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Amiante-02. Le rapport du Sénat

270 morts par jour, le rapport du Sénat

Ecrit le 19 mai 2004 :

Amiante

La commission Accidents du Travail qui s’est réunie le 10 mai 2004 aux Chantiers de l’Atlantique a donné son feu vert pour que la date de fin d’exposition à l’amiante passe de 1982 aujourd’hui, à 1996, pour les salariés d’Alstom Marine. Cela permettrait à 850 salariés de partir en retraite d’ici 2005.

Selon la CGT, cette décision est justifiée. Elle était même demandée depuis 3 ans mais le patronat ne voulait pas en entendre parler alors même que 14,5 % des personnes en cessation anticipée d’activité amiante décèdent avant l’âge normal de départ en retraite.

Qu’est-ce donc qui motive la soudaine sollicitude du patronat ? Selon la CGT, les 850 salariés concernés ne seraient pas remplacés. « En janvier 2002, l’effectif était de 5184 salariés. Il est actuellement de 4205. Après 850 départs non remplacés, cela conduirait l’effectif à 3355 salariés. L’amiante ne doit pas servir pour déguiser un plan social »


Ecrit le 3 novembre 2005

 Le rapport du Sénat

Plus de 35.000 décès entre 1965 et 1995. « Soixante-mille à 100.000 morts sont attendus dans les 20 à 25 ans à venir, en raison du temps de latence de 30 à 40 ans du mésothéliome (cancer de la plèvre, NDLR), auquel il convient d’ajouter environ 10% des 25.000 cancers du poumon déclarés chaque année » :
le rapport de la mission du Sénat, rendu public le 26 octobre 2005, se montre sans complaisance envers les responsables de cette catastrophe sanitaire : l’Etat, les industriels de l’amiante et les employeurs dans cette « épidémie inéluctable et irréversible de cancers ».

Le Sénat accuse l’Etat « d’inertie et de gestion défaillante » du risque amiante face à « une menace connue de longue date ». « Dès 1906, le lien entre expositions aux fibres d’amiante et survenue de décès professionnels est clairement établi. » mais c’est surtout à partir de 1965 que, selon le professeur Claude Got, expert en santé publique, il était possible de prévenir correctement le risque amiante. Pourtant, l’amiante n’a été reconnu cancérigène en France qu’en 1977 et son usage n’a été interdit qu’en 1997.

Vingt à trente ans de perdus, 35 000 décès dans cette période et combien de salariés mis en péril ? L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que 100.000 personnes mourront chaque année dans le monde en raison de l’utilisation de ce matériau. 270 morts/jour

Du côté des industriels, il y avait volonté de prolonger l’utilisation de l’amiante, matériau de faible coût, très utile pour sa résistance à la chaleur et au feu et pour son caractère imputrescible. Ce « magic minéral » a même la possibilité d’être filé et tissé pour en faire des vêtements.

Un Comité permanent amiante (CPA), composé d’industriels, de scientifiques, de partenaires sociaux, de représentants des ministères, n’a été créé qu’en 1982 . Il a su « convaincre certains scientifiques de se joindre à ses travaux et, ce faisant, de lui fournir une caution incontestable ». Le Sénat qualifie ce comité de « modèle de manipulation »

Le rapport épingle également le « silence » de la médecine du travail. Il observe ainsi que « certains médecins du travail, confrontés à des cas de cancer du poumon dans la réparation navale au milieu des années 80, n’avaient même pas émis l’hypothèse que l’amiante pouvait être la cause de la maladie ».

Le risque d’exposition et de contamination est toujours d’actualité. « Les ouvriers de ’second œuvre’ dans le bâtiment (électriciens, plombiers, couvreurs, chauffagistes...), les personnels d’entretien et de maintenance, (...) les salariés des entreprises de désamiantage, dont les trois quarts ne respecteraient pas les obligations de sécurité, les ouvriers du BTP travaillant sur les terrains amiantifères de Bastia et du nord de la Haute-Corse, sont encore aujourd’hui exposés », selon le rapport.

 L’indemnisation des victimes
va coûter 27 à 30 milliards
d’ici les 25 ans à venir.
Mais aucune indemnisation
ne remplacera les salariés
morts prématurément.

