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Graine de curieux

Page1481 - voir aussi page 2094et page 1939

(écrit le 23 janvier 2002)

Récolte compromise ?

Les élections de mars 2001 ont laissé des traces douloureuses à Pouancé (relire La Mée du 9 mai 2001) : Jean-Claude ROGER, adjoint au maire, non réélu, vient de démissionner de ses responsabilités du festival « Graine de Curieux ». D’aucuns diront : le festival et la politique, ça n’a rien à voir, on voulait bien de lui comme responsable du festival (quelqu’un qui fait le boulot, c’est si commode) mais pas comme élu. Lui, il ne conçoit pas une telle séparation, et s’il n’a pas démissionné plus tôt, c’est parce que le festival 2001 était sur les rails, et qu’il n’a pas voulu briser son élan.

Mais le festival est passé et s’est bien passé. A d’autres maintenant de prendre les rênes. « Je considère que j’ai été désavoué par rapport à ce que j’ai fait. Mais je suis content d’avoir été battu en ayant réalisé mon programme, en ayant rempli mon contrat, contrairement à ceux qui font des promesses sans les tenir » dit-il.

Arrivé en 1983 à Pouancé, Jean-Claude Roger, technicien à France Télécom, a été rapidement élu Président de l’Amicale Laïque, avec le projet d’en faire une véritable association socio-culturelle. Il a commencé par ouvrir la bibliothèque à tous les enfants, à ceux de l’enseignement privé comme à ceux de l’enseignement public.

Il a fait venir, dans cette petite ville de Pouancé (3450 habitants), à partir du premier festival « Graine de curieux » en 1985, des personnalités connues du monde des livres ou du spectacle : Yves Robert pour « La guerre des Boutons », Martin Gray, Jules Mougin, Jacques Higelin, Alain Leprest, Francesca Solleville, Gérard Pierron, Georges Moustaki, et tant d’autres.

Le festival « Graine de curieux » était, sous son impulsion, un festival de découvertes multiculturelles : danse, jazz, classique, rock, expositions d’art moderne, soirées-cabaret, comedia dell’arte, spectacles pour enfants, rencontres   avec des auteurs, etc, avec ouverture sur le monde (anniversaire de l’abolition de l’esclavage, par exemple), carrefour d’énergies, carrefour d’initiatives.

Et le festival a « marché », rayonnant assez loin de Pouancé. La reconnaissance est venue « par en-haut » mais les Pouancéens ont boudé ; « On » leur avait dit que la culture ça coûtait cher, ils l’ont cru, sans voir que la renommée n’a pas de prix, sans comprendre que l’éveil de l’esprit des enfants, à la culture, est un investissement à long terme, une ouverture qui ne peut que rejaillir positivement dans tous les domaines de la vie sociale, économique et politique.

Les Pouancéens ont rejeté Jean-Claude ROGER et la diversité de ses initiatives culturelles.

Jean-Claude ROGER, laisse donc à d’autres la responsabilité de continuer, ou non, « Graine de Curieux ». Il ne déserte cependant pas le terrain culturel, puisqu’il s’est investi dans l’association « Fonds de Terroir » qui a lancé Patrick Cosnet sur les scènes nationales (et deux fois au festival d’Avignon) et qui a fait de la ferme de l’Herberie   un lieu de rencontre et de convivialité désormais incontournable sur la région de Pouancé-Châteaubriant.

Cela ne l’empêche pas d’être inquiet sur l’avenir de la culture en milieu rural. Le festival « Graines d’Automne » saura-t-il, sur Nozay, prendre le relais de Pouancé ?

En tout cas, on ne peut que regretter le départ d’un animateur culturel, capable de dénicher des spectacles sortant du conformisme culturel élitiste et de susciter l’enthousiasme de jeunes talents, autour d’un festival centré sur l’innovation et la convivialité.


Sa démission comme responsable du Festival « Graine de curieux » à la suite des élections municipales de mars 2001 a amené Jean-Claude ROGER à réfléchir sur la politique d’aménagement culturel du territoire dans notre région.

« Je suis persuadé en premier lieu que nous n’arriverons pas à avancer plus loin si les élus du milieu rural ne sont pas convaincus du bien fondé pour les citoyens d’une culture vivante. Mettons en place avec les élus et les professionnels : des stages, des colloques, permettant une confrontation des idées et une sensibilisation des représentants des habitants.

Je crois aussi que si la décentralisation voulue en 82 par Pierre Mauroy et Gaston Defferre a été mise en place, elle n’a pas été assez loin dans la remise en cause des découpages administratifs datant de la Révolution.

Les lois Voynet et Chevènement n’ont pas été utilisées intelligemment ces dernières années par les élus pour redéfinir un regroupement de communes sur des pays ayant une réalité géographique et économique, à l’aube du 21° siècle.

Dans notre espace situé à l’intérieur du périmètre des 4 grandes villes que sont : Nantes, Rennes, Laval, et Angers, il y avait place pour 2 pays centrés sur les villes de Châteaubriant (12000 habitants) et de Château-Gontier (13000 habitants).

Le Pays Segréen, que je connais bien, et dont la « capitale » est trop petite (6500 habitants), n’a pas la capacité à réunir les habitants de villages comme Carbay (15 km de Châteaubriant) ou Pruillé (15 km d’Angers) ou St Sauveur de Flée (10 km de Château-Gontier) et de les mobiliser sur des projets de pays.

Les dernières élections municipales ont fait apparaître la difficulté pour des petites communes de trouver des élus disponibles pour siéger dans les conseils municipaux.

Je citerai l’exemple de la commune de Pouancé, où le Maire et les adjoints doivent siéger au Conseil Municipal, à la Communauté de Communes, au Syndicat de Pays du Segréen, dans les commissions du Comité d’expansion du Segréen, au Comité de bassin d’emploi de Châteaubriant (c’est normal puisque nos habitants travaillent là) et à la commission tourisme   du pays de Châteaubriant  , pour travailler sur des projets très différents. Comment voulons-nous que les choses avancent et que ces élus soient très motivés ? Pourquoi ces responsabilités ne concernent pas le cumul des mandats ?

La réalité est que certains « barons » veulent calquer leur communauté sur leur territoire électoral et faire passer leur intérêt personnel avant celui des citoyens.

Ayons le courage de dépasser les frontières administratives, et de fusionner des petites communes pour rassembler les énergies du monde rural. Au moment où l’Europe doit franchir une nouvelle étape, remettons en cause l’existence des départements, redécoupons les régions, appliquons-nous le cumul des mandats pour les structures communautaires. C’est la seule chance pour que des projets viables émergent et que nous ne soyons pas engloutis dans les grandes métropoles régionales qui connaîtront très bientôt les mêmes problèmes de surpopulation, de délinquance, que connaît aujourd’hui la Région parisienne.

Jean-Claude ROGER
Ancien Adjoint au Maire de Pouancé