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Irak (09)

Page 989-

(écrit le 12 mars 2003)

La roulette Bush

L’impatience américaine à faire la guerre à l’Irak est stupéfiante. On ne cesse de s’étonner des pressions faites par la diplomatie américaine sur les dirigeants du monde entier, à coups de milliards de dollars pour les uns, à coups de menaces sur les autres, en mettant sur écoutes les pays membres du Conseil de Sécurité, alors que de tous les cotés montent les protestations des peuples, des églises, des économistes, des scientifiques, ...

Quelques exemples parmi tant d’autres :

Les députés turcs ont dit « non » à Bush, refusant aux troupes américaines le droit d’utiliser la Turquie dans le cadre d’une intervention contre l’Irak, et malgré l’intensité des pressions américaines et la promesse de perdre une aide de 34 milliards de dollars censée relever l’économie du pays, qui traverse sa pire récession depuis 1945. La Turquie s’expose également à une sérieuse remise en question du versement, prévu par le Fonds monétaire international, d’une enveloppe de 16 milliards de dollars de prêts. « Maudite pauvreté ! », s’écrie le « Turkish Daily News ». « Si vous êtes riche, avec une économie solide, sans problème pour obtenir des crédits et doté d’une armée forte, alors vous pouvez résister. »

L’enjeu kurde

Le problème est compliqué par la question kurde. La Turquie craint l’instauration d’un Etat kurde autonome à ses frontières, armé par les Américains et contrôlant les ressources pétrolières de Mossoul et de Kirkouk. Quant aux Kurdes, ils ont clairement annoncé lors de la réunion de l’opposition irakienne dans le nord du pays, leur « refus de toute intervention d’une force régionale sur leur territoire ».

« L’impatience de l’administration américaine pour obtenir le soutien turc pourrait conduire le peuple kurde vers un désastre. Un peuple réprimé depuis longtemps par ses voisins et souvent courtisé avant d’être lâché par Washington », note pour sa part le « New York Times ».

Et le « New York Times » de prévenir : « L’administration Bush essaie de convaincre un monde sceptique qu’elle est prête à se battre pour un Irak libre et démocratique. Une affirmation qui sera vite démentie si les Américains abandonnent le peuple kurde. », créant au nord de l’Irak un abcès aussi inguérissable qu’en Palestine.

La planche à billets

D’après le journal « Le Devoir » de Mont-réal, (5 mars), la situation économique des USA est particulièrement inquiétante. L’augmentation prononcée des prix du pétrole a mis sur la paille un nombre sans précédent de camionneurs indépendants en plus de déprimer les consommateurs, ainsi qu’en témoigne la dernière publication sur l’indice de confiance aux USA. La croissance du secteur manufacturier est poussive ; les déficits publics s’annoncent gigantesques ; enfin, comme si cela n’était pas suffisant, le très respecté président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, est inquiet. Il n’est pas le seul.

En effet, plusieurs des pontes de la scène économique se sont répandus sur la place publique pour mettre en question les politiques de Bush en la matière. Et ce, avec d’autant plus d’angoisse dans le ton que l’administration use et abuse de la planche à billets .

Au cours des dernières semaines, l’administration Bush a promis, une somme de 12 milliards à Israël pour qu’il n’intervienne pas dans le conflit. A l’égard de la Jordanie, l’engagement atteint les deux milliards ; l’Égypte recevra des compensations pour le manque à gagner lié à la dépression de l’industrie touristique. Aux membres du Conseil de sécurité qui n’ont pas de droit de veto, comme le Chili ou le Cameroun, la Maison-Blanche a fait miroiter une réduction de tarifs douaniers. À la Turquie, l’éventail des engagements, qui avoisinait les 34 milliards, est appelé à être accru si Bush tient mordicus à ce qu’une seconde motion soit déposée au Parlement turc.

À tous ces pays, il faut ajouter la Russie, dont les USA espèrent une attitude conciliante au Conseil de sécurité. La Russie veut que le contrat d’exploitation du pétrole irakien qui appartient en partie à l’entreprise Lukoil soit reconduit après la chute de Saddam Hussein. Elle veut également que Washington honore en tout ou en partie la dette de huit milliards que l’Irak a contractée dans les années qui ont précédé la chute du mur de Berlin.