La commission du Sénat a émis 28 propositions dont la plupart resteront sans doute des vœux pieux, comme celle d’engager « une réflexion sur le statut des médecins du travail »

La commission constate en effet que le poids des intérêts industriels freine l’évolution de la réglementation concernant les produits chimiques. C’est le cas en particulier pour la proposition de règlement européen REACH qui semble bloquée à Bruxelles par le lobby des industries chimiques.

Un exemple : M. Henri Pézerat (toxi-cologue, directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique) a rapporté le cas d’une entreprise où le nombre de cancers du rein est en nette augmentation : « Cette entreprise appartenait précédemment à Rhône Poulenc. Elle fabrique, notamment sous forme de vitamines A et E, des compléments alimentaires pour les animaux ».

Alerté par le CHSCT (comité hygiène et sécurité) de l’usine, M. Pézerat a demandé en vain à la direction de l’entreprise de remplacer la molécule incriminée par une molécule moins nocive, conformément à la réglementation en vigueur : « Personne ne m’a appuyé, qu’il s’agisse du médecin, de l’inspecteur du travail ou de la direction de l’entreprise », cette dernière ayant justifié sa décision « en évoquant le coût trop élevé d’une telle mesure ».

Alors que l’entreprise a été rachetée par des fonds de pension américains, qui « estiment prioritaire le rendement immédiat », les salariés restent aujourd’hui exposés. « J’ai alerté mes collègues du Centre international de recherche sur le cancer de Lyon. L’Institut de veille sanitaire a également été alerté », a précisé M. Pézerat. En vain ! Les intérêts industriels priment la santé des travailleurs. Un travailleur perdu, dix de retrouvés. Mais le fric perdu, ça .....!

 Minuscules

En moyenne, une fibre d’amiante est 400 à 2.000 fois plus petite qu’un cheveu humain et n’est pas décelable à l’oeil nu dans le mouvement des poussières.

Ces fibres, indestructibles, peuvent pénétrer jusqu’au fond de l’appareil respiratoire, c’est-à-dire jusqu’aux alvéoles par lesquelles s’effectuent les échanges gazeux entre l’air et la circulation sanguine.

L’amiante inhalé peut provoquer des asbestoses et des atteintes pleurales bénignes, mais surtout deux complications redoutables : les cancers du poumon et les mésothéliomes.

Cette dernière maladie apparaît en moyenne trente à quarante ans après le début de l’exposition. Elle est mortelle et la plupart des patients meurent dans l’année suivant le diagnostic de cette affection

Le rapport du Sénat peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.senat.fr/ rap  /r05-037-1/r05-037-1.html


3 nov. 2005 -

JP_Boucher

 Permanence amiante

Une permanence amiante a lieu tous les premiers jeudis du mois, 14 à 17 h salle Ernest Bréant ou 02 40 07 02 63.

« Nous recevons surtout les salariés de Focast, mais aussi ceux des garages des environs » « A la Focast, il y avait de l’amiante pour protéger les salariés de la chaleur des cubilots. Nous utilisions aussi des plaques d’amiante que nous posions à mains nues sur les culasses destinées aux Chantiers de l’Atlantique, qui avaient besoin de se refroidir lentement ». Trois morts ont été reconnus « amiante ». Mais pour l’instant la Caisse d’assurance-maladie ne veut pas reconnaître cette situation, ce qui empêche des salariés âgés de plus de 50 ans, ayant souvent 25 à 30 ans de fonderie, de partir en pré-retraite. Un appel a été fait au tribunal administratif qui doit rendre réponse début novembre.

Dans les garages aussi, avec les plaquettes de freins, les salariés ont largement manipulé l’amiante. Mais souvent les médecins ne prêtent pas attention à cette circonstance même quand il y a des plaques pleurales. [pour en savoir plus : http://www.inrs.fr/htm/amiante_l_essentiel.html].

« Lors des permanences, nous conseillons les travailleurs, nous les aidons à monter leur dossier amiante » dit Jean Pierre Boucher. Pour lui le rapport du Sénat devrait donner davantage de pouvoirs à la médecine du travail et mettre l’accent sur la prévention, par l’étude des matériaux utilisés dans les processus industriels.

Le rapport du Sénat, octobre 2005