Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Pays (international) > Irak > Irak (13)

Irak (13)

Page 993 -

(écrit le 9 avril 2003)

« L’Etat capitaliste considère la vie humaine comme la matière première de la production du capital. Il conserve cette matière tant qu’il est utile pour lui de la conserver. La guerre n’est pas une catastrophe, c’est un moyen de gouvernement. On ne peut tuer la guerre sans tuer l’Etat capitaliste » (Jean Giono).

Bagdad est sous un déluge de bombes et la stratégie américaine de Shock and awe (choc et épouvante) s’applique avec les effets meurtriers que l’on sait. Entre-temps, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne se sont réunis à Bruxelles jeudi 20 et vendredi 21 mars 2003 pour discuter des suites de la stratégie de Lisbonne (nous y reviendrons) et de ce qu’on appelle pudiquement « la crise irakienne ».

Monsieur de la Palice

La « crise irakienne ». Là dessus, les différents médias ont mis en relief la froideur de la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement européens appartenant aux deux camps « opposés » : celui de la paix et celui de la guerre. On ne peut pas nier que le regard échangé entre MM. Chirac et Blair a été glacial. Ceci ne les a pas empêchés de se trouver un socle commun d’entente pour l’avenir. Alors que la légalité internationale est bafouée par les Etats Unis, la Grande Bretagne et l’Espagne et que certains dirigeants européens comme Chirac et Schroder prétendent encore la défendre, les personnes « raisonnables » qui composent le Conseil européen se sont rencontrées pour reconnaître « qu’avec le début du conflit militaire, nous nous trouvons devant une nouvelle situation ». (M. de la Palice n’est pas mort !) et pour manifester leur espoir que « le conflit s’achève avec un minimum de pertes de vies humaines et de souffrance ». C’est ce qu’on dit à une personne qui va entrer en salle d’opération.

L’intervention de la « coalition » en Irak, qui constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies et un acte de terrorisme (d’après la définition que donne de ce terme le département de la défense des Etats Unis) , devient un acte chirurgical. Cette intervention armée, analogue à celle d’un champion de boxe avec un enfant de maternelle, est contemplée d’une perspective neutre qui permet aux deux camps de se rejoindre en reconnaissant que leurs différends sont de l’ordre des formes et de la méthode, mais ne portent pas sur le fond.

Diafoirus et Cie :
la saignée et le scalpel

En effet, la France, l’Allemagne et tous les partisans de la méthode Onusienne ont toujours voulu imposer un changement de régime en Irak tout autant que les membres du camp de la guerre. La méthode proposée initialement a été le maintien des sanctions et la poursuite d’inspections que tout le monde savait inutiles, parce que l’Irak, à en croire l’ancienne équipe d’inspecteurs, n’était plus en possession d’armes interdites dans une quantité qui pût représenter le moindre danger. Or, s’il est possible de démontrer l’existence d’une chose, il est tout simplement impossible d’en démontrer de façon concluante l’inexistence.

On sait, d’autre part, quel a été l’effet des sanctions sur l’Irak : plus d’un million de morts par manque de médicaments essentiels et d’aliments de base.

En ce début d’année 2003, les docteurs de l’équipe Chirac-Schroder et ceux de l’école Bush-Blair ont proposé des remèdes différents : les premiers (dans la tradition des médecins de Molière : vieille Europe oblige) proposaient la saignée, leurs confrères anglo-saxons, plus énergiques et moins patients, manifestaient leur foi dans les vertus du scalpel. Le but était le même : liquider le seul Etat arabe encore en mesure de tenir tête aux Etats Unis et à leur satellite israélien.

Après des mois de débats, l’équipe dirigée par Bush a pris les devants et a commencé son intervention sans compter sur l’avis des autres et en dehors de l’institution médicale. L’Union Européenne constate la situation et souhaite bonne chance et peu de souffrances au malade. Il s’agit donc de transformer l’Irak malade en un corps « sain » prêt à s’inscrire dans la mondialisation heureuse.

