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Irak (03)

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(écrit le 20 novembre 2002)

Le compte à rebours pour soumettre Saddam Hussein est lancé. Cela a pris deux mois, mais le résultat est là : le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé à l’unanimité, vendredi 8 novembre 2002, la volonté affirmée par George W. Bush, à la fin de l’été dernier, de « régler le problème » posé par Saddam Hussein.

A Washington, cette approbation est rapprochée d’un autre vote « historique », celui par lequel les électeurs américains, trois jours avant, ont donné au parti de Georges Bush le plein contrôle du Congrès.

Pourquoi ?

Mais encore une fois, pourquoi faire la guerre à l’Irak ? Tantôt on dit que c’est pour en finir avec le régime en place à Bagdad. Parce que c’est le seul pays au monde où les peuples sont soumis à la dictature ?

Tantôt on dit qu’il s’agit de débarrasser l’Irak de la possession d’armes de destruction massive. La récente libération des otages dans un théâtre de Moscou montre que la Russie possède aussi des armes de destruction massive. La France, les Etats-Unis, et bien d’autres pays, qui disposent de l’arme nucléaire, voire d’armes chimiques (virus de l’anthrax, virus de la variole, etc), n’ont-ils pas aussi des armes de destruction massive ?

On dit aussi, selon un rapport cité par Le Canard Enchaîné du 13 novembre 2002, que les Etats-Unis voient, en Irak, la possibilité d’expérimentation de merveilleuses petites bombes nucléaires B 61-11. »Vous verrez en action des armes dont vous n’avez même pas idée » (1) aurait dit un haut responsable du Pentagone en présence d’un diplomate européen. Et le numéro deux de l’équipe Bush, Paul Wolfowitz, a ajouté qu’à la faveur du cas irakien, l’hégémonie américaine sera enfin admise et respectée.

Bref, à la résolution votée par l’ONU, tous les pays se sont ralliés, y compris, en dernier, la France, la Russie et la Syrie. Ce dernier ralliement est considéré comme très important, car les Syriens avaient affirmé qu’ils tiendraient compte de l’opinion des autres dirigeants arabes.

En mars dernier, les dirigeants arabes, réunis à Beyrouth, ont affiché leur hostilité à toute action contre l’Irak. Comprenne qui pourra.

Aux yeux du gouvernement américain, les conditions sont maintenant réunies pour un affrontement avec l’Irak, en utilisant des « inspections contraignantes », proposées par un groupe d’experts.

Maintenant, selon la résolution 1441 de l’ONU, le maître de l’Irak doit livrer les armes chimiques, biologiques et nucléaires qu’il possède ou fournir des preuves incontestables qu’il ne les détient plus et qu’il a renoncé à s’en procurer de nouvelles. Mais qui décidera de la réalité de cette décision ?

Pour obtenir l’accord de la France et de la Russie, les Etats-Unis ont dû renoncer à la possibilité de juger seuls de ces violations éventuelles ! Cependant, les responsables gouvernementaux américains qui se sont exprimés officieusement, après le vote à l’ONU, ont affirmé que la résolution n’empêche pas Washington de passer à l’action sans attendre l’accord du Conseil de sécurité. Les Etats-Unis sont « obligés » de communiquer au Conseil les faits qu’ils considéreraient comme des violations et de « participer au débat ». Mais « le président n’a nullement renoncé à la capacité, à l’autorité d’agir pour faire respecter les résolutions ou pour protéger les Etats-Unis », ont expliqué ces responsables.

Tout ça c’est bien inquiétant ! Ne nous faisons pas d’illusion : la guerre nous l’aurons !

La position de Jean-Marc Ayrault

A ce sujet il est intéressant de lire la lettre que Jean-Marc Ayrault (socialiste) a adressée aux membres de l’Assemblée Nationale, au Président de la République et au Premier ministre : (extraits)

« Avant de parler de Saddam Hussein, gardons cette vérité à l’esprit : le terrorisme demeure l’ennemi public numéro un. Notre priorité doit être le démantèlement de toutes les organisations qui recourent à la terreur de masse.

