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Irak (04)

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(écrit le 15 janvier 2003)

L’ONU s’attend à devoir aider 500 000 victimes
en cas de guerre en Irak

Un rapport confidentiel de l’ONU offre pour la première fois une vision de ce que seraient les conséquences humanitaires d’une guerre en Irak. Daté du 10 décembre 2002, il émane d’un « groupe de travail interagences sur l’Irak », créé par le secrétariat général des Nations Unies pour se préparer à un éventuel conflit, et supervisé par la vice-secrétaire générale, la Canadienne Louise Fréchette. Titré « Les probables scénarios humanitaires » - qui accompagneraient une attaque contre l’Irak -, ce document de 13 pages a été diffusé, lundi 6 janvier, sur le site web d’un groupe de l’université britannique de Cambridge (www.casi.org.uk).

Le document se place dans l’hypothèse d’une intervention militaire déclenchée « simultanément depuis le nord et le sud ». A la différence de l’intervention militaire de 1991, dit le texte, « il est probable qu’une future confrontation aille au-delà de la série de bombardements préparatoires et relativement courts d’infrastructures et de villes, pour se développer en une offensive terrestre longue et de grande ampleur, soutenue par des bombardements aériens et conventionnels. Les dévastations qui en résulteraient seraient sans nul doute grandes. Initialement, l’accès aux personnes dans le besoin serait ou bien interdit par l’un des protagonistes ou sévèrement limité par des impératifs de sécurité ». De plus, « la logistique, et particulièrement l’aptitude à se déplacer librement, serait une contrainte majeure ».

Mise en garde

Les experts de l’ONU mettent en garde contre deux erreurs d’appréciation :

– « Il y a une tentation dans certains milieux de mettre en parallèle la situation qui suivrait toute éventuelle intervention en Irak avec l’aptitude de la population à s’organiser à la fin du conflit de 1991. De telles comparaisons ne sont pas valides, compte tenu du fait qu’avant les événements de 1991, une partie substantielle de la population avait un emploi, de l’argent liquide et des biens matériels lui permettant de faire face à la crise. Maintenant, outre le fait qu’ils n’ont pas été employés depuis un certain temps, tous, sauf les privilégiés, ont totalement épuisé leurs réserves d’argent et aussi, dans la plupart des cas, se sont défaits de leurs biens matériels. La plus grande partie de la population est maintenant totalement dépendante du gouvernement de l’Irak pour une majorité, sinon l’ensemble, de ses besoins de première nécessité ».

– deuxième comparaison fallacieuse, selon le texte : l’Afghanistan. « La population, en Afghanistan, est à prédominance rurale. De plus, au fil du temps, elle a appris à dépendre moins de l’Etat et les Afghans sont devenus plus autonomes. La situation en Irak a été l’inverse : une population relativement urbanisée avec un Etat assurant les besoins primaires. Les foyers se sont appauvris pendant le régime des sanctions et les Irakiens sont devenus encore plus dépendants de l’Etat pour assurer leurs besoins. De plus, les Irakiens ont des besoins relativement sophistiqués. Ils ont été habitués à un niveau de services raisonnable. Avec la dégradation des infrastructures en général et de l’électricité en particulier, nombre de ces services ne seraient probablement pas disponibles après un conflit. »

Le groupe de travail s’attend à ce que le réseau électrique de l’Irak soit sérieusement endommagé, avec de sévères conséquences sur le pompage de l’eau. L’Unicef a évalué que, dans ce cas, il faudrait fournir de l’eau potable à 39 % de la population, alors que, dans le même temps, le port d’Oum Qasr serait « large-ment impraticable » pour un usage humanitaire. Le système ferroviaire, les ponts, les véhicules étant endommagés, les mouvements de biens et de population seraient « restreints ». L’ONU s’inquiète à la perspective de devoir fournir en urgence des structures de pont, des véhicules et de la nourriture pour 5,4 millions de personnes.

Toujours dans la perspective de cette guerre , l’ONU estime à 1,4 million le nombre de réfugiés qui auraient besoin d’assistance : 900 000 dans les pays voisins et 500 000 le long des frontières, mais en Irak. Concernant les médicaments, l’Irak compterait quatre mois de stocks, pas plus.

