Ecrit le 7 octobre 2015
Nous empruntons ci-dessous ? t ?l ?rama des extraits de l’interview de Fran ?ois Gemenne sur le droit ? la mobilit ?
L’ouverture totale des fronti ?res, que d’aucuns jugent utopiste, irresponsable, est pourtant ?tudi ?e avec le plus grand s ?rieux par des chercheurs, tel le polito-logue belge Fran ?ois ?Gemenne, ensei-gnant ? l’universit ? de Li ?ge et ? Sciences Po Paris. Leurs travaux battent en br ?che les fantasmes d’invasion.
Pourquoi envisager une ouverture de toutes les fronti ?res ?
- - D’abord pour sauver des vies. Les fronti ?res ferm ?es ne rendent pas les migrations moins nombreuses, mais plus dangereuses.
- - Ensuite pour appliquer un droit reconnu par l’article 13.2 de la d ?claration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien [...]. ». Le droit ? la mobilit ? est une libert ? fondamentale.
- - Philosophiquement, l’enjeu est aussi l’ ?galit ? : la d ?termination d’une vie enti ?re par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir ?tre corrig ?e. Ces centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui frappent ? nos portes questionnent notre ?humanit ? et notre fraternit ?. Les voyons-nous comme nos fr ?res ou comme des ?trangers ?
Dans le monde, aujourd’hui, 59,5 millions de personnes fuient guerres et violences, 26 millions sont ?d ?plac ?es par des catastrophes naturelles, sans compter les migrants volontaires. N’oublions pas que l’essentiel de ces flux se dirige du Sud vers le sud. Dans notre monde globalis ?, les gens bougent, et bougeront de plus en plus. R ?sister est un leurre ; juguler ces mouvements est hors de port ?e. Il faut les consid ?rer comme un fait structurel, et m ?me comme une chance si nous savons en tirer le meilleur parti.
Toutes les ?tudes de l’OCDE, d’Eurostat, de la Banque mondiale montrent que l’immigration n’a pas d’impact sur l’emploi. Que les immigr ?s occupent des emplois peu qualifi ?s (b ?timent, restauration...) ou au contraire tr ?s qualifi ?s (footballeur, ing ?nieur, m ?decin) pour lesquels on ne trouve pas de candidats nationaux. Que leur potentiel d’entrepreneuriat est impor-tant, qu’ils cr ?ent des entreprises, et donc de l’emploi, m ?me si cela n’est pas vrai ? court terme pour les r ?fugi ?s. Rappelons aussi que, dans notre ?conomie largement tourn ?e vers le secteur tertiaire, l’emploi augmente avec la population : ce n’est pas un g ?teau fig ? qu’il faut se partager, mais une masse ?volutive, qui d ?pend beaucoup du dynamisme des soci ?t ?s. Et l’immigration est un facteur de dynamisme, humain et ?conomique.
Les travaux prouvent que l’ouverture des fronti ?res ne changerait gu ?re le volume des migrations, ni leurs directions. Elle ne provoquerait pas d’afflux massif de populations, mais elle ?liminerait imm ?diatement les trafiquants, dont l’activit ? deviendrait sans objet, et elle permettrait d’ ?conomiser les sommes astronomiques d ?pens ?es par les Etats pour lutter contre l’immigration clandestine. Cet argent lib ?r ? pourrait par exemple financer des programmes d’int ?gration.
Il faut le r ?p ?ter : les gens ne migrent pas parce qu’une fronti ?re est ouverte. Ils migrent pour prot ?ger leur vie, ou pour mener ? bien un projet ?conomique. Alors, ils participent ? la fois ? l’ ?conomie du pays d’accueil et ? celle de la plan ?te en envoyant de l’argent ? leurs proches. Ces fonds repr ?sentent un transfert financier entre le Nord et le Sud bien plus important que l’aide publique au d ?veloppement ou les investissements priv ?s.
Un Etat qui fermerait enti ?rement ses fronti ?res est condamn ? ? dispara ?tre ? devenir un pays-mus ?e, marginalis ?, sans dynamisme ?conomique. La France doit apprendre ? envisager le changement comme un enrichissement plus que comme une menace ...

