Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > CCAS (action sociale) > Nomades : Philippe, au pas de ses chevaux

Nomades : Philippe, au pas de ses chevaux

Ecrit le 29 avril 2009

Philippe Gatineau chemine .....

JPEG - 33.2 ko
La roulotte de Phil

Dans l’herbe verdoyante de la forge de Bernard Bresnu, à Saffré, il y a une vieille roulotte, 14 ans d’âge. Philippe Gatineau, voyageur, y séjourne depuis quelques jours, avant de repartir par les chemins, accompagné de son chien, au pas de ses chevaux.

42 ans, il s’occupe de chevaux depuis l’âge de 12 ans, au point d’avoir monté un petit centre équestre. « Mais les paysans reprenaient leurs terres, je n’avais plus de quoi faire évoluer mes chevaux et en même temps je refusais de m’en séparer ».

D’où l’idée de partir, avec eux :
un entier Django, andalou
une jument de trait breton, Héol
Et Patience, une de ses filles.

« Celle-là est un peu caractérielle, c’est pourquoi je la garde avec moi. Elle sait fort bien arracher, avec les dents, le piquet de fer auquel est attachée sa chaîne. Elle sait aussi ouvrir les barrières ! ». Pour elle, Philppe cherche un mâle car, Django, pas question, pour ne pas risquer la dégénérescence de la race !

JPEG - 235.9 ko
Philippe et sa jument

Du tube, du contreplaqué, Philippe a construit sa roulotte en 1995, à l’ancienne, et l’a peinte en bleu. Elle est encore à traction animale. Elle a perdu l’aspect pimpant de ses origines, mais elle est encore relativement confortable. « Je ne suis évidemment pas relié à EDF. Je dispose d’un capteur solaire qui me fournit l’électricité dont j’ai besoin ». La roulotte est chauffée avec un poêle à bois. "L’hiver, si j’oublie de l’étouffer, il peut y avoir 30° à 40° à l’intérieur ».

Au fond, un lit. Sur les faces latérales : un coin évier, une gazinière et des placards. Rien que du fait main, pas de formica des marchands de meubles. Pour se laver : un seau, dehors. En guise de table : une planchette avec charnières, dehors, retenue par des courroies, qu’on peut replier si nécessaire. Un siège de tracteur, fixé sur des pieds, sert de tabouret.

« Mes parents avaient déjà des chevaux. Moi je voulais partir en voyage. La roulotte c’est seulement pour m’abriter lors des intempéries. Je suis parti, pour un an. Pour voir. Et cela fait maintenant 14 ans ».

Philippe est célibataire. Une copine de temps en temps. Et beaucoup d’amis de rencontre.

JPEG - 31.4 ko
Philippe Gati
JPEG - 180.4 ko
Philippe Gati

« Avec mes chevaux, je chemine lentement. Souvent je marche à côté d’eux. Chaque dizaine de kilomètres est déjà un long voyage. L’hiver je bouge moins, je vais de terrain en terrain. L’été, je pars à l’aventure, souvent sur la côte. Je m’arrête dans un coin sauvage, à proximité de la mer, et je vais faire du canoë » (l’engin est fixé sur le toit de la roulotte).

A part l’hiver, Philippe délaisse les aires aménagées. Il préfère un bout de chemin herbeux. « Si je peux, j’attache les chevaux pour qu’ils puissent brouter de l’herbe. Si ce n’est pas possible, je sors ma faux, et je coupe ce qui est nécessaire pour eux. Je ne leur donne quasiment jamais d’avoine, car c’est trop cher. Quand je leur en donne, ils deviennent fous de gourmandise et je ne les tiens plus : ils en réclament encore ! ».

C’est au hasard de ses rencontres  , ou par le bouche à oreille, que Philippe trouve un bout de terrain. « Les gens m’arrêtent sur la route pour discuter et me proposent un endroit pour la soirée. Souvent je vois venir le maire ou la police, mais quand j’annonce mon départ pour le lendemain, nul ne me fait d’ennuis ».

Quelquefois, il reste plus longtemps, quand il y a un petit travail à faire : couper du bois, réparer ou fabriquer une petite charrette en fer, jardiner, débroussailler. Dans ce cas il se rend lui-même à la mairie pour prévenir de son séjour et présenter son carnet de circulation. « Entre autres travaux, on me confie des chevaux, pour une quinzaine de jours, le temps de les débourrer.

Je les attelle à la roulotte, et je reprends la route avec eux, pour les socialiser. Je leur apprends à supporter le harnais, à obéir à la voix, à manœuvrer à droite, à gauche ».

Philippe est allé à l’école, il sait lire et écrire. Il vit du RMI, moins de 400 euros par mois et, manifestement, n’a pas de gros besoins. La roulotte ne respire pas la richesse. Pas de télévision, pas d’ordinateur, juste un téléphone portable et un scooter qu’il transporte dans une petite remorque. Celle-ci peut être attelée à un cheval pour aller faire des courses. Elle héberge aussi la chèvre (qui donne du lait), le coq (majestueux !) et les quatre poules qui donnent des œufs frais. « La tradition nous dit voleurs de poules ! Moi j’ai les miennes, avec moi ».

Les relations avec les autres sont très bonnes. « Les autres voyageurs, avec leur voiture et leur caravane, ils envient un peu ma liberté. Ils se rendent compte de ce que cela leur coûte et de la tranquillité qu’ils ont perdue. Ils ne se posent plus aux mêmes endroits qu’avant ».

JPEG - 112.2 ko
La roulotte de Phil
Dernier cri

Avec ceux qu’on appelle « les Gadgés » « je n’ai aucun problème. Je ne me souviens pas d’avoir été viré une seule fois. Quatre vingt-dix pour cent des gens viennent me voir. On discute ! ».

Pourtant, une fois, un voisin a posé une caméra de vidéo-surveillance sur son toit. En principe pour surveiller ses camions. En réalité la caméra était braquée sur le champ où stationnait Philippe qui en rit encore : « C’était juste en direction du coin où j’avais mis ma chèvre. A chaque fois que celle-ci bougeait, la caméra enregistrait. S’il y avait un gars derrière un écran, il a dû devenir chèvre pendant 3 jours ».

« Ce qui me gêne le plus : les automobilistes qui, derrière moi, font vroum, vroum. Plus ils vont vite et plus ils sont pressés ! Je les sens piaffer. S’ils respectaient un peu plus leur mécanique, ils s’en porteraient aussi bien et ils ne feraient pas preuve d’autant d’agressivité ».

La crise, Philippe la sent : « Tout est plus cher, mais il reste pas mal de petits boulots, de coups de main dont les gens ont besoin et qui n’intéresseraient pas les artisans. Et qui, moi, me permettent d’échanger mon travail contre de menus services, quelques légumes du jardin et parfois une tournée de machine à laver... ».

Philippe est un solitaire mais il apprécie les échanges humains. Une belle rencontre.

Tziganes, mes amis des âpres mélodies
Pourquoi vos chants en pleurs, vos cris
Griffent-ils si souvent au même endroit l’inquiétude ?

Tziganes, mes amis Tziganes, qui jouez
Le déroulement lent des routes qui vous refusent
Les bruits épars de la plaine qui vous chasse
Le crime, la haine, la honte du peuple qui vous a tués

Tziganes mes amis, tzigane smes frères
A Dachau, à Auschwitz nous sommes morts ensemble
Tziganes jouez encore, jouez vite le thème étincelant.

L’alouette danse, les flammes dansent
Je veux oublier, Tziganes, notre nuit
Elie Benacher
Rescapé d’un camp nazi