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Irak (11)

Page 991-

(écrit le 19 mars 2003)

Dîtes la vérité, M. Bush !

Dites la vérité au peuple, monsieur le Président, au sujet du terrorisme. Si les illusions au sujet du terrorisme ne sont pas détruites, alors la menace continuera jusqu’à notre destruction complète.

La vérité est qu’aucune de nos nombreuses armes nucléaires ne peut nous protéger de ces menaces. Aucun système « Guerre des étoiles » (peu importe la technique de pointe ni combien de milliards de dollars seront gaspillés dans ces projets) ne pourra nous protéger d’une arme nucléaire transportée dans un bateau, un avion ou une voiture louée.

Aucune arme, ni de notre vaste arsenal, ni un centime des 270 millions de dollars gaspillés chaque année dans notre « système de défense », ne peut éviter une bombe terroriste. C’est un fait militaire. En tant que lieutenant-colonel à la retraite et dans de fréquentes conférences au sujet de la sécurité nationale, j’ai toujours cité le psaume 33, « un roi n’est pas sauvé par son armée puissante, comme un guerrier n’est pas sauvé par son énorme force ».

La réaction évidente est : « Alors que pouvons nous faire ? N’existe-t-il rien que nous puissions faire pour garantir la sécurité de notre peuple » ? Si ! Mais pour entendre cela, il faut savoir la vérité sur la menace.

C’est absurde

Monsieur le Président, vous n’avez pas dit la vérité sur le « pourquoi » nous sommes la cible du terrorisme, quand vous avez expliqué pourquoi nous bombardions l’Af-ghanistan et le Soudan. Vous avez dit que nous étions la cible du terrorisme, parce que nous défendons la démocratie, la liberté et les droits humains dans le monde.

C’est absurde, monsieur le Président.

Nous sommes la cible des terroristes, parce que, dans la plus grande partie du monde, notre gouvernement a défendu la dictature, l’esclavage et l’exploitation humaine.

Nous sommes la cible des terroristes, parce que nous sommes haïs, et nous sommes haïs parce que nous avons fait des choses odieuses.

En combien de pays des agents de notre gouvernement ont-ils chassé des leaders élus par leurs peuples en les remplaçant par des dictateurs militaires, des marionnettes désireuses de vendre leur propre peuple à des groupes américains internationaux ?

Nous avons fait cela en Iran, quand les Marines et la CIA ont déposé Mossadegh, parce qu’il avait l’intention de nationaliser l’industrie pétrolière. Nous l’avons remplacé par le Shah Reza Pahlevi et nous avons armé, entraîné sa garde nationale, la SAVAK, qui a réduit à l’esclavage, brutalisé le peuple iranien, pour protéger les intérêts financiers de nos compagnies pétrolières. Depuis cela, est-il difficile d’imaginer qu’il existe, en Iran des personnes qui nous haïssent ?

Nous l’avons fait au Chili, nous l’avons fait au Viêt-nam. Plus récemment nous avons tenté de le faire en Irak. C’est clair ! Combien de fois l’avons-nous fait au Nicaragua et dans d’autres républiques en Amérique Latine ?

Une fois après l’autre, nous avons destitué des leaders populaires, qui voulaient répartir les richesses de leurs terres pour que le peuple les gère. Nous les avons remplacés par des tyrans assassins, qui vendaient leur propre peuple pour que, moyennant le paiement de sommes énormes pour engraisser leur compte bancaire privé, la richesse de leur propre terre puisse être accaparée par des sociétés telles que Domino Sugar United Fruit Company, Folger et d’autres semblables.

De pays en pays notre gouvernement a obstrué la démocratie, a étouffé et a piétiné les droits humains. C’est pour cela que nous sommes haïs dans le monde et c’est pour cela que nous sommes la cible des terroristes.

Le peuple du Canada jouit de la liberté et des droits humains, ainsi que le peuple de Norvège et de Suède. Avez-vous entendu dire que les Ambassades canadiennes, norvégiennes ou suédoises aient été bombardées ? Nous ne sommes pas haïs parce que nous pratiquons la démocratie, la liberté et les droits humains. Nous sommes haïs parce que notre gouvernement refuse ces choses aux peuples des pays du tiers monde, dont les ressources sont convoitées par nos groupes internationaux. Cette haine que nous avons semée, se tourne contre nous en nous effrayant par le terrorisme, et, dans l’avenir par le terrorisme nucléaire.

