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Bénin

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Ecrit le 23 février 2000 :

Partenariat Châteaubriant-Bénin

Sur une initiative   du Ministère de I’Education Nationale et du Ministère des Affaires Etrangères, tous les lycées de France ont été invités à rechercher un partenariat Nord-Sud.

Pour Châteaubriant ce fut particulièrement facile, en raison de la présence d’André Roul, militant de l’association ARCADE (association de Retraités pour la coopération et l’aide au développement), qui entretient des relations avec le Bénin depuis une douzaine d’années avec, notamment, le « Centre Steinmetz » de Ouidah, à 40 kilomètres de Cotonou.

Un partenariat a été établi entre le Centre Steinmetz et le Lycée Etienne Lenoir, les deux établissements de formation professionnelle ayant plusieurs spécialités en commun : productique, mécanique et structure métallique. La Mairie de Châteaubriant (qui a voté une subvention de 2200 F) et le Conseil Régional (5000 F) apportent une aide.

Ce partenariat permet aux élèves de découvrir une autre culture, par des actions concrètes.

Récupérer, réparer

L’action n° 1 (1999) a pour but d’équiper les ateliers du centre STEINMETZ en machines outils. Une subvention du ministère des Affaires Etrangères (9000 F) a permis l’achat de matériels neufs : perceuse, poste de soudure, touret à meuler, avec leur outillage.

Par ailleurs les élèves récupèrent des matériels divers qu’ils remettent en bon état de fonctionnement dans le cadre de leur formation professionnelle. Tous ces matériels seront livrés gracieusement au Bénin dans une quinzaine de jours (il faut 12 jours de bateau)
– Un groupe hydraulique.
– Une palette de 20 moteurs électriques de 2 à 3 chevaux.
– Un motoculteur.
– Des petits outillages manuels de mécanique. (forets, limes, outillages divers)
– Une perceuse colonne.
– Une cisaille.
– Des livres de technologie et de math.

Des castelbriantais vont se rendre à Cotonou pour réceptionner ces matériels, les convoyer jusqu’à Ouidah, les mettre en place et voir les besoins de cet établissement scolaire Béninois.

Une collecte de bicyclettes, cyclomoteurs, machines à coudre, machines à écrire, outillages manuels, organisée par les élèves des secteurs industriels, est en cours.

Le projet n° 2 (année 2000) c’est d’équiper le centre Steinmetz d’un ordinateur multimédia, avec abonnement internet, et caméra, afin de faciliter la communication entre établissements. « parce que, quand on le connaît, on n’a plus le même regard sur l’étranger »

Internet

Il est aussi question, pour les élèves de productique, maintenance et structures métalliques, d’étudier et fabriquer une presse hydraulique (La société MECA-2000 de Noyal / Brutz achète I’acier nécessaire).

Enfin l’association ARCADE envoie de l’acier à Ouidah. « Chez eux, il coûte 21 F le kg, ici nous en trouvons à 1,50 F » . le problème est celui du transport : mais celui-ci est assuré gracieusement par l’entreprise Récup 44.

Des lits et des ardoises

« Nous voulons aider au développer, sans faire de l’assistance » a expliqué André Roul. « Mais il nous faut aussi faire face à l’urgence. On nous a fait découvrir, en pleine brousse, un orphelinat pour jeunes filles : celles-ci dormaient à même le sol. Nous avons fait envoyer des lits. Des retraités castelbriantais continuent à peindre des morceaux de bois, en « peinture ardoise » pour équiper les écoles primaires. Il nous faut aussi envoyer des craies. Là-bas il y a 80 à 120 enfants par classe, et sans matériel pédagogique »

Un sourire coûte moins cher
que l’électricité

Bénin, un petit pays de 112 000 km2 (5 fois plus petit que la France), coincé entre le Togo et le Nigéria. Ce territoire s’appelait le Dahomey, autrefois.

On se souvient (relire l’article du 23 février 2000) qu’il y a une coopération entre l’association ARCADE (Association de Retraités Pour la Coopération et l’Aide au Développement) et la région des Lacs, au nord de Cotonou. C’est dans ce cadre que le lycée Etienne Lenoir, de Châteaubriant, a envoyé du matériel.

Tous les 18 mois environ, l’association ARCADE envoie quelques membres de son Conseil d’Administration pour découvrir la réalité africaine et suivre le travail de développement entrepris. S’il y a, dans ce domaine, des déceptions, « sentiment qu’ARCADE se fait utiliser, est plus un fournisseur patenté qu’un partenaire du développement », comme dit André ROUL, il y a aussi des motifs de satisfaction. André et Monique Roul et Michèle Poiré, qui reviennent de là-bas, ont raconté, pour La Mée, les découvertes qu’ils ont faites.