Torture en sous-traitance

Selon un officier américain, le gouvernement des Etats-Unis semble être responsable de la mort de deux personnes en Afghanistan, « après des actes de torture », rapporte le « Los Angeles Times », qui cite aussi « des témoignages troublants indiquant que les Etats-Unis disposent d’un centre de torture. Une telle installation aurait été inimaginable il y a deux ans. ».

Sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan, « la CIA a construit un « centre d’interrogation » avec des conteneurs de métal. Et dès 2002 on apprenait qu’elle utilisait des méthodes à l’ancienne, brisant physiquement les suspects, quand ceux-ci ne mouraient pas de manière inopportune. » Selon le quotidien, « la cohérence des rapports est frappante, en particulier ceux d’officiels américains anonymes ». Le journal accuse donc la position de l’administration Bush, qui « a admis publiquement utiliser des « techniques de coercition et de pression » alors que ces méthodes sont inconstitutionnelles ou criminelles sur le territoire américain. »

« The Washington Post » prévient quant à lui du danger que représente l’utilisation de la torture pour combattre la terreur : « La civilisation est menacée non seulement par les terroristes, mais aussi par les moyens utilisés pour lutter contre eux. » « L’administration Bush manque cruellement de prévoyance », estime de plus le « Los Angeles Times ». En effet, « utiliser la torture met en danger chaque soldat qui irait en guerre en Irak ». Finalement, conclut le journal, « les Etats-Unis sont passés d’un pays condamnant la torture à un pays qui sous-traite ce type de services ».

(source : courrier international)

Comme elle l’a fait pour l’Algérie, LA MEE condamne tout acte de torture, où qu’il se passe, quelle que soit la raison invoquée, car la torture est dégradante pour l’homme torturé et encore plus pour le tortionnaire. Employer sciemment les méthodes des « terroristes » c’est justifier le terrorisme en détruisant le sens moral d’une nation.


Point de vue
France / Etats-Unis
L’hypothèse d’une stratégie réussie

Vous y croyez, vous, aux éditoriaux des grands quotidiens et à la propagande sensationnelle et bien orchestrée des journaux télévisés ? Vous y croyez, vous, à l’avis et aux analyses de tous ces journalistes, politologues et autres intellectuels de tous poils ?

Le scénario que l’on nous soumet est pour le moins simpliste à l’extrême. Faites-en un film et ce sera un navet : d’un côté le méchant Bush, profanateur des droits de l’homme les plus élémentaires, qui va jusqu’à mettre les membres de l’ONU sur écoute et, de l’autre, le gentil Chirac qui veut la paix et fraternise avec nos frères musulmans,

Et ça marche. Tout le monde y croit, ou veut y croire : « Les artistes et les intellectuels » - tellement clairvoyants - en premier. Puis les « anti-américanistes » déguisés pour l’occasion en pacifistes, suivis de près par les anti-mondialistes du café du Commerce, les xénophobes convaincus, les antisémites distingués, les immigrés illégaux mais légitimistes et les réseaux mafieux de banlieue.

Bush le méchant, oublieux de Camp David, pris d’une folie meurtrière planétaire et Chirac le gentil qui s’offre une cure de balnéo-démago-thérapie outre méditerranée. Oui, nous finissons par y croire. Et pourtant, nous regardons tous des séries policières au petit écran, nous achetons tous des places de cinéma pour nous offrir les frissons d’un suspens bien ficelé et inextricable, et Agatha Christie reste en tête des ventes de polars. Ainsi nous apprécions les scénarii complexes bâtis sur des ententes interlopes, des alliances souterraines et des intérêts secrets tant qu’il s’agit de fiction. Mais nous reléguons, dans le quotidien et le réel, toute aptitude stratégique dans le grenier de l’imaginaire en estimant que nos « maîtres du monde » - loin de tout machiavélisme - sont incapables d’avoir l’habileté d’un scénariste de B.D., d’un auteur de roman noir au d’un champion de jeux d’échecs.

Face à ces pseudos évidences il est tentant, pour un esprit libre, d’échafauder une autre hypothèse : celle des deux grandes démocraties mondiales, que sont chronologiquement la France et les Etats-Unis, qui demeurent aujourd’hui encore unies, amies, complices et soudées.

