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Banlieues : rapport Thierry Gerber

Ecrit le 15 novembre 2006

 Les bougies d’anniversaire

Il n’y a pas eu de flambée de révolte, dans les banlieues, en ce mois de novembre 2006. Pourtant les médias ont fait tout ce qu’il fallait, répétant à l’envi que les émeutes avaient eu lieu en novembre 2005, et fournissant presque les bougies d’anniversaire pour allumer l’incendie !.

Mais rien, rien. Quelques voitures incendiées, pas plus que d’habitude. Quelques bus incendiés dont l’un, à Marseille, a conduit une jeune femme en service de réanimation pour de très graves brûlures.

Mais les provocations médiatico-journalistiques ont continué. Ah, une bonne petite révolte, à quelques mois des Présidentielles, cela ferait monter Sarko dans les sondages.

Mais rien, rien. Ah si, voilà que sort un rapport providentiel, celui de Thierry Gerber de la CGT, qui analyse le désarroi des agents de l’EDF, victimes de violences dans les quartiers pauvres.

Des journaux et des blogs (= journal sur internet) s’engouffrent dans la publication « d’extraits » de ce rapport. Mais le rapport lui-même, ce n’est qu’avec difficulté qu’on arrive à se le procurer.
On peut le trouver ici :
http://www.comprendre-agir.org

Et alors tout change.
Mais la grande masse des lecteurs
ne le saura pas.

Dates

A lire Le Nouvel Obs, on a le sentiment que désormais, les agents de l’Etat et des services publics sont partout l’objet de violences et vivent dans la peur.

Le rapport de Thierry Gerber, lui,date du 9 juin 2005 et les histoires qu’il raconte s’étalent de 1997 à 2006. Pour lui la problématique « violence » remonte même aux années 1970. Les choses ne sont donc pas nouvelles. Pourquoi agiter un chiffon rouge maintenant ?

 Impuissance

A lire Le Nouvel Obs, on s’imagine que ces agressions sont si nombreuses qu’il n’est plus possible d’y faire face.

Le rapport de Thierry Gerber, lui, relate toutes les interventions faites auprès des directions de l’EDF pour y porter remède. Mais celles-ci nient l’importance des agressions et donnent même des ordres pour que les agents ne déclarent pas leur agression en accident du travail. Il n’est pas rare que les Directions menacent ... les agents EDF : « on voulait tourner à deux dans les secteurs à risques, nos chefs nous ont dit : c’est à cause de vous qu’on va externaliser des activités à problèmes, à trop en demander au niveau de la sécurité..., on ne pourra pas être concurrentiel... » (12 août 2003)

Le rapport évoque aussi les courriers faits à Jean-Louis Borloo, à la Direction de la sécurité publique, bien avant 2005 ou 2006. Mais sans suite.

 Kärcher

A lire Le Nouvel Obs, on se prend à penser que la seule solution est la punition générale des habitants des banlieues. Et vive le Kärcher, n’est pas M. Sarko ?

Le rapport de Thierry Gerber, lui, raconte des faits positifs (celui des pompiers par exemple, voir encadré). Il reprend aussi cette phrase du Rapport Violences et Santé, publié en mai 2004, par le Haut Comité de la Santé publique : « Il est urgent de montrer que la violence n’est pas inexorable, que sa survenue résulte toujours d’une absence de parole ».

 Pourquoi ? Pourquoi ?

Reste à savoir, maintenant, pourquoi les agents des services publics sont ainsi l’objets d’agressions. Selon Sarko, c’est sans doute que les habitants des banlieues sont de mauvaises gens.

Le rapport de Thierry Gerber, lui, montre que l’EDF ne va dans les banlieues, souvent, que pour couper le courant : « les phénomènes de paupérisation et de crise économique ont accru les tensions, qui se cristallisent principalement lors des « coupures pour impayés » (coupures d’alimentation d’énergie du fait de factures impayées ; résiliations, déposes de compteurs) et suite à des refus d’accorder à des usagers des délais de paiement. ». Des nos jours on ne coupe plus le courant, mais on installe un service minimum ultra-réduit.