Les Toffinous

Leur « point de chute » était la région de Sô-Ava, sur le Lac Nokoué : 7 communes, 42 villages, qui rassemblent 70 000 habitants, qu’on appelle les « Toffinous » c’est-à-dire : les habitants du lac.

Les Toffinous vivent en effet carrément sur le lac, dans des cases sur pilotis. Ils ne se déplacent qu’en pirogue. Les femmes par exemple, pour aller vendre leur poisson, ou les crevettes fumées à Cotonou, doivent faire 90 minutes de pirogue à l’aller. Autant au retour pour rapporter des fruits et des légumes, des tissus, des bassines, etc.
Les cases n’ont pas de meubles. On y dort sur des nattes. Dehors se trouve « la cuisine » c’est-à-dire les pierres qui servent de foyer, ou le four enterré. La toilette, la vaisselle et la lessive se font dans des bassines émaillées. Malgré cela les gens sont très propres et très coquets.

La pirogue à 4 ans

Les familles se lèvent avec le jour, et se couchent avec le soleil. Il n’y a pas d’électricité, pas d’appareil à moteur. Quelques très rares familles ont un groupe électrogène .... et la télé, qui attire tous les voisins et spécialement les gosses.

Les hommes vont à la pêche. Les femmes font la cuisine, vont chercher de l’eau et vendre au marché. Elles se sont organisées entre elles pour créer une petite entreprise de crevettes fumées.

Les enfants travaillent très tôt. Dès 4-5 ans les petits garçons mènent la pirogue . vers 10-12 ans, ils sont déjà pêcheurs comme leur père. Là-bas la préoccupation essentielle c’est de trouver de quoi manger. Les jeunes, très ingénieux, savent travailler de leurs mains et créer un petit commerce : réparateur de bassines par exemple ! Il n’y a pas de délinquance des jeunes : ils sont trop occupés à trouver de quoi se nourrir .

Les 42 villages sont regroupés en 7 communes, avec chacune son maire, (organisation calquée sur celle du territoire français et qui remonte à la colonisation) et son chef coutumier. Il y a quelques centres de santé, très rudimentaires, avec un médecin qui passe une à deux fois la semaine seulement. Et comme, de plus, il n’y a pas de médicaments, on ne s’étonnera pas de savoir que l’espérance de vie, dans ce pays, est de 40 à 50 ans. D’un point de vue « médical », le sorcier ou le féticheur ont encore toute leur importance, y compris pour les jeunes médecins qui ont fait des études dans les pays occidentaux.

100 par classe

Il y a peu de personnes âgées dans cette région. En revanche, il y a de nombreux jeunes, bouches à nourrir, force de travail pour ramener la subsistance de la famille. Pour ces enfants, il y a des écoles primaires, rien de comparable avec ce que nous connaissons chez nous : au Bénin les familles doivent payer pour scolariser les enfants. Pour un enfant, cela représente 5 mois du salaire familial ! De ce fait, seul un garçon de la famille ira étudier.

Dans les classes il y a 100 à 120 enfants pour un instituteur. Dehors, sous les fenêtres ouvertes, d’autres enfants essaient de saisir des bribes du savoir auquel ils n’ont pas droit. Malgré de tels effectifs, les classes sont silencieuses et studieuses. Si les enfants de chez nous en ont assez de l’école, les enfants de là-bas savent que c’est leur seule chance.

Il y a deux fois moins de filles que de garçons dans les écoles. Mais les choses sont en train de changer. Arcade a aidé à la reconstruction d’une école : « Apportez votre force de travail, nous fournirons le ciment » : tel était le marché. L’école a été reconstruite, les familles en sont fières. Du coup, le nombre de filles a triplé pour atteindre 35 % de l’effectif de cette école.

Passé le temps de l’école primaire, les enfants peuvent poursuivre au collège, à Cotonou : 90 minutes de pirogue et 4 à 5 km à pieds. Autant au retour. Ceux qui ne veulent pas continuer les études, essaient d’apprendre un métier. Il leur faut pour cela payer leur maître d’apprentissage.

Qu’est-ce qu’on mange ?

Qu’est-ce qu’on mange ? Comme partout en Afrique, beaucoup de céréales ou de féculents : igname, manioc, riz, haricots. Pour les légumes et les fruits il faut aller à Cotonou. Pour avoir de l’essence, aussi.

