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Nomades, gens du voyage

Ecrit le 13 décembre 2006

 Le prochain, oui, mais pas trop proche ...

« Un des scribes s’approcha de Jésus et lui demanda : Quel est le premier de tous les commandements ?

Jésus répondit : Voici le premier, tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force.

Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 Gens du Voyage

Diable, diable !
Que voici un second commandement bien embêtant ! Vous êtes sûr, Monsieur Jésus, qu’il faut aimer tous ceux qui sont proches ? Même s’il s’agit de Gens du Voyage ? Tel est le débat qui agite ceux qui, en tant que catholiques, se disent concernés par la Parole de leur Dieu.

Vendredi 1er décembre avait lieu à Châteaubriant le traditionnel repas-partage, autour des actions menées par le CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement). Il y avait moins de monde que d’habitude. Est-ce parce qu’il s’agissait des « Roms » ? L’an dernier il s’agissait des Roms de Roumanie. Cette année : des Roms de France.

Christophe Sauvé

Christophe Sauvé et Lorenzo sont venus en parler. Christophe Sauvé est aumônier des Gens du Voyage, vice-Président de l’ANGVC (association nationale des gens du voyage catholique). Lorenzo est un Voyageur arrêté à Sion-les-Mines, secrétaire de l’ADGVC.

L’appellation « gens du voyage » est propre à la France. Dans le reste de l’Europe on parle des Tsiganes : Mânouches, Gitans, Sintés, Yéniches ou Roms ont tous des origines différentes. Les uns sont catholiques, les autres sont protestants. Ils ont des cultures différentes, mais, devant l’exclusion dont ils sont victimes, ils ont su nouer des solidarités. Ils représentent une population d’environ 400 000 personnes, de nationalité française, qui voyagent toute ou une partie de l’année

Le problème n’est pas entre les Tsiganes eux-mêmes : il est entre les Tsiganes et les Gâdjé (c’est-à-dire les non-voyageurs)

« Nous sommes actuellement des citoyens à part » dit Christophe Sauvé, « alors que nous souhaitons être des citoyens à part entière »

Une-Eliby-Gitan

 Aires de passage

Les Gens du Voyage doivent faire face à nombre de problèmes liés à la non-reconnaissance pleine et entière de leur mode de vie itinérant. Les difficultés les plus concrètes qu’ils rencontrent quotidiennement concernent le stationnement de leurs caravanes. En juin 2005, seules 8 000 aires de stationnement étaient aménagées. Il manquerait donc plus de 20 000 aires selon les autorités, 60 000 selon les associations.
De plus ces aires d’accueil, quand elles existent, ont été conçues sans concertation. « Nous souhaitons être consultés » dit Christophe Sauvé.

L’insuffisance, voire le manque de places de stationnement crée des tensions d’autant plus grandes que les voyageurs ne peuvent légalement s’établir sur les terrains de camping, et que la loi Besson et la loi sur la sécurité intérieure de 2003 répriment durement tout stationnement hors des aires prévues à cet effet. « Toutes les communes devraient avoir un lieu de passage de moins de 72 heures » dit Christophe Sauvé. « D’autant plus que, lorsque nous sommes sur un terrain aménagé, nous payons l’eau et l’électricité »

 Vigoureux

Les tensions entre Voyageurs et Gadjés nourrissent de nombreux préjugés. « Dans l’inconscient populaire, nous sommes toujours des voleurs de poules » dit Lorenzo. « En réalité, nous travaillons mais pas de façon régulière comme les Gâdjés. Les petits métiers d’autrefois ont disparu : vanniers, rémouleurs. Mais nous sommes toujours ferrailleurs l’hiver. L’été nous vendons des fruits et légumes sur les marchés de la côte ».

« On nous reproche d’être des voyageurs. Mais quand nous voulons acheter un terrain ou une maison, on nous le refuse » dit-il encore. C’est vrai, il y a des exemples dans la région de Châteaubriant.

« On nous reproche de ne pas avoir un travail régulier. Mais quand l’un des nôtres accepte un tel travail, il est vite refusé quand le patron découvre qu’il a embauché un « gars du voyage », complète Christophe Sauvé. C’est vrai, il y a des exemples dans la région de Châteaubriant.

« Nous cherchons à faire le muguet, les pommes. Un jour un patron a refusé des gars quand il a su qu’ils logeaient sur le terrain des Voyageurs. Alors je suis allé, moi, me faire embaucher, avec une douzaine de voyageurs, en donnant mon adresse à moi. Finalement le patron a accepté et ... il m’a dit ensuite qu’il était content des gars ! ». Car c’est un fait : les Voyageurs sont des travailleurs vigoureux.