Enfin la production et l’exportation de pétrole seraient touchées et les réserves endommagées de manière significative, souligne encore l’ONU.
Tout ça pour une guerre « préventive » qui aurait peu de chances de toucher Saddam Hussein, mais qui contribuerait à faire souffrir davantage le peuple irakien déjà victime d’un blocus qui se prolonge et de bombardements quasi quotidiens, si quotidiens qu’il n’en est même plus question dans les informations !


Flagrant délire

« Nous n’avons trouvé aucun flagrant délit en six semaines d’inspections sur 127 sites visités », a déclaré, le 9 janvier 2003, le directeur exécutif de la commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (Cocovinu), Hans Blix, après trois heures de réunion avec le Conseil de sécurité de l’ONU.

« Aucun « flagrant délit » n’est nécessaire pour que les Etats-Unis attaquent l’Irak », a rétorqué dans la soirée le secrétaire d’Etat Colin Powell. « L’absence de flagrant délit ne veut pas dire qu’il n’y en a pas là-bas », a-t-il ajouté sur la chaîne de télévision NBC. Du côté de Bush, cette guerre devient du flagrant délire.


(écrit le 5 février 2003)

« Il n’y a pas de raison qu’en Europe nous ne bénéficiions pas d’un rythme de croissance de 2,5 % après les événements d’Irak ». La guerre en Irak n’est pas encore commencée (ça vient, ça vient !) que déjà Francis Mer compte les œufs dans le cul de la poule !

Le juge Bruguières, spécialiste des enquêtes anti-terroristes, dit qu’une guerre en Irak provoquera une vague d’attentats terroristes dans le monde et que nul ne sera à l’abri et qu’aucune prévention ne sera efficace. Mais on ne l’entend pas.

A Davos, l’attentisme et l’incertitude ont été tels que les grands patrons en arrivent à souhaiter une rapide sortie de crise, y compris par les armes comme Bush s’y est engagé, mais dans l’esprit de tous, il ne s’agit que d’un scénario « idéal » : celui d’une guerre courte dont l’issue victorieuse ferait baisser les coûts du pétrole

Le pétrole, on y revient toujours. Le plan Bush pour l’Irak a soigneusement prévu une protection des puits de pétrole.

Pendant ce temps-là, jour après jour , les statistiques confirment l’accès de faiblesse de l’économie américaine. Selon les chiffres publiés mardi 28 janvier, la confiance des consommateurs a encore baissé en janvier et les commandes de biens durables ont stagné en décembre. La géopolitique, l’Irak, le pétrole et l’isolement diplomatique des Etats-Unis sont les principaux sujets d’inquiétude des industriels.

Les tensions entre les Etats-Unis, d’un côté, et la France et l’Allemagne de l’autre, la division au sein de l’Europe où 8 pays ont apporté leur appui à Bush dans le sens d’une guerre contre l’Irak, ont précipité la Bourse de New York à son plus bas niveau depuis trois mois.

La Bourse ou l’homme

La guerre n’est pas une affaire de droits de l’homme, d’honneur, ou de protection de la sécurité du monde, la guerre est une affaire de Bourse. Statistiquement, les guerres sont plutôt favorables aux marchés boursiers. Les cours baissent avant les hostilités et repartent à la hausse au premier coup de canon, stimulés par le patriotisme et l’augmentation des dépenses publiques. Cela s’est passé ainsi pendant la seconde guerre mondiale, la guerre de Corée et celle du Golfe.

Mais les analystes se demandent si cette règle s’appliquera cette fois. Déjà, la guerre d’Afghanistan n’a pas produit pour Wall Street les effets espérés. La succession de scandales depuis la faillite d’Enron, la mauvaise santé des entreprises, la faiblesse de la croissance, la crainte de la déflation et l’Irak y ont contribué. Une période de grande instabilité au Moyen-Orient et de chaos à Bagdad pourrait se traduire, par exemple, par une envolée durable des prix du pétrole. Si les Etats-Unis mènent une guerre à laquelle s’opposent une partie de leurs alliés européens, les analystes craignent les conséquences politiques et économiques d’une fracture entre les deux rives de l’Atlantique.

