). Le garage Ménard se chargeait, lui, à partir des chassis américains, de les remettre en état, de les carrosser correctement et de les vendre aux commerçants ambulants, épiciers, boulangers, cocassiers qui commençaient à abandonner les chevaux de trait.

« Le garage Ménard embauchait. Mon père a dit : « J’y vais » ». Trois ans plus tard, en juillet 1923, Marcel Charron (père) s’installe avec Auguste Podevin dans l’ancien garage Dutertre-Gagneux rue de l’hôtel de ville (qui deviendra rue Michel Grimault). Par la suite (1929) Auguste Podevin s’installera Place des Terrasses (là où est actuellement le centre communal d’action sociale). Il faut reconnaître que le garage Ménard fut le creuset de tous les bons garagistes de la région. A l’époque on se moquait pas mal de la marque des voitures : on disait une Ménard, une Charron, une Cavalan. La qualité du garagiste valait toutes les garanties.

« Ce commerce automobile ouvrait de nombreuses portes. Mon père connaissait plein de gens. Il me racontait beaucoup de choses. J’ai eu envie, un jour, d’écrire l’histoire de la famille ».

1940-1944 : pendant toute la durée de l’Occupation, les Allemands réquisitionnent le garage Charron, parce qu’il jouxtait l’école St Joseph servant de casernement pour les hommes et le matériel. Ils utilisent aussi le terrain en face, comme entrepôt. A la Libération, en 1944, les Américains remplacent les Allemands.

 Au garage à 15 ans

Michel Charron, né en 1929, avait donc 15 ans en 1944, c’est tout naturellement qu’il commence à s’occuper du garage, avec son frère ainé prénommé Marcel comme son père. « Mon premier travail : je me suis occupé d’une jeep ». Michel fait son apprentissage sur place et passe le CAP en 1948, année où, pour la première fois, sous l’impulsion d’Alexandre Ménard (fils), une session de CAP s’ouvre à Châteaubriant.

En 1949 Michel Charron fait son régiment comme garagiste et découvre en même temps le métier de moniteur auto-école. En 1950 il continue à donner des cours. « J’avais toute une clientèle de femmes. Je leur disais : apprenez à conduire, prenez votre indépendance ».

En 1956 il devient vendeur, puis commercial de la concession Peugeot, il fait construire un garage neuf en 1965, il assume des responsabilités au syndicat patronal de l’automobile et prend finalement sa retraite à 60 ans en 1989.

En parallèle, et depuis 1950, il a de nombreuses activités militantes : pompier, secouriste, administrateur du Crédit Mutuel, membre du bureau de l’office de tourisme  , guide historique local, etc.

 Oui mais, pourquoi archiviste ?

En 1974, riche de tout ce que son père lui racontait, Michel Charron commence à écrire l’histoire de la famille et recherche des documents. En allant chez Bertin, brocanteur à Moisdon (au Moulin Roussel), Michel fait la connaissance d’un collectionneur : Yves Dauffy. « Il collectionnait … tout ! » et c’est à partir de ce moment-là que Michel commence à s’intéresser plus largement à l’histoire de Châteaubriant. Il participe notamment au livre « Le vieux Châteaubriant par l’image » publié en 1977 par Yves Billard, Yves Cosson et Yves Dauffy - puis à une exposition au château. « Il y eut énormément de visiteurs qui ne connaissaient pratiquement rien de Châteaubriant. Les derniers documents dataient de Joseph Chapron, Alfred Gernoux et Arsène Brémont. On s’est dit : il y a quelque chose à faire ».

Michel Charron collectionne alors lettres ou factures, enveloppes, bons de livraison, cartes professionnelles, emballages, objets publicitaires, photos d’artisans au travail, photos de magasins et d’ateliers, almanachs, journaux de Châteaubriant ; programmes, menus, photos de conscrits, cartes postales, affiches etc. Il répertorie tout, range dans des classeurs, indiquant les noms, les lieux, les dates, voire les anecdotes. Et il participe à 68 expositions un peu partout. Sa réputation d’archiviste est devenue plus officielle. Il va voir les vieilles familles qu’il connaît ou qu’on lui indique, il évoque les souvenirs, s’intéresse aux vieux papiers rangés dans des boites sur l’armoire ou dans la pile de linge. On lui permet de regarder, éventuellement d’acheter. De nombreuses familles locales font des dons.

« Depuis 1945 la municipalité ne prêtait guère attention aux archives. Moi je me passionnais pour cette recherche et, en retraite, j’y ai passé beaucoup de temps » Michel continue d’ailleurs ses recherches en allant aux archives de la ville. « J’ai fait ainsi l’histoire de toutes les boulangeries de Châteaubriant depuis 1890, avec les factures à en-tête ». « J’ai aussi tous les prix des carburants depuis 1928 : ma mère les notait, j’ai pris la suite »

« Il faut être aux aguets, aller voir les familles sur la pointe des pieds, en respectant leur deuil mais, en même temps, en ayant le souci de l’histoire de Châteaubriant ». C’est une préoccupation de tous les instants « Sauver ce qui peut l’être, tant qu’il est temps, et transmettre »

Mais collectionner n’est pas annexer : Michel Charron a toujours eu le souci de mettre ses documents à la portée du plus grand nombre.

Les documents de Michel Charron sont maintenant propriété de la ville. Une mine d’or, pour l’histoire de la commune et des environs.


Ecrit le 18 mai 2011

 Vivant jusqu’au bout

Michel Charron

Michel Charron nous a quittés le 10 mai 2011 après « une longue maladie » qu’il a affrontée courageusement et pendant laquelle, lors des périodes de répit, il continuait à sortir en ville, son chapeau sur la tête et une petite fleur à la boutonnière. Un de ses buts de visite : le local archives de la mairie …

Né le 10 janvier 1929, l’homme avait obtenu son CAP de mécanicien en 1948, première étape d’une longue vie professionnelle qui le vit devenir commercial de la concession Peugeot, puis PDG, jusqu’en 1989. Il fut aussi moniteur d’auto-école et pompier-secouriste, administrateur du Crédit Mutuel et guide bénévole à l’Office de Tourisme   (le château, la Sablière, les origines du bourg de Béré). Son petit carnet, bourré de notes et de croquis, enrichi au fil des découvertes, ne le quittait jamais.

Peu à peu, il est devenu collectionneur de documents sur Châteaubriant : cartes postales anciennes, papiers à en-tête des diverses activités de la ville, journaux du début du XXe siècle, photos d’artisans, de fêtes, de monuments, affiches, etc. Il n’hésitait pas à aller trouver les familles qui vidaient des greniers pour récupérer, en respectant leur deuil et avec leur accord, des documents qui, sans lui, seraient allés à la poubelle.

Archiviste dans l’âme, et toujours bénévole, il a réalisé un classement formidable de toutes ces richesses, non sans en faire profiter ses nombreux interlocuteurs (dont la Mée !), expliquant, fournissant des copies des documents, qu’il a su céder à la ville, avant qu’il ne soit trop tard.

Il a organisé aussi des expositions sur l’histoire de Châteaubriant. On le voyait par exemple, avec une installation effectuée dans le coffre de sa voiture, situer les lieux du cœur de Châteaubriant : le petit bourg de Béré, ses deux églises et ses cinq cimetières. Passionné. Passionnant.

Et, jusqu’au bout, il a continué à aller aux archives municipales pour répondre aux demandes des particuliers, des étudiants, des chercheurs, toujours dans la bonne humeur, avec un appétit de découverte fort réconfortant.

Il était un « passeur de mémoire », Châteaubriant lui doit beaucoup.