Souverain ?

Quelques mesures s’imposent ainsi pour que le « patient » ne s’expose pas à trop de risques.

1. Tout d’abord, d’après la déclaration de l’Union Européenne : « L’UE manifeste son engagement en faveur de l’intégrité territoriale, la souveraineté, la stabilité politique et le désarmement complet et effectif de l’Irak dans tout son territoire et pour le respect des droits du peuple irakien, y comprises toutes les personnes qui appartiennent à des minorités ».

On se demande comment ces nobles intentions pourront être menées à terme sous les bombes et l’occupation étrangère, comment les « droits du peuple irakien » vont être respectés alors que son droit fondamental à l’auto-détermination est violé par les agresseurs.

On se demande également comment un Irak entièrement désarmé pourra maintenir sa « souveraineté » dans un environnement géopolitique marqué par les ambitions de la Turquie et de l’Iran sur son territoire et ses richesses pétrolières. La marge de décision « souveraine » du peuple irakien se réduit dans ces circonstances à l’application stricte des diktats des Etats Unis et de leurs « alliés ».

Quant aux minorités, notamment les Kurdes, elles ne se font déjà plus d’illusions quant à la chute éventuelle de Saddam qui ouvrira grande la porte à une occupation turque encore plus brutale et bien sûr liquidera le régime d’autonomie de fait dans lequel ils ont vécu ces dix dernières années. Si la majorité de l’Irak est vouée à se transformer en une version à grande échelle de la Palestine occupée, les Kurdes d’Irak peuvent s’attendre à être traités comme leurs frères de Turquie dont l’identité et même l’existence comme peuple est niée par Ankara qui les considère des « Turcs des montagnes ».

Garde malade

2. Le rôle des Nations Unies est redéfini. Cette institution avait pour rôle de prévenir les conflits et de résoudre les litiges internationaux par des moyens pacifiques. Désormais pour les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne, le « rôle central que doit continuer à jouer l’ONU » se réduit à coordonner l’assistance dans la période après-conflit, en somme dans le cadre général de l’aide humanitaire et de la reconstruction dans l’après-conflit.

3.. La phase post-opératoire s’annonce dangereuse, puisque l’Union Européenne s’attend à ce que le conflit donne lieu à des « besoins humanitaires importants » auxquels elle se dispose à répondre, notamment en maintenant le programme « pétrole contre nourriture » qui est directement lié à l’embargo contre l’Irak et à ses conséquences qui peuvent être qualifiées de génocidaires. Ce programme « humanitaire » dont on demande le maintien a empêché l’Irak d’importer notamment du chlore pour ses stations d’épuration d’eau et des médicaments de première nécessité.

Mondialisation heureuse

4. Finalement, l’Union Européenne se propose de « contribuer aux conditions qui permettront à tous les Irakiens de vivre dans la liberté, la dignité et la prospérité sous un gouvernement représentatif qui sera en paix avec ses voisins et deviendra un membre actif de la communauté internationale ». La normalisation du régime irakien obtenue par la force et en violation du droit international devient l’objectif commun de tous les membres de l’UE, camp de la paix compris.

Une fois la démocratie « instillée » en Irak, ce pays pourra être soumis aux mécanismes de « création de la prospérité » (?) qui ont été développés depuis les années 80 par le FMI (fonds monétaire international), la Banque mondiale et l’OMC (organisation mondiale du commerce) : les plans d’ajustement structurel, la liquidation de tout reste de service public, la spirale de la dette moyennant laquelle les ressources pétrolières et autres seront pompées à bas prix par les compagnies de la « coalition ». Quant à la liberté politique sous l’occupation étrangère, les Irakiens peuvent en avoir un avant-goût en contemplant le sort du peuple Palestinien.

Dans ces conditions, est-il étonnant qu’ils préfèrent une dictature à la domination coloniale ?

A partir d’une analyse de John Brown johannesbrown@hotmail.com

(extrait du « Grain de Sable », courriel d’information d’ATTAC)


Barbara

BREST, 70 000 habitants en 1943, entièrement détruite par les bombardements américains.