Ce rappel me paraît indispensable pour dissiper les confusions qu’a provoquées l’administration américaine en faisant le lien entre la lutte antiterroriste et son projet d’intervention en Irak.

Ce lien est loin d’être établi. On parle de contacts, de déplacements de lieutenants de Ben Laden à Bagdad. Mais, à ce jour, aucune preuve d’une complicité entre l’Irak et Al Qaïda n’a été apportée.

Plus sérieuse est la deuxième accusation concernant la production de stocks d’armes de destruction massive. Depuis quatre ans, Saddam Hussein s’expose à ce soupçon en violant les résolutions de l’ONU qui soumettent l’Irak au contrôle des inspecteurs internationaux. Une telle attitude laisse à penser qu’il poursuit son programme d’armement bactériologique et atomique. Mais là encore, les divers rapports publiés, et particulièrement celui qu’a présenté le Premier ministre britannique Tony Blair devant les Communes, n’apportent pas de preuves déterminantes. »

Coup de force

Et Jean-Marc Ayrault poursuit : « Rapporter ces constats n’est pas faire preuve d’une quelconque complaisance. Saddam Hussein est un dictateur malfaisant et retors. Il opprime son peuple, il persécute ses minorités, il menace la stabilité de la région. L’empêcher de se doter d’armes de destruction massive est une nécessité. Mais dès lors qu’il accepte de se plier à la loi internationale, rien n’autorise l’Amérique à dicter la guerre. Or c’est ce qui est en train de se produire.

Tous les discours du Président Georges Bush préparent une intervention militaire contre l’Irak. (...) . L’Amérique se réserve le droit de lancer ses troupes en Irak sous n’importe quel prétexte, à n’importe quel moment. L’ONU ne serait plus alors qu’une chambre d’enregistrement et une couverture légale.

Laisser commettre un tel coup de force juridique et diplomatique serait contredire tous les principes de légalité et de justice internationales que nous défendons depuis cinquante ans. Ce serait ruiner la prédominance et la crédibilité de l’ONU dans le règlement des conflits. »


(écrit le 20 novembre 2002)

Hyper droit d’ingérence ?

« Ne nous y trompons pas. La doctrine de « la guerre préventive » n’est rien d’autre qu’un hyper droit d’ingérence pour une hyperpuissance. M.Bush l’a écrit textuellement dans un article du 13 septembre, précurseur du livre blanc sur la nouvelle stratégie américaine. « Parce que c’est une question de bon sens et d’autodéfense - souligne-t-il - l’Amérique interviendra avant même que la menace ne se concrétise. Nous ne pouvons pas, pour défendre l’Amérique et ses amis, nous contenter de voeux pieux ». - Et le texte de poursuivre - « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour apporter l’espoir de la démocratie, du développement, du marché libre et du libre échange, aux quatre coins du monde. »

On peut s’étonner que le marché et le libre échange soient érigés en valeurs universelles, mais l’essentiel est ailleurs » :

Croisade

« De l’autodéfense légitime contre le terrorisme, l’administration américaine est en train de dériver vers une croisade contre ce qu’elle appelle « l’axe du mal ». Elle s’arroge le droit exorbitant de faire la police contre les Etats dits « voyous » qui ne répondent pas à ses critères politiques ou économiques. De cette manière, M. Bush efface cinquante ans de construction d’une sécurité collective pour renouer avec une conception impériale de l’ordre international » dit encore Jean Marc Ayrault, pour qui la guerre contre l’Irak a toutes les chances d’être pire que le mal.

