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Le festin de Sandrine Fallet

Ecrit le 18 février 2009

 Le festin

Exposition Sandrine Fa

Chapelle des Templiers : dans la demi-obscurité de la pièce, une longue table est faiblement éclairée par le dessus. D’une longueur de huit mètres, elle évoque la table de festin de La Cène, la fresque de Léonard de Vinci, pour le dernier repas du Christ avec ses disciples.

Sandrine Fallet est une jeune artiste installée à St Aubin des Châteaux depuis quelques années. Elle a repris une vieille bâtisse au bord de la route surplombant le bois qui longe la Chère. Dans cet atelier, avec une patience et une concentration infinies, elle dessine une dentelle de crayon, tout en tons gris et noirs, d’une finesse incroyable, autour des mots « Mange tes morts ».

Mais pourquoi ? Tout est parti d’une conférence dans le milieu scolaire sur le rôle de l’insulte : « l’insulte est une démesure langagière, qui dit le mal et le convoque, qui manifeste le conflit et le cause » comme dit Dominique Lagorgette en étudiant l’insulte au Moyen-Age. L’insulte tente d’isoler la personne qui la reçoit en essayant d’obtenir du groupe la validation de cette tentative. Elle aurait donc « une place essentielle dans tous les processus de cohésion du groupe culturel et social ». L’insulte est donc en partie assimilable, du fait même de sa dimension violente, à une forme de rituel communautaire.

Ce qui était vrai au Moyen-Age est toujours vrai dans nos sociétés modernes, que l’on pense à l’insulte plus ou moins « policée » (mais toujours violente) des hommes politiques entre eux, ou des supporters de clubs de foot, ou que l’on reste au niveau de l’insulte basique des jeunes. Il y a peu, ils disaient « Nique ta mère » (sans toujours savoir ce que cela voulait dire), ils disent maintenant « Mange tes morts » ignorant sans doute aussi que c’est une insulte très grave.

 On ne craint pas le conflit

Sandrine Fallet

« « Mange tes Morts » est initialement l’une des pires insultes chez le peuple tzigane » explique Sandrine Fallet. « Lorsque la personne injuriée appartient à un groupe, c’est tout le groupe qui est injurié. L’insulte aux morts signifierait donc que l’on ne craint ni la répercussion sur toute une famille, ni le déclenchement du conflit ».

« La pire des malédictions, qui peut appeler une vengeance, est « Mange tes morts ! ». Comme les morts veillent sur la régénération de leur descendance, une telle malédiction signifie que l’on souhaite l’extinction de la famille maudite » écrit Michel Praneuf [ in Les Tsiganes : de la mythologie à l’histoire, CASNAV de Bordeaux - 2004]

L’insulte touche les parents, la race, les morts. « Les rituels anthropophages et sacrés d’autrefois se sont transformés en jeu de langage outrageant où l’on joue avec les mots comme l’on joue avec le feu » dit encore Sandrine

 Installation

Sandrine Fallet est plasticienne, sculpteur. L’insulte des banlieues a fait son chemin en son esprit jusqu’à devenir œuvre d’art. Celle-ci se fera en deux temps.

Le premier temps se situe à la Chapelle des Templiers à St Aubin, du 28 février au 27 mars.
« Là, sur la table, le témoin est invité à contempler la blancheur et la pureté des motifs. Puis, il distinguera par faible nuance, la barbarie des mots et la cruauté de leur sens ».

Sandrine Fallet sera présente pour discuter de la réalisation (qui a demandé plus de 200 heures de travail) mais aussi du sens des mots, du sens de la vie.

Le deuxième temps, qui prendra des mois (des années ?) sollicitera le talent de brodeuses de Derval et Lusanger, de la Maison de la Ruralité  , qui reproduiront le dessin sur une toile de 6 mètres de long.

Comme une nouvelle tapisserie de Bayeux ? « La nappe blanche sera parée de motifs brodés de fils blancs, s’inspirant des tatouages au henné utilisés initialement par les femmes musulmanes à des fins religieuses puis par la suite à des fins esthétiques. La broderie dévoilera la phrase : « Mange tes morts » ».

Une facon artistique de désamorcer l’insulte, comme on résout un problème en le mettant sur la table !

Sandrine Fa

Et Sandrine Fallet continuera son œuvre, son expression personnelle, autour de ses sentiments, de ses émotions. En préparation, par exemple, une œuvre sur la civilisation de l’Irak.

Chapelle des Templiers, 
St Aubin des Châteaux
du 28 février au 27 mars
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi, 
dimanche de 15 h à 18 h 

Pourquoi manger ses morts ?

La réponse d’un Indien yanomami contemporain l’explique : n’est-il pas plus respectueux envers ses parents de leur offrir la sépulture de son propre corps plutôt que de les abandonner à la pourriture et aux vers ?

« Dès les origines de l’humanité, manger ses morts était une coutume sociale, économique, militaire et religieuse. Cette pratique a été quasiment universelle. Certaines tribus ingéraient leurs défunts afin de retenir leur esprit et leur rendre honneur. D’autres mangeaient leurs ennemis pour leurs infliger l’ultime châtiment. Les rites primitifs et sanglants du cannibalisme devinrent rapidement rites religieux : sacrifier l’homme afin de se rapprocher des dieux. Au cours de l’évolution humaine et de ses croyances, le culte du sacrifice laisse la place à un rituel symbolique : celui du culte du sacrement. Un des exemples les plus connus est celui du repas chrétien où symboliquement l’on reçoit « la chair et le sang du Christ ». Ainsi, le Christ incarnerait le sacrifice humain ultime. Les sacrements des religions modernes sont en quelque sorte les descendants des sacrifices et rituels primitifs » explique Sandrine Fallet.

 Ceci est mon corps

Or, tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »

Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant : « Buvez-en tous car ceci est mon sang... »

 

Evangile selon Mathieu

 

(la quasi totalité du texte ci-dessus est extrait du document de Sandrine Fallet présentant son travail) . Son site : http://www.moncanard.net


Ecrit le 5 octobre 2016

 Du Passage à l’Acte,

Exposition de Sandrine Fallet, jusqu’au dimanche 9 octobre 2016, art contemporain. Entrée libre mercredi, samedi et dimanche 14 h-18 h. à La Chapelle des Templiers, à Saint-Aubin-des-Châteaux. - 06 08 17 52 73