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Irak (01)

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Date à préciser : 1999 ? 2000 ?

On n’en finirait pas d’énumérer toutes les guerres de ce XXe siècle finissant, les guerres menées en fanfare, pour la bonne cause (?) et qui finissent en catastrophe (voir la situation au Kosovo), les guerres que l’on tolère (comme en Tchétchénie) et les guerres que l’on tait, en Afrique ou ailleurs.

La guerre en Irak fait partie des guerres que l’on cache. D’après Bagdad, les avions des Américains et des Anglais effectuent des sorties quotidiennes depuis la fin de l’opération « Renard du Désert », (décembre 1998) : une quinzaine de sorties par jour. Les avions américains et britanniques venus de leur base turque sortent sans risques pour eux : les chasseurs survolent le territoire à très haute altitude, hors de portée des canons et des missiles sol-air qui sont pointés sur eux.

Cette guerre sans nom fait pourtant son compte de victimes civiles. Les rares organisations humanitaires non gouvernementales présentes en Irak, comme Première Urgence, confirment l’existence de nombreux morts et de blessés à l’occasion de bavures sanglantes, notamment à Bassorah, au sud du pays.

Les bombes quotidiennes

A Mossoul, le Père Nagib, un dominicain, assure que ces missions aériennes donnent des résultats contraires à ceux escomptés. « On dirait que les Américains et les Britanniques veulent rendre service au gouvernement. Comment voulez-vous que les gens fassent confiance à ceux qui leur tirent dessus ? Nous sommes dégoûtés, au pire cela donne plutôt envie de soutenir le pouvoir irakien. En plus, on a vraiment l’impression que les médias passent sous silence ces bombardements. A la radio [les programmes arabes de la BBC et de Voice of America] , ils n’en parlent pratiquement pas, alors que, pour les Irakiens, cela fait partie de la vie quotidienne. Cette menace permanente est très éprouvante pour les nerfs. »

Les bébés premiers touchés

Mais la « guerre » la plus redoutable est celle qui est menée contre les enfants. Le taux de mortalité infantile en Irak a plus que doublé en 10 ans, selon une enquête menée par l’UNICEF (rapport du 1er avril 1999). Pour les enfants de moins de cinq ans, les décès sont passés de 56 pour 1000 en 1991 à 131 pour 1000 actuellement. L’insuffisance pondérale à la naissance concerne au moins 23 % des nouveau-nés. La malnutrition affecte un enfant sur quatre.

Selon l’UNICEF cette mortalité accrue serait due aux privations des populations, suite à la guerre et aux mesures économiques imposées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. L’augmentation de la pauvreté, la défaillance des infrastructures, la mauvaise qualité des soins contribuent à augmenter la mortalité infantile.

Les enfants des rues

Ils sont mendiants, vendeurs de riens ou voleurs d’occasion. Ils ont échappé aux statistiques, aux distributions de rations alimentaires autorisées par la résolution « °Pétrole contre nourriture ». Ils dorment et vivent dans les « garages », les gares routières, lieux de passage et de trafics, ou dans les cimetières. Les enfants des rues sont désormais une réalité sociale de l’Irak. Pour les membres de l’organisation non gouvernementale Enfants du monde, « dans l’idéal, il faudrait pouvoir affecter un travailleur social pour 30 enfants en détresse, dans les centres de rétention, mais, dans certains cas, on en compte 3 pour 900 ! . Il faut savoir que les effectifs du ministère des affaires sociales ont chuté de 14 000 à 5 000 personnes au cours des dernières années. Plus personne ne veut travailler pour des salaires aussi bas. ». Un fonctionnaire de base gagne entre 2 et 3 dollars par mois, (soit 20,00 F par mois environ) ce qui le contraint à multiplier les petits boulots pour pouvoir subsister.

Le taux de scolarisation est tombé à 53 %. Sur 10 334 bâtiments scolaires, 83 % sont endommagés.

Eau et énergie

43 % de la population a accès à l’eau propre. Les coupures d’électricité peuvent durer 10 heures par jour. La disponibilité énergétique est tombée de 3120 à 1093 calories par habitant et par jour.