« Et puis si cette guerre a lieu, elle sera loin de régler tous les problèmes. Il faudra ensuite mettre fin au chantage nucléaire de la Corée du Nord et, si vous battez Saddam, vous serez encore loin d’en avoir fini avec le terrorisme, souligne Henry Herrmann, du groupe d’investissement Waddell & Reed. Regardez les entreprises, cela fait presque trois ans qu’elles ont cessé d’investir. Il y a trop d’incertitudes pour qu’elles prennent aujourd’hui le moindre risque. »

En Europe, les marchés boursiers, qui se rapprochent de leur plancher de la mi-octobre 2002, sont aussi tétanisés par la guerre.

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Bref, tout le monde sait que cette guerre en Irak sera une catastrophe, et qu’elle ne tient qu’à une chose : à la volonté de George Bush-fils de finir ce que George Bush-père a commencé. Le monde court à la catastrophe, économique et humaine. Il le sait mais il y va quand même. Il faut rendre hommage à ceux qui résistent encore, Jacques Chirac et Gerhard Schroeder par exemple. Mais pour combien de temps ?


(écrit le 19 février 2003)

(article inspiré des journaux et agences :
Courrier International, Le Monde,
Le Monde Diplomatique, The American Prospect,
The Observer, The Times, Reuters, AFP, etc)

Irak : derniers jours

Au moment où nous écrivons ces lignes (14 février) nous ne savons pas ce qui va se passer dans les jours à venir. Les chefs des inspecteurs, Hans Blix et Mohammed El Baradei, ont remis un dernier rapport le 14 février devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies :

M. Blix a déclaré : « Depuis que nous sommes arrivés en Irak, nous avons mené plus de 400 inspections couvrant plus de 300 sites. Toutes les inspections ont été effectuées sans préavis, et l’accès a été pratiquement toujours fourni rapidement ». Il ajouté que les 250 experts n’ont pas jusqu’à présent « trouvé de telles armes [interdites], juste un petit nombre de munitions chimiques qui auraient dû être déclarées et détruites »

Les inspecteurs n’ont « pas découvert » d’activité nucléaire interdite en Irak, a également déclaré le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei.

Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a affirmé que « l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui » contre l’Irak, et a appelé à une nouvelle réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel le 14 mars.

Des applaudissements nourris ont marqué la fin de son allocution (Les manifestations d’approbation ou de désapprobation sont d’ordinaires très rares dans l’enceinte solennelle du Conseil de sécurité) montrant que, pour l’instant, le camp de la Paix domine.

La pression

Mais les USA font tout pour faire monter la pression. Mardi 11 février, les chefs de la CIA et du FBI ont averti que des attentats du réseau Al-Qaïda étaient imminents aux Etats-Unis et en Angleterre avec des armes radiologiques, bactériologiques ou chimiques et le patron de la centrale de renseignement (CIA), George TENET, a accusé l’Irak et l’Iran d’héberger des terroristes liés à Oussama ben Laden.

Réalité ou intox ? Il n’est pas possible de le savoir, et même en cas d’attentat contre les USA, il ne sera pas possible de savoir si ce seront des vrais attentats ou des manipulations venant de la CIA ou du FBI.

Rappelons-nous : Les Chefs Militaires américains ont proposé en 1962, un plan secret pour commettre des actes terroristes contre des Américains d’origine cubaine, et blâmer Cuba, de façon à créer un prétexte pour l’invasion et l’éviction de Fidel Castro : « Nous pourrions développer une campagne de terreur » dit un document rapporté comme préparé par le Comité Interarmes d’État Major.

Mentir pour la patrie

Ce document (voir http://perso.libertysurf.fr/sitting-bull/northwoods.pdf) parle d’une campagne de terreur (terror campaign), envisage de couler un bateau (sink a boatload) et aussi : « Nous pourrions encourager des attentats » (foster attemps) sur des Cubains réfugiés aux Etats-Unis, en faisant une large publicité (widely publicizes). Et même faire exploser une bombe (Explodind a few plastic bombs) ce qui serait bien utile (helpful)pour faire passer l’idée d’un gouvernement irresponsable.

Le « jeu » de l’époque, contre Cuba, ressemble au « jeu » actuel contre l’Irak. Cela paraît incroyable ! Comment peut-on mettre en jeu des vies humaines pour servir un dessein politique ?