L’eau est assurée par des forages : un ou deux points d’eau pour 20 000 habitants. Qu’on imagine Châteaubriant avec 2 points d’eau seulement ! Les femmes prennent donc les pirogues pour aller chercher de l’eau. Une eau qu’on achète, et qu’on ne gaspille pas.

L’assainissement est un grave problème. Les eaux usées et les matières fécales s’en vont dans l’eau du lac. Pour 70 000 habitants, on voit ce que ça peut donner. Tant que l’eau n’était pas trop polluée, les jacinthes d’eau pouvaient assurer l’assainissement. Les cochons aussi, mais la peste porcine les a emportés il y a 2 ans. Les communes ont donc maintenant un projet de latrines publiques performantes. Pas facile à faire quand toutes les maisons sont construites sur pilotis.

Les cochons (les survivants de la peste porcine) sont des petites bêtes noires, au museau très long. En saison sèche, ils pataugent dans les endroits peu profonds du lac. En saison humide, quand l’eau du lac monte de 1,50 m, ils sont hébergés dans les cases, avec les humains. Avec la volaille aussi d’ailleurs.

Pollution et corruption

La capitale du Bénin c’est Porto Novo. Mais la ville principale est Cotonou, un million d’habitants. Elle ne comporte que deux routes goudronnées, les autres sont des routes en terre ou en sable, avec des trous si grands qu’on ne peut pas les appeler des « nids de poule » mais bien des « trous de vaches ».

A Cotonou, beaucoup d’enfants traînent dans les rues, il y a même des petits de 3 ou 4 ans, abandonnés par leur mère ou orphelins du Sida. Le riche pays voisin, le Nigéria, vient en enlever pour en faire des esclaves. Il y a aussi des « négriers » qui vont acheter les enfants dans les familles de la brousse, pour un petit prix, en faisant croire aux familles que les enfants vont recevoir une éducation et un travail.

L’amour a des griffes

A Cotonou, comme à Porto-Novo, la tuberculose et le Sida font des ravages, le lait en poudre aussi, car il est donné aux enfants délayé dans des eaux polluées. L’excision est une pratique encore très répandue. Le gouvernement a donc entrepris des campagnes contre le Sida, contre l’excision, pour l’allaitement maternel (« Ton lait est sain, nourris-moi au sein » dit un bébé sur l’affiche), pour la contraception : « L’amour a ses griffes, protège-toi ! ». Mais de nombreuses femmes ne savent pas lire. Et l’Eglise tonne encore en chaire contre la contraception et l’avortement. « Nous avons entendu, dans ce sens, à l’église, le dernier message des évêques du Bénin » dit Michèle Poiré.

Une évolution se fait cependant peu à peu. Du côté des filles. Elles commencent à refuser la polygamie, très fréquente au Bénin, y compris chez les catholiques. Elles commencent à refuser de se laisser imposer un mari, par leur père ou leurs grands frères. Elles n’hésitent pas à fuir le domicile familial. On les retrouve alors à Cotonou, chez les sœurs, qui leur apprennent la couture, et la coiffure. Les sœurs, dès que c’est possible, négocient le retour de la jeune fille dans sa famille, où elle est souvent bien accueillie car elle y revient ... dotée d’une machine à coudre ! Son métier de couturière ou de coiffeuse lui permet alors de ramener de l’argent à la maison.

Aurore

Pour faire face aux besoins de développement, les habitants s’organisent. Ce ne sont d’ailleurs que les projets collectifs que l’association ARCADE subventionne.Un exemple : l’association Aurore, 17 membres, mène des campagnes d’alphabétisation, organise des cours du soir pour les personnes âgées, et a mis sur pied une « biblio-pirogue ». Celle-ci ne donne pas totalement satisfaction, par suite de l’insuffisance des manuels scolaires. L’association Aurore mène aussi une campagne pour la salubrité publique, entretient un échange avec des jeunes riverains du Lac de Grandlieu (Loire-Atlantique), et collecte des fonds auprès de partenaires nationaux et internationaux.

La Coupe Africaine des Nations a fait naître des vocations de footballeurs. L’association tente d’aménager un terrain de foot en coupant les bambous sur le bord du lac. Mais la période des crues noie leurs espoirs.

Heureux

« Les Béninois ne sont sûrement pas riches. Ils vivent dans de très mauvaises conditions. Et pourtant ceux que nous avons rencontrés sont gais, accueillants, chaleureux » dit Monique Roul. Comme on peut lire sur le mur d’un hôpital :

Un sourire coûte moins cher que l’électricité
et donne autant de lumière.