Suite à piratage, cet article a été effacé. Il est possible de le retrouver sur la version-papier à la date : octobre 2005
Ce que le père ne dit pas, ce sont les horaires de travail des filles : hachés menu, répartis souvent sur toute la journée. Une journée consacrée au dieu Hyper, à la flexibilité maximum. Le temps partiel non choisi devient un moyen de rendre le personnel plus modulable, plus malléable ; de le tenir avec la promesse d’heures supplémentaires rémunérées.
Des heures annoncées au dernier moment, à prendre sur le temps de repos, les jours fériés, ou le temps consacré à la famille. Et tant pis s’il y a un rendez-vous médical urgent. Il faut être dis-po-ni-ble à chaque instant, sinon c’est la brimade ou la porte.
Le nouveau dieu de la consommation a tout du Père Fouettard…
(Relire à ce sujet : Je hais les patrons, de Gisèle Ginsberg, éd. L’Épreuve des faits, au Seuil.)
Sait-on vraiment ce qui se passe dans les entreprises, les ateliers, les bureaux ? Pendant des mois, Gisèle Ginsberg a enquêté et écouté la parole « d’en bas », celle qu’on n’écoute jamais. Ces témoignages, recueillis auprès de dizaines de salariés, dressent un tableau sombre des conditions de travail dans notre pays. La course à la productivité et à la flexibilité affecte désormais dans une même galère cols bleus, cols blancs, secrétaires, caissières, techniciens. Précarisation du travail, affaiblissement du sentiment collectif, hiérarchie de plus en plus pesante, patrons sans états d’âme. Les salariés se sentent laminés, abandonnés face à la peur... peur du chômage, des réprimandes, de la concurrence des collègues, métamorphosés en rivaux potentiels. Pour beaucoup d’entre eux, le monde du travail, c’est le monde du silence, des non-dits, de l’arbitraire, de l’autocensure et de la soumission.
Les femmes et les hommes qui parlent ici manifestent leurs doutes, leurs interrogations, leurs ressentiments. Ils expriment une souffrance sociale, un mal-être traduit par ce cri du cœur, sommaire et brutal, qui est surtout un cri de colère : Je hais les patrons !

