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Equateur

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Date à préciser

les Indiens à l’assaut

BREF RAPPEL HISTORIQUE : cela fait des années que les Indiens, en Equateur ,sont très mobilisés pour dénoncer leurs conditions de vie, le racisme, la négation de leur culture par les autorités. Dernier épisode de cette mobilisation : le soulèvement indien du le jeudi 20 janvier 2000

C’est l’organisation indienne CONAIE qui a joué le rôle principal. La CONAIE (Confédération des nations indigènes d’Equateur) a été créée en 1986 par la fusion de deux organisations indigènes qui ont su se rassembler face aux difficultés que rencontrent toutes les ethnies : le manque de terre, le racisme ambiant dans les sphères de l’administration et de l’État, le manque d’éducation bilingue, et par-dessus tout l’absence d’autodétermination.

En 1993 fut proclamée la Déclaration Politique des Peuples Indigènes de l’Équateur. Cette déclaration est un véritable programme de gouvernement :

– Un humanisme « global » intégrant l’homme et la nature, un communautarisme hérité de la tradition indigène ;

– L’instauration d’une démocratie prenant en compte la pluriethnicité et la multinationalité ;

– L’unité du pays dans la diversité et l’égalité de ses composantes :

– L’autodétermination des peuples composants l’Équateur, mais aussi du pays vis-à-vis du reste du monde ;

– Le rétablissement de la souveraineté et de l’indépendance économique et politique de l’Équateur ;

– Le développement de la solidarité internationale.

C’est sur ses bases qu’ont eu lieu les soulèvements indigènes successifs depuis 1994, date de la première rébellion massive qui paralysa la sierra andine, puis tout le pays.

Depuis octobre 1998, eurent lieu quatre mobilisations massives contre le gouvernement Mahuad et son modèle néo-libéral. Le soulèvement indigène de juillet 1999 « Pour la vie contre la faim » aboutit à une étape de dialogues suivis entre le mouvement indigène et les différents secteurs sociaux avec le gouvernement. Ce processus fut rompu du fait que le gouvernement tenta de basses manœuvres à l’encontre des organisations indigènes et populaires.

25 000 sucres

pour un dollar

Le détonateur de la rébellion fut l’annonce par le gouvernement le 9 janvier 2000 de la dollarisation totale de l’économie : la monnaie nationale, « le sucre » disparaissant au profit du dollar, sur la base de 25 000 sucres pour un dollar. Le soulèvement général a été annoncé par divers appels à la population à la désobéissance civile. Le jeudi 20 janvier, 15000 indiens envahirent la capitale historique Quito, prirent pacifiquement d’assaut le Congrès qui fut aussitôt occupé par 1500 personnes. 15 000 autres indiens vinrent bientôt renforcer l’occupation de Quito, pendant qu’au Congrès se formait une sorte d’assemblée constituante qui rassembla les représentants des organisations indigènes, des organisations politiques de l’ensemble de la gauche, y compris les socialistes, et des syndicats et corporations, ainsi que de jeunes officiers dissidents.

En même temps, 35000 indiens prirent la ville de Cuenca, et des milliers d’autres envahirent à leur tour toutes les grandes agglomérations du pays. Ceci malgré les barrages militaires bloquant les routes, et l’encerclement de communautés entières par l’armée et les forces de police.

Mahuad renversé

Les insurgés formèrent un Comité de Salut National provisoire chargé de gouverner le pays avec les dirigeants indigènes et la Coordination des Mouvements Sociaux. Il était dirigé par un triumvirat :

– Antonio Vargas, président de la CONAIE représentant les indigènes,
– Carlos Solórzano Constantini ex-président de la Cour Suprême de Justice,
– et le Colonel Lucio Gutiérrez, qui prit la tête des militaires insurgés.

Le Comité promulgua aussitôt la destitution du Président Jamil Mahuad et la caducité des trois pouvoirs de l’état.

Le vendredi 21 au matin, les indiens et les paysans prirent d’assaut le Parlement National, aidé par des militaires entrés en rébellion. Le reste des forces armées avec à sa tête le général Mendoza finit par se ranger - en apparence du moins - aux côtés des insurgés. Et M. Mahuad fut arrêté.

Mais l’un des généraux fit volte-face, se prononçant en faveur du « maintien de l’ordre constitutionnel » et mena un véritable putsch appuyé par la totalité des officiers supérieurs pour remettre le pouvoir au Dr Gustavo Noboa, jusqu’à présent vice-président de la República. Celui-ci s’est aussitôt empressé d’annoncer qu’il allait poursuivre le travail de son prédécesseur et relancer immédiatement les privatisations massives et la dollarisation totale de l’économie.

Pendant ce temps, les indiens de la CONAIE et les membres du Front Patriotique étaient évacués du Congrès, ce qui marqua la fin de la première étape du soulèvement.

Répression

Une nouvelle fois, le soulèvement des Indiens semble être un échec même si les organisations populaires appellent la résistance. L’ère de la répression commence
Une campagne de chasse aux sorcières se développe en Equateur contre les jeunes officiers qui ont répondu à l’appel du Peuple. Deux véhicules avec 8 personnes fortement armées qui s’identifièrent comme appartenant à l’intelligence militaire, ont intercepté le véhicule de Luio Gutierrez et ont emmené le Colonel vers une destination inconnue. Les militaires patriotes qui soutinrent le mouvement des indiens sont aujourdhui victimes de poursuites et d’emprisonnement.

La Ministre Mariana Yepez (Ministra Fiscal de la Nacion) a ordonné l’arrestation des meneurs du mouvement (Antonio Vargas et Carlos Solórzano Constantini) et des députés sociaux démocrates Paco Moncayo et René Yandun, qui l’ont soutenu. Des ordres d’emprisonnement pèsent sur d’autres personnes, membres de partis de gauche, organismes de défense des droits de l’homme, ou d’organisations populaires

Tous les moyens et sources de communication, utilisés par les insurgés, par Internet ou téléphone portable ont été coupés. Cette impossibilité de communication permet ainsi de cacher la répression qui s’abat aujourd’hui sur l’Equateur. La presse nationale équatorienne, qui a occulté au public équatorien la force du soulèvement, le présente maintenant comme un coup d’état et finalement, diffuse les appels à la liquidation des indiens !

Nous sommes tous

des conspirateurs

Les choses sont si graves que M. Alexis Ponce, président de l’Association de protection des Droits de l’Homme s’est constitué prisonnier en disant : « Nous sommes tous des conspirateurs ». Ce geste a eu le mauvais goût d’énerver la Ministre de la Justice qui a déclaré qu’aucun citoyen ne pouvait s’auto inculper.

D’autre part, Monseigneur Alberto Luna Tobar, archevêque de Cuenca, ardent défenseur des Droits de l’Homme a déclaré dans le même sens que lui aussi était disposé à se rendre volontairement aux autorités.

La longue marche des indiens a marqué le pas. Provisoirement .

Note sur L’Equateur

Etat d’Amérique Latine - 12 millions d’habitants (dont 30 % d’indiens) - Le taux de chômage y est de 19 %. Et 60 % des habitants vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Le taux d’inflation atteignait 60,7 % en janvier 2000.

Le pays produit du pétrole, des bananes, du cacao et de l’or. Sa monnaie est « le sucre » . Le 9 janvier 2000, le Président Jamil Mahuad a remplacé le sucre par le dollar : soit 25 000 sucres pour 1 dollar.