Ecrit le 5 f ?vrier 2014.
En souvenir des Chibanis
En pr ?ambule du spectacle « ??les invisibles ? » de Nasser Djema ?, pr ?sent ? le jeudi 23 janvier 2014 au th ??tre de Verre de Ch ?teaubriant, Fatima OUACHOUR a donn ? une conf ?rence sur les Chibanis, th ?me principal de la pi ?ce de th ??tre.
Les Chibanis, « vieux » en arabe, sont venus travailler en France, alors en pleine reconstruction, pour subvenir aux besoins de leur famille rest ?e au pays. d ?racin ?s et oubli ?s de leur pays d’origine, ils sont devenus invisibles en France. Leur existence s’est souvent pass ?e dans les foyers Sonacotra que certains n’ont jamais quitt ?s, notamment ceux qui sont demeur ?s c ?libataires ou qui n’ont pas pu b ?n ?ficier du regroupement familial dans les ann ?es 1970-1980. Ces vieux migrants ont arr ?t ? de vivre d ?s lors qu’ils ont quitt ? leur pays. Ils survivent maintenant alors qu’ils ont largement particip ? ? l’histoire de la France. Se pose d ?sormais la question de leur vieillissement, de leur logement (hors des taudis des marchands de sommeil) et de la perception de leurs retraites (autour de 450 ? 600 ?/mois)
La discrimination plane autour d’eux. Actuellement, on d ?crit les « ?Chibanis ? » comme des « ?fraudeurs ? » ?disant qu’ils sont venus profiter de l’Etat r ?publicain fran ?ais et que, m ?me dans leur vieillesse, ils continuent ? en profiter. Depuis un certain nombre d’ann ?es, pour d ?fendre leurs droits, l’association « ?Chibanis.org ? »d ?nonce les actions de certaines caisses de retraite empress ?es de mener des op ?rations « ?coup de poing ? » pour voir si cette population de Chibanis ne d ?place pas des capitaux ou n’escroque pas le fisc avec ses maigres revenus.
L’exode des Chibanis, de l’Afrique du Nord vers la France, n’est
pas sans rappeler l’exode rural des campagnes fran ?aises vers la ville : partir de chez soi, chercher ailleurs de meilleures conditions de vie, moins de pauvret ? et plus de libert ?, souvent ? la demande d’employeurs industriels qui, ayant besoin de main d’œuvre, allaient recruter directement en Afrique du Nord.
c’est pourquoi plusieurs g ?n ?rations de migrants se sont succ ?d ?. La 1 ?re g ?n ?ration ?tait compos ?e de migrants jeunes, c ?libataires. Ils migraient de fa ?on saisonni ?re, en lien avec le calendrier agricole de leur pays. d’o ? des s ?jours courts et des allers-retours incessants puisque le projet de vie n’ ?tait pas de s’installer durablement en m ?tropole. La seconde g ?n ?ration de migrants va prolonger davantage les s ?jours en France avec, en plus, une volont ? de s’ ?manciper. Toutefois, ils transmettent r ?guli ?rement des mandats ? leurs famille. Le projet du retour commence ? voir le jour. Quant ? la troisi ?me g ?n ?ration, elle va s’installer durablement en France, r ?vant et mythifiant le retour au pays. Mais retour il n’y a pas. Le regroupement familial est souhait ?, pour l’ ?quilibre personnel de chacun, du migrant comme de sa famille. Mais certains ne peuvent pas b ?n ?ficier d’un tel regroupement. Ils restent solitaires, malgr ? une certaine solidarit ? entre migrants.
Ces populations c ?libataires ont occup ? des emplois tr ?s p ?nibles, et d ?s 55 ans les hommes sont d ?j ?? us ?s. Ils restent en France avec la souffrance de l’exil, la souffrance physique et psychique. Et s’ajoutent ? cela toutes les complications administratives. Leur pays d’origine les oublie. Et ils ne se sont pas vraiment int ?gr ?s dans leur pays d’accueil. S’ils rentrent chez eux, sans avoir fait fortune, cela peut ?tre per ?u comme une situation d’ ?chec.
