Ecrit le 15 octobre 2014.
Mardi 14 octobre avait lieu la journ ?e d ?partementale des agricultrices, sur le th ?me du ’’num ?rique’’. Sur une table, ? l’entr ?e, tr ?naient des antiquit ?s ? : deux vieux minitels et un combin ? t ?l ?phonique ancien mod ?le. Une centaine de femmes ?taient pr ?sentes, heureuses de se retrouver, pour cette journ ?e de pause et de r ?flexion sur leur travail.
Car les femmes sont de plus en plus engag ?es dans les exploitations agricoles et dans leur environnement et il importe de valoriser les initiatives individuelles. Et collectives puisque les femmes se retrouvent r ?guli ?rement dans les diff ?rents secteurs du d ?partement. Un bref sondage a montr ?, sur les participantes, 4 ?% de femmes r ?fractaires au num ?rique, 60 ?% de ’’malgr ? nous’’ et 36 ?% de femmes motiv ?es.
’’Malgr ? nous’’ ?? Peut- ?tre mais pas s ?rcar, en les ?coutant, on mesurait l’ampleur des usages de l’informatique en agriculture ? : le d ?tecteur de chaleur, la cam ?ra pour surveiller le v ?lage ? distance, le robot de traite, le logiciel de comptabilit ?, le Synel pour le suivi du
troupeau sur smartphone, et tous les logiciels de terrain comme ’’mes p@rcelles’’ pour faciliter la gestion des cultures, ou ’’mes m@rch ?s’’ pour suivre l’ ?volution des cours et approximite.fr pour faciliter la vente en ligne. Les agricultrices, comme leur mari, et quelquefois avant leur mari, n’h ?sitent pas ? faire appel ? ’’dron’im@ges’’. Cette technique, apr ?s survol d’une parcelle par un drone, donne des indications sur le d ?veloppement des cultures v ?g ?tales et permet d’apporter de la fertilisation, de mani ?re raisonn ?e, en adaptant le niveau des apports aux besoins r ?els des plantes. Et ne parlons pas du DAC (distributeur automatique d’aliments), du DAL (distributeur d’aliments lact ?s), de la m ?thanisation g ?r ?e par ordinateur, des tracteurs ’’connect ?s’’ avec ordinateur ? bord ?!
Regarder les vaches
« Moins de stress, plus de souplesse, je ne suis pas oblig ?e d’ ?tre pr ?sente dans la salle de traite, ? 6h30 du matin, alors que je dois m’occuper de mes enfants. Je jette un coup d’oeil sur mon t ?l ?phone portable pour surveiller les op ?rations. La traite prend autant de temps qu’autrefois, mais avec moins de rigidit ? horaire » dit une participante tandis qu’une autre commente avec humour ? : « quand certains regardent la t ?l ? sur leur smartphone, moi je regarde mes vaches ». La vente directe concerne aussi les agricultrices du Nord 44 ? : « je r ?gle 80 % des ventes par courriel m ?me si le contact reste important par t ?l ?phone ! »
Robotique des champs
Philippe Denis, m ?diateur num ?rique ? la m ?diath ?que de Lorient, a expliqu ? que le num ?rique a fait appara ?tre de nouveaux m ?tiers et a transform ? les m ?tiers les plus traditionnels. « L’irruption du num ?rique en agriculture est comparable ? l’arriv ?e du tracteur apr ?s la guerre » a-t-il dit, n’h ?sitant pas ? parler de « r ?volution num ?rique ». « robotique des champs ». « Il a fallu plusieurs milliers d’ann ?es pour passer du papyrus au parchemin. Puis douze si ?cles pour passer du parchemin au papier, et cinq si ?cles pour passer du papier au t ?l ?graphe, et 25 ans pour d ?couvrir et utiliser internet »
Puis il s’est lanc ? dans quelques explications de vocabulaire, insistant pour qu’on emploie le mot ’’num ?rique’’ et non pas les termes anglais ? : web ou digital et r ?p ?tant que, derri ?re les outils il y a des ?tres humains et des utilisations vari ?es de l’informatique ? : butinage, bricolage, braconnage « Tout n’est pas bon ! ».
En France, 83 ?% des foyers ont un ordinateur et 80 ?% sont connect ?s ? internet. Les hommes passent 19 heures par semaine sur leur ordinateur, les femmes 14 heures. « Ce qu’on appelle : la fracture num ?rique, n’est pas un probl ?me d’ ?quipement, c’est un probl ?me d’utilisation des outils existants et un d ?calage est in ?vitable, compte tenu de la rapidit ? des ?volutions ».