De plus, les agents EDF sont souvent perçus comme des flics avec un handicap supplémentaire : ils interviennent presque toujours seuls « [EDF-GDF] c’est des hommes en bleu [...]. Ils viennent relever les compteurs puis ils disparaissent : ils ne s’arrêtent pas pour expliquer aux habitants l’usage du courant, comment consommer, etc. L’homme bleu c’est un peu comme la police, c’est l’homme de l’institution à qui on ne peut pas poser des questions. C’est l’homme noble qu’on ne doit pas trop déranger. Tandis que le facteur, il s’arrête au palier, on peut discuter avec lui, etc. C’est plus humain ». C’est étrange, en effet, les Facteurs ne sont pas attaqués dans les quartiers.

Interrogés sur leur rage contre les services publics, certains jeunes expriment une situation de colonisation. « une armée coloniale administrant un pays brutalement conquis auquel elle ne connaîtrait rien ». Ils considèrent par exemple les fonctionnaires comme des intrus. « Le sentiment de dépendance tient à l’impression d’être ’colonisé’ par des classes moyennes venues du dehors [des cités], le quartier ne produisant pas ses propres élites et ses propres acteurs. »

 Prévention

Un ancien « petit délinquant » déclare : « je reste persuadé que la situation dans les cités ira de mal en pis si les pouvoirs publics continuent à acheter la paix sociale » : « A l’époque [en 1991], Mantes-la-Jolie était tenue par des leaders d’associations et de militants qui se battaient pour faire évoluer le quartier, nous étions les repères des plus jeunes. Jusqu’au jour où le ministère de la Ville a débloqué des fonds après des affrontements. Les plus jeunes nous ont dit qu’ils étaient arrivés en une nuit de violence à plus de choses que nous en plusieurs années de travail. ». « On réhabilite des cités car il est plus facile de repeindre des murs que de créer un lien entre la population et leur cité. Il y a dix ans la violence était collective, aujourd’hui, les jeunes ne croient plus en la collectivité. [...]. Ils s’enferment dans leur cité et s’organisent, laissant libre cours au marché parallèle et à la guerre des territoires ».

Une solution : la parole, recréer des liens, expliquer , encore et toujours.

Le rapport Gerber raconte par exemple :

« On n’a rien contre les pompiers, dit un jeune, mais on a tous la haine contre la police. Maintenant, quand on appelle les pompiers, la police suit toujours. Donc, on cherche à faire venir les pompiers en mettant le feu à n’importe quoi. Et on attaque les pompiers pour faire descendre les flics de leur car, les caillasser et les voir repartir, morts de honte de ne pas nous avoir fait arrêter. Mais si on savait que les pompiers viennent vraiment pour sauver quelqu’un, on ne s’attaquerait pas à eux. »

 Restaurer la parole

Toulouse. Un sapeur-pompier : « On a contacté l’association de quartier qui a organisé une réunion publique dans la cité. Il y avait beaucoup de jeunes.

Ils ne sont pas venus cagoulés et ils ont pu dire ce qu’ils voulaient. Par exemple qu’ils étaient contrôlés en permanence par la police. Je sais qu’ils disent vrai parce que mon fils, lorsqu’il rend visite à sa grand-mère, a plusieurs fois été contrôlé en se faisant traiter de « sale bougnoule » .

Je leur ai dit : « On intervient dans le quartier où il y a de la misère, il ne faut pas que vous vous coupiez du service public parce que vous en avez besoin. Nos interventions sont gratuites, nous n’intervenons pas pour la répression. Et on met le même temps pour une intervention chez vous que chez les bourgeois ».

Je leur ai dit aussi qu’étant issu du quartier cela m’emmerdait en tant que pompier d’être accueilli par des pierres. Depuis cette réunion, il n’y a plus de caillassages, je touche du bois, et il y a moins de feux de voitures. [...]

On a organisé un parcours pompier avec les jeunes, on fait des manœuvres au milieu de la cité, un samedi complet, et on est tous venus en habit de pompier.

Cela a très bien marché. »