SAINT NAZAIRE, 40 000 habitants en 1943, entièrement détruite par les bombardements américains.

BAGDAD, 5 000 000 habitants en 2003, entièrement détruite par les bombardements américains.

Rappelle-toi Barbara !
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là_
Et tu marchais souriante, épanouie
Ravie, ruisselante sous la pluie
Rappelle-toi Barbara !
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara !
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi,
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas,
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante, ravie, épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara !
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara !
N’oublie pas cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara quelle connerie la guerre !
Qu’es-tu devenue maintenant ?
Sous cette pluie de fer
De feu, d’acier, de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort, disparu
Ou bien encore vivant ?
Oh Barbara ! Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer, d’acier et de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien. Jacques Prévert


Relevé dans Marianne du 24 au 30 mars 2003 : « Les Etats-Unis ont fait savoir que tout officier supérieur irakien qui résisterait à l’invasion serait passible de poursuites pour crime de guerre (...). Les officiers supérieurs américains, eux, ne risquent rien, puisque les Etats-Unis ont exigé que, même en cas de constitution d’une juridiction pénale internationale, leur soit reconnue une totale impunité ». Et ceci n’empêche nullement les Américains qui, faut-il le rappeler, sont les agresseurs et ont déclenché une guerre illégale, de se réclamer des règles du droit de la guerre . JG

Terroristes

Le traitement des prisonniers divise les coalisés. Le lieutenant colonel anglais Tim Collins, abordant le sort des prisonniers de guerre irakiens, a déclaré à ses soldats : « Lorsqu’un combattant ennemi se rendra, souvenez-vous qu’il a des droits au regard de la loi internationale et assurez-vous qu’il pourra un jour retourner chez lui auprès de sa famille ».

Ce qui pose problème aux coalisés, c’est le sort qu’ils doivent réserver aux combattants ne faisant pas partie de l’armée régulière irakienne. Selon le ministère britannique de la défense, ils doivent être traités comme les soldats réguliers. C’est aussi la position que soutient le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), conformément à la convention de Genève qui s’applique à quiconque porte des armes, qu’il soit ou non un soldat régulier.

L’armée américaine a une position différente, qui se reflète déjà dans le vocabulaire. Dès les premiers jours de la guerre, les généraux alliés ont cessé d’utiliser le mot arabe « fedayin », trop valorisant, qui désigne « les volontaires prêts au sacrifice ». Ils préfèrent parler des : « combattants illégaux » - formule qui a déjà été utilisée à propos des talibans afghans et des membres du réseau terroriste Al-Qaida - ou plus durement encore : « escadrons de la mort terroristes ».

Surtout, les Américains semblent tentés de séparer les prisonniers de guerre « légitimes » et les autres. Ces derniers pourraient alors rejoindre à Guantanamo Bay les 660 « combattants illégaux » détenus sans inculpation ni jugement.

Une chose est sûre : les prisonniers aux mains des Américains ne comparaîtront pas devant la Cour pénale internationale, puisque Washington n’a pas ratifié le traité qui a créé ce tribunal.

Faut-il rappeler de mauvais souvenirs ? Un document extrait d’un tract distribué par les Allemands et les miliciens pro-nazis, au lendemain de l’attaque du Maquis de Saffré. Il dit : « Jeunes Français, prenez garde : les lois internationales prescrivent : les Francs-Tireurs ne sont pas considérés comme des soldats d’une troupe régulière. L’arrestation de ceux-ci entraîne pour eux le peloton d’exécution » (tiré du livre Le Maquis de Saffré, par A. Perraud-Charmantier, 1947, page 151).

Les Résistants, Francs-Tireurs, Maquisards et Partisans, pendant la guerre de 1939-45, n’étaient pas des soldats de l’Armée régulière. Le général américain Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, a déclaré : « Les actions matérielles de la Résistance Française ont pu raccourcir la guerre de neuf mois ».