 A part

L’hostilité que certains élus locaux affichent ouvertement à l’encontre des Voyageurs rend impossible l’instauration d’un dialogue. Il faut que tout soit mis en œuvre pour lutter contre les préjugés et les stéréotypes qui entourent les Gens du Voyage. (cf rapport de Gil-Roblès)

Il convient de lutter contre les discriminations qui frappent les Gens du Voyage. Par exemple, d’après une loi de 1969, toutes les personnes de plus de 16 ans n’ayant pas de résidence fixe doivent être en possession d’un carnet de circulation si elles n’ont pas de ressources régulières, ou d’un livret de circulation si elles exercent une activité professionnelle. Ces documents doivent être visés régulièrement. Tout retard dans le renouvellement entraîne de lourdes amendes (750€ pour un jour de retard) voire une peine de prison.

Mais ... le livret et le carnet ne sont pas considérés comme une pièce d’identité. Cependant, le voyageur doit être en mesure de le présenter en toutes circonstances même s’il possède une carte d’identité, faute de quoi il est mis à l’amende. Or il faut savoir que le format du carnet (et du livret) n’est absolument pas pratique et ne permet pas de le glisser dans une poche. L’obligation de détenir un tel document et de le faire viser régulièrement constitue une discrimination flagrante.

Le droit de vote n’est accordé aux voyageurs que trois ans après leur rattachement administratif à une commune. Ce délai est de six mois pour tous les autres citoyens, y compris pour les sans domicile fixe ! Les jeunes voyageurs doivent avoir un livret à 16 ans mais n’ont le droit de vote qu’à 19 ans, même s’ils n’ont pas changé de commune.

Les caravanes des Gens du Voyage ne sont pas considérées comme des logements. Les Voyageurs sont donc privés de toutes les aides au logement et ont des difficultés à accéder aux aides sociales en général.

Lorenzo, et Christophe

Pourtant, malgré tous les problèmes rencontrés et non résolus, l’Assemblée Nationale a adopté, le 23 novembre 2005, un projet de loi visant à établir une sorte de « taxe d’habitation » sur les résidences mobiles. Le montant de cette taxe a d’abord été fixé à 75€ par mètre carré. « On n’est rien du tout, mais pour payer on est citoyens » dit C.Sauvé.

« Nous souhaitons être pris en compte dans les plans départementaux d’action pour le logement des personnes défavorisées » dit-il encore.

« Nous souhaitons que les PLU   prévoient des terrains familiaux où nous pourrions avoir un équipement central, pièce à vivre et sanitaires autour duquel seraient installées les caravanes » dit Christophe Sauvé. A l’époque actuelle, caractérisée par la solitude et l’individualisme, qui pourrait reprocher aux Voyageurs d’avoir gardé le sens de la solidarité et de la vie collective.


Ecrit le 4 avril 2007

Campagne CCFD

 Gens du Voyage : si le sel s’affadit ...

Le rôle des églises c’est de se battre pour que le monde soit plus humain. Disposant d’un droit hebdomadaire de faire des discours (encore appelés « sermons » !), l’église catholique peut représenter une force considérable et ne s’en est pas privée dans le passé, rappelant aux hommes et aux femmes les règles qu’elle estime nécessaires à l’humanité.

Si certains sujets de société agitent régulièrement l’Eglise catholique (par exemple la vie sexuelle des fidèles), il en est d’autres qui sont abordés avec plus de précautions : le racisme, par exemple, et le rejet de l’autre en général. On a même vu, en région castelbriantaise, des écoles catholiques refuser de relayer le thème de campagne du CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement), pour ne pas choquer les parents de leurs élèves. Il s’agissait cette année-là des Roms (Romanichels), de ceux qu’on appelle « les gens du voyage ». Dans des cas semblables on pourrait rappeler à l’église catholique la parole de son Christ : « Si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? ».

C’est pourquoi, a contrario, on peut saluer l’initiative   de la paroisse   de Châteaubriant qui, le 25 mars 2007, à la grand-messe de 11 heures, a donné la parole à Christophe Sauvé et à Lorenzo membres de l’association départementale des Gens du Voyage Catholiques (ADGVC) : « Nous sommes Français. Notre culture est différente de la vôtre mais nous voulons être reconnus comme des citoyens à part entière » - « Nous vivons avec vous, à côté de vous. Vous avez peur de nous. Mais nous, nous avons peur de vous. Il faudrait que nous nous rencontrions en face à face pour comprendre que nous sommes de la même communauté humaine ».

« En Loire-Atlantique il n’y a que la moitié des places de stationnement prévues par la loi » - « On veut nous imposer une taxe d’habitation de 75 € du m2 pour notre caravane mais on ne reconnaît pas notre caravane comme maison d’habitation, alors nous n’avons pas droit à l’allocation-logement » - « Pour avoir le droit de voter il nous faut 3 ans d’inscription dans une commune, alors que, pour vous, il faut 6 mois »

« Le Christ nous appelle à ne pas juger, à ne pas condamner » ....

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Christophe-Sauvé
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A lire : Latcho.drom, de Michèle Arnaud


NOTES:

Lire : le rapport de M. Gil-Roblès sur les gens du voyage, février 2006 :
https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=962597&BackColorInternet=99B5AD
&BackColorIntranet=FABF45
&BackColorLogged=FFC679