D’après l’organisation mondiale de la Santé, le nombre de malades mentaux a augmenté de 15 % entre 1991 et 1998.

On ne peut donc pas espérer connaître, à court terme, une reprise du développement économique en Irak. Chacun sait que la misère est un environnement défavorable à l’instauration de la démocratie et des droits de l’homme. La dictature a encore des beaux jours devant elle

Démission

C’est pour cela que, régulièrement, des voix s’élèvent pour critiquer l’embargo que les Etats-Unis font peser sur le pays depuis une décennie. Mais ceux qui parlent sont sanctionnés. C’est le cas actuellement du « coordonnateur humanitaire » de l’ONU, Hans von Sponeck, qui n’a pas hésité à parler de « génocide ». Il a été prié de démissionner. « La tragédie des civils irakiens a atteint un point tel qu’il n’est plus possible de se taire » a-t-il dit le 14 février dernier à la presse.

Tant pis

Intraitable, l’ambassadeur américain à l’ONU, Richard Holbrooke a rejeté catégoriquement la moindre suspension des sanctions frappant l’Irak. « Si Saddam Hussein ne coopère pas avec Hans Blix (le nouveau responsable chargé de le désarmer), il va souffrir, lui et son peuple, malheureusement ». Ce dernier mot n’est-il pas de trop ?


Un avion pour l’Irak

(texte du 4 octobre 2000)

Des organisations humanitaires (Enfants du monde-Droits de l’homme, Association des juristes européens pour la démocratie et les droits de l’homme dans le monde, Coordination internationale pour la levée de l’embargo contre l’Irak), ont décidé de rompre l’embargo aérien appliqué au peuple irakien depuis que toutes les lignes aériennes régulières à destination de Bagdad ont été suspendues, il y a de cela dix ans, après la guerre du Koweit, sous prétexte que l’Irak serait un pays « dangereux » (comme s’il n’y avait pas bien d’autres pays dangereux dans le monde).

Résultat de cet embargo : « tandis que la classe au pouvoir est épargnée, le peuple irakien, exsangue, souffre d’une lente agonie. Les malades manquent de tout, les adultes sont amaigris et épuisés. Mais les enfants, les enfants surtout, sont les victimes de ce que certains n’hésitent pas à qualifier de génocide et qui a amené à la démission plusieurs responsables des Nations Unies. La croissance spectaculaire du taux de mortalité infantile depuis 1990 ne laisse aucune place à l’argutie ».

« Oui l’embargo est meurtrier, oui, l’embargo est donc criminel »

« Nous irons donc à Bagdad en avion direct et nous ne le ferons pas dans la clandestinité car le droit est de notre côté » disent ces organisations qui, dans l’immédiat, n’ont pas pu mettre leur projet à exécution. Mais ce projet a réveillé les consciences. la Jordanie et le Yémen, le Maroc, l’Egypte et le Soudan ont annoncé l’organisation de vols vers Bagdad en signe de solidarité avec le peuple irakien soumis depuis dix ans à un embargo international.

Les dirigeants irakiens, soulagés par cet élan de solidarité, dénoncent cependant « des pressions américaines » qui auraient été, selon eux, à l’origine de l’annulation du vol français, prévu vendredi 29 septembre 2000 ?


L’arme du viol

Le rapporteur de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Irak, Andreas Mavrommatis, affirme que les opposants au régime irakien, résidant à l’étranger, sont victimes de pressions pour les inciter à cesser leurs activités. Il cite le cas d’un officier supérieur irakien, qui a quitté l’Irak en 1995 et réside aujourd’hui en Jordanie (où il est un opposant actif au régime du président Saddam Hussein) et qui, le 7 juin dernier, a reçu un appel téléphonique l’informant qu’un « cadeau » l’attendait dans un magasin d’Amman. « Il s’agissait d’une cassette vidéo montrant le viol d’une femme de sa famille », écrit le rapporteur qui ajoute que les services de renseignement irakiens auraient ensuite demandé au général de mettre fin à ses activités.

Si ces faits sont avérés, ils n’excusent pas le comportement des Américains et des Anglais qui continuent à faire subir à tout le peuple irakien un embargo des plus destructeurs !