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Irak (05)

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Ecrit le 19 février 2003 :

Preuves : Le « faux » anglais

Le 5 février 2003, Colin Powell, ancien chef d’Etat Major de la Guerre du Golfe (1991), qui n’est pas très chaud pour la guerre en Irak, a asséné ce qu’il a appelé des « preuves ». Il n’était d’ailleurs pas très sûr que ces preuves soient vraiment fiables.

« N’attendez pas trop de cette séance », avait confié la veille un haut fonctionnaire des Nations Unies [1]. Richard Haass, un responsable du département d’Etat, avait quant à lui trouvé cette formule admirable : « je ne veux pas susciter de faux espoirs » [2]. C’est vrai, c’est très décevant, nous qui « espérions » tant découvrir des armes de destruction massive sur nos écrans... !

Ces « preuves » ont fait un flop, surtout quand on a découvert que les documents fournis par les services secrets anglais, et tant vantés par Colin Powell, était des faux ! En effet, quelle ne fut pas la surprise d’un chercheur américain en découvrant que 4 des 19 pages de ce document reproduisaient mot pour mot des extraits de sa thèse de troisième cycle. « On a même recopié mes erreurs de grammaire et mes fautes d’orthographe ! », a déclaré l’intéressé au San Francisco Chronicle. Ce travail universitaire, dont un résumé a été édité en septembre 2002 dans une revue spécialisée, ne contient, bien sûr, aucune révélation, ni même aucun indice récent sur les activités illégales du régime de Saddam Hussein. Il se fonde sur des informations vieilles de douze ans, contenues dans des dossiers abandonnés par les Irakiens en 1991 après leur fuite du Koweït.

Le texte, présenté à Londres comme émanant en partie des « services d’espionnage », contient d’ailleurs d’autres emprunts. Selon un professeur à Cambridge, 11 pages au total ont été « entièrement puisées dans des documents universitaires ». Pris la main dans le sac, les services de Tony Blair ont dû faire amende honorable.

Le recours, de la part d’un gouvernement démocratique, à une méthode de propagande aussi grossière a conforté tous les opposants à la guerre en Irak.

La « goutte »

Oui mais, les images, ne prouvent-elles pas les dissimulations de l’Irak ? C’est vrai, on nous a montré des trucs, des machins, des bidons, des clichés qui, d’après un expert américain et des barbouzards français, dateraient de 1991, 1992, 1993, et des photos satellite de camions pouvant abriter des « laboratoires mobiles de fabrication d’armes biologiques ». Ou de sandwichs au jambon. Tout cela dépend beaucoup de l’inspiration de celui qui rédige les légendes, des motivations de celui qui zoome. « Reportage et propagande utilisent les mêmes images », écrivait Audouard.

Un simple exemple, publié dans The Times de Londres : on y voit Bush exaltant l’industrie américaine, dans un entrepôt du Missouri, devant des cartons arborant fièrement le label « Made in USA ». Hélas, tout arrive à se savoir : l’inscription en dissimulait une autre « made in China ». Une main zélée était passée par là.

Colin Powell a présenté « des photos satellite montrant des tracteurs tirant des remorques au toit muni de tuyaux d’aération particulièrement grands, indiquant qu’il pourrait s’agir de laboratoires mobiles » [3]. Sur les photos satellites de Normandie, on en voit aussi, de ces laboratoires mobiles « au toit muni de tuyaux d’aération particulièrement grands ».

Ces dangereux criminels, on les appelle les « bouilleurs de cru » : leur remorque contient un véritable laboratoire de distillation massive qui leur permet de concocter, au mépris des résolutions de l’ONU, ce qu’on appelle « calvados » là bas, ou « la goutte » par chez nous, ou « lambic » en Bretagne

On voit par là combien il est sage de se méfier des images

Devant le Conseil de sécurité réuni en séance publique, le chef des inspections de l’Onu, Hans Blix a d’ailleurs mis en doute plusieurs points de l’exposé présenté par le secrétaire d’Etat américain Colin Powell le 5 février devant le Conseil, notamment en matière de déplacement de matériel suspect.

Ben Laden providentiel

Pour tenter une nouvelle fois de relancer la machine de guerre, Bush et son équipe annoncent le 11 février, 5 heures avant sa diffusion, une déclaration de Ben Laden

Merveilleux Ben Laden ! Juste au moment où il fallait, Al-Jazira diffuse ce mardi 11 février une bande sonore attribuée au chef terroriste où il affirme qu’une guerre contre l’Irak viserait tous les musulmans.Déclaration immédiatement qualifiée par Washington de signe d’une « alliance naissante de la terreur »

La radio Europe 1, qui l’annonce au matin du 12 février, n’émet pas le moindre doute et affirme que cela change le jeu diplomatique, renforçant le camp des faucons.