Pour l’Irak d’abord. L’administration américaine brouille savamment ses buts de guerre. Du désarmement de l’Irak, on est passé au renversement de Saddam Hussein. Du renversement de Saddam Hussein au contrôle des puits de pétrole. Des puits de pétrole à la pacification de la région. Avec quels hommes, avec quelles nouvelles équipes dirigeantes ? Mystère ! Certains membres de l’entourage de M. Bush, tellement peu sûrs de pouvoir trouver ces hommes providentiels, sont allés jusqu’à prédire « une occupation américaine de cinquante ans ». C’est là une politique qui fait bon marché de la fierté nationale du peuple irakien soumis depuis onze ans aux privations de l’embargo et aux bombardements. C’est faire fi de la mosaïque complexe de minorités qui composent l’Asie mineure. Jouer au puzzle dans une région aussi compliquée, c’est jouer avec les allumettes dans un baril de poudre.

Mais la conséquence la plus grave sera d’approfondir le schisme avec des opinions arabes de plus en plus convaincues que l’ordre occidental est aussi dur à leur endroit qu’il est complaisant avec ses alliés.

On somme l’Irak de respecter les résolutions de l’ONU mais on ferme les yeux sur leur violation systématique au Proche-Orient.

On montre du doigt l’absence de démocratie dans les Etats arabo-musulmans, mais on oublie que c’est l’Occident qui les a souvent installés, soutenus et équipés.

On condamne la répression des minorités religieuses mais on détourne le regard des Tchétchènes. On vante les bienfaits du libre-échange mais on reste sourd aux demandes du Tiers monde à l’OMC.

Enfin, comment passer sous silence le risque d’une crise économique mondiale ?Nos économies, et particulièrement celles des pays les plus pauvres, ne résisteront pas à un nouveau choc pétrolier.

Toutes ces injustices nourrissent l’intégrisme. Défions-nous du messianisme : on part semer la civilisation et les lumières, on finit en récoltant le terrorisme et l’obscurantisme.

Ne pas pousser au désespoir

« La guerre préventive » impose le droit de la force. Après Bagdad, jusqu’où ira cette doctrine. Jusqu’à Téhéran ? Jusqu’à Ryad ? Jusqu’à Pyong Yang ? Et que fera-t-on quand les Chinois ou les Russes s’aviseront de faire la même chose à Taïwan ou en Géorgie ?

Monsieur le Premier ministre, il est encore temps d’arrêter l’entreprise de M. Bush (...) Les Américains sont nos alliés, nos amis. Nous sommes unis par les valeurs et par l’Histoire. Mais une communauté de destin n’est pas l’alignement en tout et partout. Elle n’interdit pas la critique légitime, non pas d’un pays, mais d’une politique. Les Américains, eux-mêmes, débattent avec vigueur des vues stratégiques de M. Bush.

Monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, le terrorisme a ébranlé le monde, le 11 septembre 2001, il ne l’a pas fait changer. (...) Avant de s’en prendre à l’Irak, que M. Bush sorte de sa torpeur au Proche-Orient. Qu’attendons-nous, la France, les Etats-Unis, l’Europe, la Russie pour imposer à MM. Sharon et Arafat une grande conférence de paix sous l’égide des Nations-Unies ?

(...) et Jean-Marc Ayrault conclut en refusant tous les messianismes. « La démocratie a fait beaucoup plus de progrès ces 15 dernières années par l’aide économique et politique que par les frappes plus ou moins chirurgicales. Si l’on veut que le monde arabe et musulman se joigne à ce mouvement, si l’on veut qu’il se détourne de l’intégrisme et de la théocratie, il faut lui proposer un pacte de même nature (...) coopération économique contre démocratie ».

Cette approche est certainement moins spectaculaire qu’un raid sur Bagdad. Mais elle offre de meilleures garanties pour ancrer une sécurité durable. Montaigne l’a dit avant nous. « L’une des plus grandes sagesses en l’art militaire, c’est de ne pas pousser son ennemi au désespoir »


NOTES:

Wolfowitz ? l’homme qui luttait contre la corruption !