Ecrit 13 juin 2018
La souffrance des soignants
La presse nationale ne s’int ?resse plus aux gr ?ves, au point qu’on ignore qu’il y a des gr ?ves. Celles de la SNCF restent visibles en raison des perturbations cr ??es pour les voyageurs. Pourtant, en France, se d ?veloppent les gr ?ves dans les milieux hospitaliers avec une caract ?ristique ? : « ?nous sommes en gr ?ve mais nous assurons quand m ?me les soins aux malades ? ? ». Pourquoi ces gr ?ves, pourquoi cette souffrance des soignants ??
A l’h ?pital psychiatrique de Rouen, sept soignants sont en gr ?ve de la faim , « ?Nous sommes ? 115 ?% de notre capacit ? d’accueil, il nous faut, au minimum, 52 ?nouveaux infirmiers ? », dit la repr ?sentante CGT d ?crivant des patients plac ?s dans « ?n’importe quelle unit ?, faute de place ? », certains ?tant install ?s d’urgence dans des lits de fortune « ?sans oreiller ? », dans un bureau tout juste d ?barrass ? de ses meubles. « ?On en est au point o ? la direction et la commission m ?dicale d’ ?tablissement [la structure repr ?sentant les m ?decins] ont d ?cid ? de faire partir le plus vite possible les patients les moins pires » .?", Les gr ?vistes demandent aussi la mise en place d’une unit ? sp ?cifique pour adolescents.
Dans un h ?pital de Nice, des t ?moins d ?crivent le cauchemar des patients et du personnel dans un service de r ?animation. « Dans de minuscules chambres sans fen ?tres, sont hospitalis ?es douze personnes », ?crit une journaliste qui cite les « patients entass ?s » s ?par ?s par de simples paravents, les malades « qui ne voient pas la lumi ?re du jour », les fuites d’eau, les souris... Sans compter les ?videntes difficult ?s dues ? la promiscuit ? rencontr ?es lors des moments de recueillement des familles aupr ?s d’un proche d ?c ?d ?. Ce service, install ? dans les locaux du sous-sol pr ?vus pour les archives, ne devait pas y rester. Il s’y trouve depuis vingt-deux ans, Une infirmi ?re parle, elle, « d’enfer pour les patients et pour l’ ?quipe ».?
A l’h ?pital intercommunal Sainte-Musse ? Toulon, les personnels des Urgences entament, le vendredi 8 juin, leur centi ?me jour de gr ?ve. Et ils ne d ?col ?rent pas, continuant ? « r ?clamer des postes suppl ?mentaires d’infirmiers, d’aide-soignants, de brancardiers, des agents d’accueil compte tenu de l’augmentation de l’activit ?. » - « Nous sommes ?puis ?s, malmen ?s, maltrait ?s... » disent-ils.
A l’h ?pital de Vierzon, l’intersyndicale appelle ? la gr ?ve illimit ?e et pr ?pare une semaine d’actions ? partir du 11 juin. Elle pr ?voit une semaine enti ?re d’actions pour protester contre la menace de fermeture de plusieurs services.
La d ?tresse du personnel soignant ? l’h ?pital telle que le soulignent de nombreux t ?moignages r ?unis par les professeurs Philippe Halimi et Christian Marescaux auteurs de « H ?pitaux en d ?tresse. Patients en danger » (Flammarion), fait l’effet d’une v ?ritable bombe. Ce livre, sur la base des t ?moignages re ?us depuis un an r ?v ?le quelques chapitres noirs de l’h ?pital. « ?Des aide-soignants ? quelques administratifs et ? la fine fleur de » l’establishment « hospitalo-universitaire, nous assistons ? un massacre dont les auteurs tentent de donner quelques ?l ?ments de r ?flexion ? : un management vertical, autoritaire, un directeur seul pour prendre des d ?cisions depuis la d ?claration du pr ?sident de la R ?publique en 2009, patron dont le seul objectif est de tenir co ?te que co ?te son budget ? », Abus de pouvoir, menaces de repr ?sailles, mises au placard, harc ?lement moral, impunit ? pour les maltraitants, tous les moyens sont bons pour que l’ordre r ?gne
« Nous ne sommes pas des incendiaires mais nous voulons alerter et d ?noncer un mal insidieux qui divise les ?quipes et laisse ? terre des gens qui perdent le go ?t de travailler, parfois m ?me le go ?t de vivre »

