La Pierre qui chante et le Pâtissier
16 septembre 2002
Quatre jeunes, quatre constats, quatre projets, quatre succès...
Il était une fois, il y a un an à peu près, quatre jeunes : Bruno Adam, Julien Geffrey, Brieuc Segalen et Olivier Lavigne. Ils ont fait un constat : certains métiers se perdent.
Qui reprendra les savoir-faire de nos anciens ? Par exemple, ils se sont demandé : qui reprendra le coup de main de Pierre Doucet, le dernier tailleur de pierre bleue de Nozay ?
L’histoire a commencé comme ça, en août 2001, autour des cheminées, des éviers, des auges, des escaliers, des linteaux, des appuis de fenêtres, des croix de chemins… et même des bacs à douche.
Qui dira qu’un bac à douche en pierre bleue vaut cent fois les bacs ordinaires en plastique moulé ?
« Il nous a fallu 4 à 5 ans de collaboration fructueuse avec d’anciens carriers locaux pour assimiler les procédés de taille. Ils nous ont transmis les savoir-faire, l’outillage et même les locaux, à Nozay », raconte Bruno Adam.
Du schiste, les jeunes sont passés à la maçonnerie traditionnelle à la chaux, pour restaurer les vieilles maisons.
« C’est parti à une vitesse phénoménale. Nous avons tout de suite eu des clients satisfaits qui, par le bouche-à-oreille, nous ont amené d’autres clients. Il faut dire que nous ne sommes pas assez riches pour avoir des clients mécontents », ajoute-t-il.
Le travail s’effectue dans le respect du bâti ancien, tout en intégrant les éléments modernes (chauffage, isolation), pour le confort de tous.
Pas assez riches pour avoir des clients mécontents...
Mais les murs, ça ne suffit pas. Il faut aussi une bonne couverture !
Nos quatre jeunes se sont donc formés au métier de charpentier-couvreur.
« L’essence reine, c’est le chêne. Une charpente traditionnelle assemblée à tenon-mortaise, réalisée dans un bois fiable, traverse les siècles. Nous faisons beaucoup de choses à la main, car nous allons toujours au plus intéressant. Les outils à main sont souvent plus fiables, plus rapides que la machine. C’est précieux d’avoir, sur un chantier, un ouvrier capable de pallier les faiblesses de la machine », explique Julien Geffrey.
La sympathique « bande des quatre » exécute aussi toutes sortes de couvertures, y compris des travaux plus rares : faîtages en lignolet (ardoises croisées au tiers), rives décorées, pose au clou ou à la cheville en bois.
« Nous formons une bonne équipe, avec la même philosophie : qualité, service au client, respect du patrimoine. »
La Pierre qui chante : taille de pierre, maçonnerie, charpente, couverture
Adresse : La Réauté, 44170 Marsac-sur-Don — Tél. 02 40 87 56 43
Taille de pierre à Châteaubriant
À Châteaubriant, c’est un jeune d’origine turque qui a lancé son entreprise : taille et pose de pierres, enduits à la chaux et au chanvre, pose de tomettes, etc.
On peut admirer la rénovation de la boutique qu’il loue au n°13 de la Grand’Rue, pour le plus grand plaisir des riverains.
Pour lui aussi, le travail ne manque pas.
Erkan Goztepe
Sucre filé, sucre soufflé
« Le sucre, ça se travaille comme le verre… sauf que c’est moins chaud ! »
Sylvain Aubinais, qui a repris la boulangerie de la rue des 27 Otages à Châteaubriant, est pâtissier de métier, compagnon du Tour de France.
À la Foire de Béré 2002, il a présenté une pièce montée spectaculaire : 2,50 mètres de haut, 1200 petits choux, un miracle d’équilibre, fixés sur des socles en nougatine, avec piliers du même cru.
« Tout est comestible. J’ai même réalisé une pièce montée deux fois plus grande pour le lancement d’une Renault à Nantes ! »
(Preuve que Nantes sait qu’on peut trouver un bon pâtissier… à Châteaubriant.)
Il crée aussi, en sucre, des décors originaux pour des naissances ou des mariages : colombes, roses, cigognes…
Et bien sûr, il fait aussi du pain sous la marque Banette, qui garantit la traçabilité et la qualité de la farine, du champ à la miche.
Sylvain Aubinais — Boulanger, pâtissier, chocolatier
Écrit le 17 septembre 2003
Femmes
Peu de femmes sont encore présentes dans le monde professionnel artisanal et industriel.
Le patron de l’entreprise Viol, c’est une femme : Véronique Viol.
Et c’est aussi une femme, Marie-Claire Millet (cheffe d’entreprise en charpente-menuiserie et vice-présidente de la Chambre des Métiers), qui a clôturé la remise des Trophées de l’apprentissage du Bâtiment.
Ce secteur reste très misogyne. D’où l’intérêt de la plaquette Bâtisseuses d’Avenir, qui met en lumière les métiers au féminin : menuisière, carreleuse, plâtrière, maçonne, plombière, couvreuse, charpentière, électricienne, tailleuse de pierre, conductrice de travaux en maçonnerie, etc.
Jeunes
Aux deuxièmes Trophées de l’apprentissage du Bâtiment, la salle officielle était comble.
53 apprentis ont été distingués (contre 35 l’an dernier), ainsi que 45 chefs d’entreprises artisanales.
Quelle joie de voir cette jeunesse rassemblée sur l’estrade, décidée à faire reconnaître et valoriser le travail manuel.
(Hélas, toujours pas de femmes…)
Outils
La Pierre qui chante : les visiteurs ont été fascinés par les outils traditionnels utilisés par les deux jeunes de cette association.
« Cette doloire a 250 ans ! Cela fait 70 ans qu’on n’en vend plus », expliquait l’un d’eux.
Mais l’entreprise va s’arrêter. Le volume des commandes et la satisfaction des clients exigeraient des investissements très lourds en machines modernes.
« Nous, nous utilisons des machines centenaires. Il nous est interdit d’y faire travailler quelqu’un d’autre. Alors on arrête, pour faire autre chose. »
Leurs conceptions sont à l’opposé des standards modernes :
« Aujourd’hui, on travaille avec des machines. On nous a volé nos mains.
C’est la machine qui a de la valeur, plus l’homme. »