Aux femmes agricultrices, soucieuses de la qualit ? de l’environnement, Philippe Denis a montr ? que le num ?rique N’EST PAS ?cologique ?! « Il faut 60 m ?taux diff ?rents pour faire un smartphone, 20 seulement sont recyclables. Dans 10 ans, il n’y aura plus assez de m ?taux rares pour fabriquer les ordinateurs, tablettes, smartphones alors ne jetez pas vos vieux ordinateurs, bien reconditionn ?s et ?quip ?s de logiciels libres, ils pourront re-servir ». (1)
Courriels et CO2
L’utilisation d’internet n’est pas ?cologiquement neutre ?! « En une minute, il y a de par le monde, deux millions de recherches sur google, et production de deux tonnes de CO2 » « 200 millions de courriels envoy ?s cela fait 8 tonnes de CO2 et le simple fait de mettre en copie un destinataire pour un courriel ?quivaudrait ? l’ ?mission de 6 g de CO2 ».
Philippe Denis a rappel ? aussi une r ?gle simple : l’informatique n’est pas une nounou ! C’est la r ?gle des 3-6-9-12.
- - Pas de t ?l ?vision avant 3 ans
- - Pas de console de jeux avant 6 ans
- - Pas d’internet avant 9 ans
- - Pas de r ?seaux sociaux avant 12 ans.
L’enfant, a-t-il dit, a besoin de d ?couvrir le monde, de toucher les objets, de parler, d’exp ?rimenter. Combien d’enfants restent ? la maison gard ?s, qui par la t ?l ?, qui par les jeux vid ?o et pour les plus grands par l’ordi ou les tablettes ??
(1) Une association, Alis44110, s’en occupe ? Ch ?teaubriant : 06 12 30 84 58 et organise maintenant des r ?unions mensuelles.
(2) Et si vous cherchez La M ?e sur internet, n’utilisez pas un moteur de recherche, car votre requ ?te fait alors le tour du monde ?! Faites seulement un ’’favori’’, c’est plus rapide et cela pollue moins ?!
Le 28 octobre, neuf militants de la Conf ?d ?ration Paysanne compara ?tront devant le tribunal correctionnel d’Amiens, pour des actions ? l’usine des mille vaches, ? Drucat (Somme). Ce sera le lieu de faire le proc ?s de l’industrialisation agricole. Aux Etats-Unis, les troupeaux ?
plus de 1000 vaches font plus de la moiti ? du lait collect ? mais ne repr ?sentent que 2.5% des producteurs. Install ?es dans les r ?gions arides de l’Ouest, elles utilisent de la main-d’œuvre mexicaine peu co ?teuse car le plus souvent sans papiers, et ach ?tent l’essentiel de l’alimentation : ma ?s:soja:luzerne, sur le march ?, le lait ?tant transform ? en poudre ou en fromages faciles ? transporter et ? exporter. Jusqu’en 2007 le prix du ma ?s et du soja ?tait faible et la rentabilit ? des unit ?s hors-sol tr ?s ?lev ?e. Depuis, le prix de l’aliment a doubl ? et, en 2009, beaucoup de tr ?s grands troupeaux ont fait faillite. C’est pourquoi le prochain Farm Bill 2014-2018 leur donnera plus de s ?curit ? avec une garantie de marge sur co ?t alimentaire, sans plafond de volume, donc un soutien ?vident ? l’agrandissement illimit ?. Cette course au gigantisme est aussi lanc ?e au Moyen Orient, et en Asie, notamment en Chine et en Inde, avec l’appui des industriels et des banquiers europ ?ens. Cette ?volution est inacceptable pour quatre raisons :
- - Ces usines laiti ?res sont en comp ?tition directe avec l’alimentation humaine car grosses consommatrices de grains ;
- - Elles sont destructrices de l’environnement car co-responsables de la d ?forestation pour faire de la monoculture industrielle de ma ?s ou de soja ;
- - Elles sont de grosses consommatrices d’ ?nergie fossile, donc grosses productrices de CO2 ;
- - Elles sont surtout destructrices d’emplois, de march ?s locaux, donc de vie rurale.
Source ? : Andr ? Pfimlin pour
La Conf ?d ?ration Paysanne