Pourquoi ? D’abord parce que nous sommes des partenaires économiques indissociables tant nos intérêts sont imbriqués .

Ensuite, car comme tous les pays occidentaux, nous avons besoin - plus que tout - du pétrole provenant du Golfe Persique.

Et enfin parce que notre ennemi commun et atavique est le Sarrasin. Tant sur notre sol qu’ailleurs. Ce n’est pas un scoop et il ne date pas d’hier,

Alors les deux hommes s’entendent.
Ils s’entendent à la manière des deux policiers qui procèdent à l’interrogatoire musclé d’un suspect de premier ordre. Le méchant, violent, menace, frappe et hurle dans les oreilles. Le gentil offre la cigarette, la bière, console, écoute, tend la main et semble absoudre les fautes non encore avouées.

Et ça marche ! A ce jeu-là, l’interpellé se retrouve toujours inculpé.

Maintenant, prenons un peu de hauteur et regardons à l’horizon. Disons l’horizon 2005. Et vous verrez que le « camp de la paix » sera bien vite réconcilié avec les « Croisés », que l’écho des « bruits de bottes » aura été étouffé dans un silence cotonneux, confortable et bourgeois, que les multinationales des deux rives de l’Atlantique continueront de prospérer de plus belle... que la méthode du « méchant » aura été payante comme celle du « gentil ». La méthode du gentil qui aura permis au passage de favoriser l’entrisme dans les milieux islamistes tout en justifiant une « épuration de bon ton » dans nos rangs d’immigrés par l’extradition de quelques milliers « d’indésirables » - et qu’une partie du monde aura été redessinée à coups de hachoir pour le plus grand profit de nos démocraties occidentales, toutes nationalités confondues.

Mais en attendant, chacun aura tenu son rôle avec application et conviction. Sans fausses notes sur la partition du bien et du mal, c’est à dire du christianisme face à l’islamisme. Allez, bon week-end ! Et que Dieu vous garde puisque In God we trust.

Eliby

La protestation des Prix Nobel
de l’économie

En résumé, l’administration Bush signe chèque après chèque pour rallier le maximum de voix à sa cause. Si les sujets de cette campagne se montrent plus réfractaires aujourd’hui qu’ils ne le furent lors de la guerre du Golfe, c’est que cette dernière a justement valeur d’exemple. Lequel ? Selon les chiffres compilés dernièrement par Business Week, qui n’est pas une revue gauchiste et encore moins antiaméricaine, 70 milliards des 75 milliards que la guerre du Golfe a coûté ont été déboursés par les membres de la coalition de l’époque, principalement l’Union européenne et le Japon. Ils ont déboursé, et tous les contrats sont par la suite allés aux entreprises américaines et britanniques !
Des économistes américains de renom (dont 7 Prix Nobel d’économie) ont pris position mercredi 5 mars contre une guerre américaine en Irak, avertissant qu’elle aurait des conséquences économiques néfastes et accroîtrait les risques d’instabilité et de terrorisme.

Les signataires de cette mise en garde, rendue publique par une fondation new-yorkaise, ont exprimé leurs craintes sur « les tragédies humaines immédiates et la dévastation » que provoquera une guerre en ajoutant qu’elle « pourrait accroître les risques de future instabilité et de terrorisme ».

« La guerre pourrait aussi faire grimper les taux d’intérêt et les prix de l’énergie et entraîner une déprime majeure des consommateurs », ont-ils encore averti.

« Etant donné l’état précaire de notre économie, l’Amérique a besoin que ses dirigeants concentrent leur attention et leurs ressources sur les problèmes économiques intérieurs », ajoutent-ils en estimant que la priorité donnée au secteur militaire irait au détriment de la reprise du secteur technologique mal en point.

« L’administration Bush ne joue pas le jeu avec le peuple américain sur les conséquences économiques potentielles de cette guerre », a affirmé le Pr James Galbraith, de l’Université du Texas à Austin. « Avec sa ruée vers la guerre, elle détourne l’attention du public de problèmes économiques criants que personne ne cherche à résoudre », a-t-il ajouté.