Mener à la mort

C’est le philosophe Alain qui apporte la réponse : Dans ses « souvenirs de guerre » il écrit : « Puisque vous tuez pour la patrie, je ne vois pas par quel scrupule vous rougiriez de mentir pour la patrie. »

Non seulement mentir, mais mener des hommes à la mort. Qu’on se souvienne de l’opération « marteau-pilon » : en janvier 1942, les Alliés réunis à la conférence de Washington, s’engagent à coordonner leur politique militaire. Ils décident de monter une opération qui consiste en un débarquement-test dans la région de Calais au cours de l’été 1942 . Pressées de prouver au monde leur courage, les troupes canadiennes revendiquent l’honneur d’assurer seules ou presque, la première tentative de débarquement en Europe. C’est donc la 2e division canadienne qui participe à l’opération Sledgehammer (marteau-pilon) : le débarquement sur Dieppe le 19 août 1942 . Ce débarquement-test fut un cuisant échec, les Canadiens y perdirent 3 379 hommes. On en tira cependant de précieuses leçons, notamment l’importance d’une coordination exemplaire et une étude détaillée du terrain et des conditions.

Ainsi des hommes ont été envoyés à la mort, pour faire une expérience, et pour que réussisse, plus tard, le débarquement en Normandie. Ceci prouve, s’il en était besoin, que la vie des hommes importe peu quand les intérêts « supérieurs » de la nation sont en jeu. C’est d’ailleurs ce que vivent, tous les jours, les espions et autres agents secrets envoyés en mission.

Or, dans la période actuelle, ceux qui se prétendent les « maîtres du monde », à savoir les USA, et leur chef George Bush, ont décidé que l’intérêt supérieur du monde exigeait l’attaque de l’Irak. Ce n’est pas nouveau, d’ailleurs, cela fait plus de 10 ans que les « faucons » rêvent de cela, comme le révèle le journal « The Américan Prospect.

Détourner l’attention

De plus, quatre jours seulement après les attentats sur les Tours de New-York, le 11 septembre 2001, Paul Wolfowitz, le cerveau de l’équipe Bush, a proposé de partir en guerre contre l’Irak. Dans un premier temps, Bush n’en a rien fait, préférant porter ses efforts sur l’Afghanistan (où, soit dit en passant, les choses redeviennent peu à peu comme au temps des Talibans). Et quand il fut évident que Bush ne pouvait pas atteindre Ben Laden, ni le Mollah Omar, que l’Amérique s’enfonçait dans la crise économique et que la popularité du Président risquait d’en souffrir, Bush détourna l’attention des Américains en leur fixant un nouvel objectif, préparé de longue date, l’attaque contre l’Irak (qui a, en plus, l’avantage de sentir le pétrole). Il a fallu alors mobiliser tous les services de renseignement, pour justifier cette décision prise a priori.

CIA : pas fiable

Toujours selon The American Prospect, un homme a été placé à la tête de la CIA : George Tenet qui « est un politique qui dit au Pentagone ce que ce dernier veut entendre ». Tenet est très lié au clan Bush depuis 1998 et a personnellement conseillé Bush Junior lors de la campagne électorale 2000. Il ne faut donc pas s’étonner d’entendre la CIA, par sa voix, confirmer tous les soupçons de l’équipe Bush contre l’Irak. Mais le pire, c’est que les vrais spécialistes de la CIA sont en désaccord avec leur patron et se plaignent des pressions exercées sur eux.

En effet, tout en se préparant à la guerre contre l’Irak, le Pentagone (= Ministère de la guerre), que dirige d’une main de fer Ronald Rumsfeld, est engagé sur un autre front : sa bataille contre la CIA qu’il accuse d’être peuplée de « colombes ». La lutte pour le contrôle du renseignement s’inscrit dans une offensive générale déclenchée par « le parti de la guerre », c’est-à-dire une petite vingtaine de « faucons » au sein de l’administration Bush. Dans les services secrets américains, qu’il s’agisse des Affaires Etrangères, de la Défense ou du Renseignement, la quasi totalité du personnel est opposé à une invasion de l’Irak mais le moral y est au plus bas car les professionnels ont le sentiment de faire l’objet d’intimidations et de pressions pour justifier la montée vers la guerre « On exige d’eux des informations susceptibles de conforter une politique d’ores et déjà adoptée » explique un spécialiste du contre-terrorisme.


NOTES:

Wolfowitz ? l’homme qui luttait contre la corruption !