Aux USA tous les officiels s’accordent à attribuer l’enregistrement à Oussama Ben Laden. Pour eux, « une première analyse menée par la CIA suggère fortement cette hypothèse », rapporte le « Los Angeles Times ». La rapidité de l’attribution au chef terroriste de cet enregistrement est déconcertante, surtout si l’on se souvient des délais précédents pour authentifier les déclarations du leader d’Al Qaida. Les Américains se montrent plus empressés à le reconnaître aujourd’hui, puisque cela peut appuyer leur théorie concernant l’Irak. Précédemment, reconnaître sa voix revenait plutôt à confirmer qu’il était encore en vie et prouvait donc leur échec en Afghanistan.

Un peu plus tard viendront les doutes, surtout quand un expert suisse, consulté, déclare que le message semble fait de phrases accolées les unes aux autres. De là à penser à un message fabriqué pour les besoins de la cause ....


Crise à l’OTAN

L’OTAN, organisation du traité de l’Atlantique Nord, c’est un « machin » qui est dans la main des Américains et qui a été mis en place, à l’origine, pour faire face à l’Union Soviétique. Quand arriva la date des 50 ans, l’OTAN n’avait plus de raison d’être car le Bloc soviétique avait volé en éclat. Mais pour redonner une légitimité à l’OTAN nous eûmes la Guerre des Balkans, avec toute la manipulation médiatique autour des « pauvres Kosovars ».

Ces derniers temps, quand l’Europe, après bien des difficultés, s’ouvrit à 10 nouveaux pays , ces pays, longtemps tenus à l’écart, s’empressèrent de faire cause commune avec les USA, délaissant toute solidarité européenne dont ils n’ont rien à faire.

Mais voilà que tout ne va pas comme le souhaitent les USA : les 19 ambassadeurs de l’OTAN n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’aide à apporter à la Turquie qui a une frontière commune avec l’Irak. La France, la Belgique et l’Allemagne ont opposé lundi 10 février, leur veto aux demandes américaines, en considèrent que les accepter ferait entrer prématurément l’Otan dans une « logique de guerre »

L’Irak s’est pour sa part engagée à se conformer entièrement à son obligation de désarmer. Les vols d’avions espions U2 réclamés par les inspecteurs de l’ONU sont désormais autorisés « sans conditions » au-dessus de l’Irak, a déclaré l’ambassadeur irakien à l’Onu, Mohamed Al-Douri. Ce dernier a également souligné que, outre les U2, des Mirages français et des Antonov russes seraient autorisés à survoler le territoire irakien. Peu avant la réunion de l’Onu, le 14 février, le président Saddam Hussein a fait une concession de dernière minute en annonçant l’interdiction des armes de destruction massive dans son pays.

Mais BUSH tient à sa guerre et la justifie en disant que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive (pas la Corée ?) et les a utilisées. Et en même temps, pas à une contradiction près, il annonce que la guerre contre l’Irak pourrait être rapide, surtout si l’armée américaine utilise une arme nucléaire. Qui donc possède des armes de destruction massive .

Imbécile ou français

« Seul un imbécile, ou un Français peut être insensible à l’argumentation américaine » dit le New-York Times.

La francophobie américaine, se double d’un véritable procès en ingratitude et en mémoire courte. Nous faire cela à nous, Américains, vous les Français qui nous devez tant ! A commencer par votre liberté, deux fois défendue ! Ce thème, on le retrouve résumé, d’une façon concise et

brutale, dans une photo publiée par un quotidien populaire, le New York Post : une photo d’un cimetière américain en France, des croix et tombes des soldats, et ce titre : « Sacrifice. Ils sont morts pour la France, mais la France a oublié ».

La manière est très culpabilisante, mais absolument fondée d’un point de vue américain. Ils savent ce que nous leur de-

vons. Mais ils ignorent que nous le savons aussi. Que nul en France, sauf à être de mémoire courte, n’a oublié que le sol de notre pays a été inondé de sang allié, pour la liberté de notre patrie (Américains, mais aussi Anglais, Canadiens, Russes, ne l’oublions pas !).