Une fois que la vérité a été dite sur les raisons de cette menace et une fois qu’elle a été entendue, la solution devient évidente. Nous devons changer nos pratiques. Nous libérer de nos armes nucléaires (même unilatéralement s’il le faut), améliorera notre sécurité. Changer drastiquement notre politique extérieure, la consolidera.

Au lieu de ...

Au lieu d’envoyer nos fils et nos filles de par le monde, pour tuer des Arabes en vue de prendre possession du pétrole qui existe sous leur sable, nous devrions les envoyer pour reconstruire leurs infrastructures, fournir de l’eau potable et nourrir les enfants affamés.

Au lieu de continuer à tuer des milliers d’enfants Irakiens tous les jours par nos sanctions économiques, nous devrions aider les Irakiens à reconstruire leurs centrales électriques, leurs stations de traitement des eaux, leurs hôpitaux, tout ce que nous avons détruit et ce que nous empêchons de reconstruire avec nos sanctions économiques.

Au lieu d’entraîner des terroristes et des escadrons de la mort, nous devrions faire ouvrir des écoles. Au lieu de soutenir la révolte, la déstabilisation, l’assassinat et la terreur dans le monde, nous devrions abolir la CIA et donner l’argent dépensé pour elle aux organismes humanitaires.

En résumé nous devrions être bons au lieu d’être mauvais. Qui alors essaierait de nous arrêter ? Qui nous haïrait ? Qui voudrait nous bombarder ?

C’est cela la vérité, Monsieur le Président.

C’est cela que le peuple américain a besoin d’entendre.

Bernard LAW ,
archevêque de Boston.


(écrit le 26 mars 2003)

Les infos

Les téléspectateurs du monde entier peuvent voir en temps réel, depuis le déclenchement de l’offensive américano-britannique sur l’Irak, les bombes s’écraser sur Bagdad et les colonnes de chars et de camions américains foncer vers Bagdad. Attention à la manipulation.

Des voix s’élèvent aux Etats-Unis pour souligner les risques et les limites de l’exercice. « Le Pentagone gère les relations publiques de cette guerre comme celles d’une campagne politique » assure Danny Schechter, rédacteur-en-chef du site internet Mediachannel.org, spécialisé dans la surveillance et la critique des médias. « Et toute l’idée d’une campagne politique est de créer des situations dans lesquelles votre candidat va paraître sous son meilleur jour »

« Vous vous identifiez aux troupes, à leurs problèmes, puis naturellement à leur mission. Vous ne pensez plus à la remettre en cause. C’est une orchestration totale. Les militaires ont compris que la télévision a besoin d’images, de personnages et d’histoires. Ils les lui donnent. C’est Hollywood. Un nouveau niveau de manipulation. Cela permet de fournir des images superficielles, patriotiques, des troupes faisant leur boulot, voire des troupes ayant l’air victorieuses »

Tant pis si la réalité est plus cruelle. Les morts vous ne les verrez pas. La guerre devient un jeu vidéo virtuel.


Un pays dévasté d’avance

La guerre a commencé jeudi 20 mars 2003 à 3h35 (heure française). Les Etats-Unis sont forts de 255.000 hommes, appuyés par plus de 700 avions, des hélicoptères, des navires et des chars. La Grande-Bretagne a mobilisé de son côté dans la région quelque 45.000 soldats.

Des manifestations géantes, le soir même et les jours suivants, ont marqué les protestations contre cette guerre, mais aussi contre Saddam Hussein, en faveur du peuple irakien qui « même en temps de paix vit déjà l’enfer »

Au moment où commence cette nouvelle guerre, il est utile de dresser un bilan de la guerre et après-guerre du Golfe de 1991 : selon l’Unicef la dégradation des conditions de vie générée par l’embargo a provoqué la mort d’au moins 500 000 enfants irakiens de moins de 5 ans. Le taux de mortalité infantile qui était de 50 pour 10 000 naissances en 1998 est remonté à 125 pour 10 000 en 1998. La disponibilité alimentaire a subi une chute de 33 %. L’agriculture et la plupart des infrastructures sont dans un état de délabrement avancé.