Une telle situation pose des questions fondamentales autour de l’existentiel et de la sant ? psychique de ces vieux migrants. La situation actuelle des Chibanis reste douloureuse. Un rapport d’une commission de l’Assembl ?e Nationale, en date du 2 juillet 2013, le reconna ?t : « ?Les difficult ?s paraissent ?videntes et multiples ? : manque de reconnaissance de leur apport au d ?veloppement ?conomique et social de la France, faibles pensions de retraite, acc ?s aux droits d ?faillant, conditions de logement indignes, sant ? pr ?caire et d ?pendance pr ?coce, solitude et isolement ? ».
Une petite ?volution cependant : un amendement vot ? ? l’assembl ?e nationale le
15 janvier 2014, avec la r ?forme de la politique de la Ville, cr ?e une « ?aide [financi ?re] ? la r ?insertion familiale et sociale des anciens migrants dans leur pays d’origine ? » (ARFS). Cette allocation s’adressera aux immigr ?s non europ ?ens de plus de 65 ans, qui touchent de petites retraites et sont h ?berg ?s en foyer de travailleurs migrants ou en r ?sidence sociale. Principale nouveaut ?, cette aide subsistera lorsque son b ?n ?ficiaire effectue des longs s ?jours dans son pays d’origine
Il faut d ?sormais attendre la publication du d ?cret d’application pour conna ?tre l’impact concret de cette mesure. Dans sa premi ?re mouture, en 2007, le projet pr ?voyait un montant ?gal ? celui de l’aide au logement dont b ?n ?ficiait l’allocataire, pour que son financement soit neutre pour les comptes publics.
Les solutions concernant la prise en charge des migrants ?g ?s sont donc politiques mais les propositions sont tr ?s sommaires. Les Chibanis n’obtiennent pas facilement de la nationalit ? fran ?aise, m ?me s’ils ont 40-50 ans de pr ?sence en France ! Le droit de vote n’en fait pas partie non plus. Et s’ils veulent percevoir leur faible retraite et b ?n ?ficier d’une couverture maladie, il leur faut r ?sider au moins 6 mois en France par an avec les probl ?mes de logement que cela pose.
Le spectacle « ?les invisibles ? » pr ?sent ? au th ??tre de Verre, redonne une dignit ? ? ces hommes, en mettant en sc ?ne la migration et ses contraintes : « ?on arrive dans un pays, un territoire, on n’est pas chez nous. Il ne faut pas faire de bruit, il ne faut pas se faire remarquer ? ».
Quelques Ouvrages ? :
- - Chibanis Chibania, Edition images plurielles
- - Nos anc ?tres les Chibanis, portraits d’alg ?riens. Collection m ?moires histoire
- - DVD m ?moires d’immigr ?s, documentaires de Y. Benguigui
- - Vieillir et mourir en Exil, presses universitaires
L’immigration intra-europ ?enne
Dans un rapport publi ? en octobre dernier, la Commission Europ ?enne montre que le rapide ?largissement de l’Union Europ ?enne n’a pas provoqu ? une mar ?e de migrants « assist ?s » en provenance de l’Est du Vieux Continent : le nombre de citoyens europ ?ens « inactifs » ayant quitt ? leur pays pour un autre ?tat de la communaut ?, atteint ? peine 1% de la population de l’UE, soit cinq millions de personnes. Dans les faits, les immigr ?s en provenance d’un autre pays europ ?en ne repr ?sentent en moyenne que 5% des personnes b ?n ?ficiaires d’aides (compl ?ment retraite, allocations ch ?mage et autres minimas). Il en va de m ?me pour le syst ?me de sant ?. Bien loin de profiter outrageusement de nos soins, la Commission d ?montre que les migrants europ ?ens ne totalisent que 0,2% des d ?penses de sant ? de leur pays d’accueil, soit 0,01% du PIB (produit int ?rieur brut).
En ce qui concerne l’Angleterre par exemple, « La vaste majorit ? des migrants se rendent au Royaume-Uni pour travailler et contribuent plus qu’ils ne profitent du syst ?me de s ?curit ? sociale, simplement car ils sont en moyenne plus jeunes que la population et en ?ge de travailler » - « Plus vous accueillez de migrants de l’Union, mieux votre syst ?me de s ?curit ? sociale se porte », a affirm ? Jonathan Todd, porte-parole de la Commission, dans un interview ? la BBC. Contrairement ? ce que certains clament haut et fort, il ne serait donc pas dans l’inter ?t de l’Union Europ ?enne de remettre en cause la libre circulation des personnes au sein de l’espace communautaire..