Et ils ignorent que cette reconnaissance de liberté, comme il existe des reconnaissances de dette, n’implique pas une adhésion aveugle et inconditionnelle à ce qui semble, ici, être des errements guerriers. En ce sens, l’opinion américaine, chauffée à blanc, se trompe d’ami. Comme l’on se trompe parfois d’adversaire.

Extrait de l’éditorial du Monde du 13 février 2002


(écrit le 19 février 2003)

Pour comprendre : Bush et Dieu

On ne peut rien comprendre à l’actuel Président des Etats-Unis sans connaître son itinéraire personnel, raconte The Observer, de Londres. Fils de famille, George W.Bush s’est longtemps fait remarquer par ses frasques, ses folles virées, son alcoolisme et ses ennuis avec la justice, avant d’être placé par son père dans les conseils d’administration d’entreprises pétrolières puis de clubs de base-ball. C’était, dit le journal, un administrateur lamen-

table qui fit fortune dans les deux secteurs grâce aux investissements consentis par ceux qui entendaient gagner les faveurs de son père, alors Président des Etats Unis.

Un soir, après la naissance de ses filles, et d’interminables beuveries, dont l’une dura une semaine entière, Bush se regarda dans une glace et vit son visage souillé de vomi séché. Alors il tomba à genoux et implora l’aide de Dieu. Ce fut le début de sa conversion, un grand virage pour lui, pour l’Amérique et ... le reste du monde.

En 1994, aidé par Karl Rove, spécialiste du démarchage électoral, et financé par de généreuses dotations versées par les amis de son père et par l’industrie pétrolière, Bush décrocha le poste de gouverneur du Texas. Son mandat fut marqué notamment par de multiples faveurs consenties aux sociétés pétrolières mais aussi par un programme propre à enchanter ses amis de la droite chrétienne.

Actuellement la séance d’étude de la Bible et les prières au début de chaque conseil des ministres, sont de règle, comme l’obligation d’être au lit à 22 heures à la Maison Blanche ! Et l’influence de l’idéologue conservateur David Frum a conduit Bush, qui avait une certaine indulgence face à l’islam, à la conviction que celui-ci représente un des plus grands dangers du monde. La justification d’une guerre en Irak, explique Frum, serait d’amener l’Amérique à diriger la région comme ne l’a fait aucune puissance depuis les Ottomans, voire les Romains.

Paradoxalement, la totalité des églises chrétiennes américaines, y compris celle de Bush, est opposée à la guerre annoncée contre l’Irak, sauf une : l’église baptiste du Sud, exclusivement blanche et d’extrême droite

Représailles

Les Américains sont des démocrates, des fois, à condition qu’on dise comme eux. Mais si ce n’est pas le cas, ils parlent tout de suite de sanctions, de toutes sortes.

C’est ainsi que le président de la Chambre des représentants, Dennis Hastert, furieux de la position de Paris sur l’Irak, envisage des sanctions contre les eaux minérales et vins français importés aux Etats-Unis (soit 12 à 13 % de la production française)


Dépendance

269,8 millions : c’est le nombre de barils de pétrole encore disponibles aux Etats-Unis, le 7 février 2003. Ces réserves sont à leur plus bas niveau depuis 27 ans, annonce le département américain de l’énergie, et les raffineries pourraient bientôt connaître des problèmes d’approvisionnement.

Actuellement les USA sont dépendants à 52 % de leur consommation totale de pétrole. Leur dépendance devrait passer à 66 % en 2020, les obligeant à importer 60 % de pétrole de plus qu’aujourd’hui. Le seul moyen d’y parvenir est de persuader les fournisseurs étrangers d’augmenter leur production et de vendre davantage aux USA. Or les deux-tiers des réserves énergétiques mondiales viennent des pays du Golfe, pays qui sont instables ou développent de forts sentiments antiaméricains (qu’exacerbe l’occupation de la Palestine par Israël, contrairement aux résolutions de l’ONU, et le soutien des USA à la politique israélienne). La stratégie des USA est donc de prendre le contrôle militaire de ces régions, l’Irak par exemple !

« LA FOLLE : Que cherchent-ils ? Ils ont perdu quelque chose ?
PIERRE : Ils cherchent du pétrole.
LA FOLLE : Curieux ! Qu’est-ce qu’ils veulent en faire ?
PIERRE : Ce qu’on fait avec du pétrole.
De la misère. De la guerre. De la laideur.
Un monde misérable. »

(Jean Giraudoux,
La Folle de Chaillot)


NOTES:

[1] AFP, 5 février 2003. [2] Le Monde, 5 février 2003. [3] Reuters, 30 janvier 2003.