La faute à Saddam ? même pas ! La distribution des aliments est correcte, selon les experts, coordinateurs humanitaires de l’ONU. Mais il se trouve que de nombreux produits sont interdits à l’Irak, sous prétexte qu’ils pourraient être détournés pour l’industrie de l’armement : des médicaments de base sont interdits (chimie suspecte), des pièces de rechange pour l’épuration des eaux, et même les crayons à papier parce que le carbone pourrait servir à des revêtements anti-radars pour les avions ! Un pays dévasté, à l’avance.

(source : le livre l’Irak assiégé, conséquences mortelles de la guerre et des sanctions, de Anthony Arnove, éditions Parangon, 248 pages, 18 euros) (et Politis du 20 mars 2003)


Dégâts collatéraux

« Les guerres sont d’énormes machines à simplifier » affirme le journaliste Dominique Le Guilledoux. Simplification des discours des dirigeants et de la propagande des Etats, certes. Mais du côté des victimes ? Une des situations les plus complexes de cette guerre est celle des Kurdes, pris en tenaille entre l’Irak et la Turquie.
Le passé récent de ce peuple est dans toutes les mémoires : à la fin des années quatre-vingt, les bombardements chimiques de Saddam Hussein, toujours leur hantise aujourd’hui. En 1991, la fuite éperdue d’un million et demi d’hommes et de femmes, parfois des enfants morts dans les bras : tous refluent vers la Turquie par les montagnes, sous la neige, talonnés par Saddam venu réoccuper les villes kurdes qui se sont soulevées pendant la guerre du Golfe.

Depuis dix ans, un calme relatif régnait, au moins dans le territoire autonome kurde qui se trouve entre Turquie et Irak. Mais aujourd’hui, voilà les Kurdes entre l’enclume et le marteau : des milliers de civils habitant en Irak ou sur la ligne de démarcation entre l’Irak et le territoire autonome kurde fuient les soldats irakiens. Mais de l’autre côté, voilà que les Turcs, affirment qu’ils doivent entrer en Kurdistan pour « défendre des intérêts nationaux ». Que doivent faire les combattants du Kurdistan autonome, empêcher les Turcs d’entrer chez eux ou tourner leurs armes vers l’Irak pour protéger les populations en fuite ?

La télévision, vendredi 21 mars, affirmait qu’ils ont décidé de diriger leurs armes vers la Turquie et vers l’Irak ... Il paraît que Bush a mis en garde les Turcs contre une volonté de puissance unilatérale...


Résistance... et finance

La coalition anglo-américaine, malgré le déluge de bombes sur Bagdad, se heurte dans le Sud à la résistance de l’armée irakienne notamment dans la ville portuaire d’Oum Qasr. Le scénario rêvé, celui d’une armée arrivant en libératrice les bras chargés de vivres, sous les vivats des Irakiens d’en-bas, est loupé.

Les unités qui remontent vers Bagdad, à travers le désert irakien, se sont heurtées en plusieurs autres endroits à une résistance inattendue de l’armée régulière irakienne. Avec ironie le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan a affirmé « Nous leur avons permis de se promener dans le désert mais toutes les villes (d’Irak) résisteront » à l’offensive américano-britannique.

Les forces en présence sont très inégales : pour la seule journée du 21 mars, selon le Pentagone, il a été fait usage de 1500 missiles de croisière et bombes guidées avec précision, depuis une trentaine de points de lancement diversifiés : appareils basés au sol en Angleterre, pour les bombardiers B-52, et dans le Golfe, avions embarqués, frégates et sous-marins lanceurs de Tomahawk. Sur ce total d’armement, 320 missiles et bombes ont atteint Bagdad et ses faubourgs.

Du côté des marchés financiers, tout va bien : la bourse américaine a réalisé sa meilleure performance hebdomadaire depuis plus de 20 ans, les investisseurs saluant le début de l’offensive américano-britannique en Irak. Cela montre, jusqu’à la caricature, à quel point les financiers sont déconnectés des besoins humains et sociaux.