Ecrit le 2 avril 2008
Charg ? par le chef de l’Etat de mener une r ?flexion sur l’adoption, dans le but de permettre ? un plus grand nombre de familles d’adopter et de rendre le syst ?me fran ?ais plus efficace en mati ?re d’adoption, Jean-Marie Colombani a remis le 19 mars dernier, son rapport au pr ?sident de la R ?publique.
Il propose notamment de « rouvrir une voie qui s’est progressivement ferm ?e : l’adoption nationale », en d ?clin depuis plusieurs ann ?es. Comme le souligne le rapport, l’adoption nationale est actuellement limit ?e aux seuls enfants n ?s sous le secret et ? ceux qui ont fait l’objet d’une d ?claration judiciaire d’abandon, soit au maximum 800 enfants par an.
Educateur dans une MECS (Maison d’enfants ? caract ?re social), nous accueillons des enfants ?g ?s de 0 ? 14 ans qui nous sont confi ?s par l’aide sociale ? l’enfance, souvent apr ?s une d ?cision du juge des enfants. J’ai pu constater que malgr ? toutes les difficult ?s que peuvent rencontrer leurs parents, ces enfants restent attach ?s au lien familial. Il n’y a que tr ?s peu de situations o ? il n’y a plus aucun contact entre les enfants et leurs parents.
Le lien affectif
Le rapport de M. Colombani soul ?ve quelques questions, quelques inqui ?tudes. Il ne faudrait pas, sous pr ?texte de permettre l’acc ?s ? l’adoption ? un plus grand nombre de familles, remettre en cause le lien familial dans certaines situations.
Chaque personne peut rencontrer des difficult ?s dans sa vie, faire des erreurs, mais qui peut dire ce qu’est « un bon parent » ? Des personnes d ?ficientes intellectuelles ont le droit d’ ?tre parents ? Une personne condamn ?e ? une longue peine reste-t-elle parent ? Certains parents ne peuvent accueillir leurs enfants de fa ?on permanente, d’autres ont besoin d’un important soutien, d’autres ne peuvent pas s’en occuper temporairement mais ils demeurent parents et ont le droit d’exercer leur r ?le en fonction de leurs capacit ?s.
Les enfants aiment leurs parents malgr ? leurs difficult ?s, ils sont parfois conscients qu’ils ne pourront jamais vivre chez eux de mani ?re d ?finitive mais ils tiennent ? garder ce lien si mince soit-il. Il ne faudrait pas que certains parents, certains enfants soient incit ?s ? rompre ce lien pour r ?pondre aux demandes d’adoption.
J’ai ?t ? ?lev ? dans une famille d’accueil, je n’ai plus eu de relations avec ma m ?re ? partir de mes deux ans et je n’ai pas connu mon p ?re. Vers l’ ?ge de 4/5 ans, j’aurais pu ?tre adopt ? mais ma famille d’accueil s’est battue pour pouvoir me garder sans toutefois demander une adoption puisque j’avais d ?j ?? une m ?re, m ?me si elle ne donnait plus signe de vie.
J’ai consid ?r ? cette famille d’accueil comme ma famille et pour eux, j’ ?tais leur fils mais j’avais ma propre histoire, mes propres racines et ?tre adopt ? aurait ?t ? en quelque sorte un reniement.
l’amour ne se d ?cr ?te pas avec une adoption, on peut le rencontrer tout en conservant son nom et son histoire.
On peut comprendre le d ?sir bien l ?gitime des parents d’adopter un enfant mais on ne doit pas perdre de vue l’int ?r ?t et le d ?sir de l’enfant. J’esp ?re que, pour une fois, le pr ?sident et son gouvernement prendront le temps de la r ?flexion, rencontreront toutes les personnes concern ?es avant de prendre une d ?cision sur un sujet aussi complexe que d ?licat.

