?crit le 22 mars 2022
A la question : Quoi de neuf ? ? Moli ?re ! ?, r ?pondait Sacha Guitry. En cette ann ?e 2022, on c ?l ?bre les 400 ans de la naissance de Moli ?re, n ? Jean-Baptiste Poquelin le 14 ou 15 janvier 1622 ? Paris. N ? dans un milieu favoris ?, le p ?re de Moli ?re, riche marchand ?tabli rue Saint-Honor ?, ?tait le tapissier du roi Louis XIII, Jean-Baptiste choisit en 1644 le m ?tier le plus d ?cri ? du temps, celui de com ?dien, sous le nom de Moli ?re, qui le fit acc ?der aux plus grands honneurs. Le roi Louis XIV d ?cerna ? ses com ?diens le titre de Troupe du Roi.
Œuvre th ??trale de Moli ?re
C’est dans le premier ch ?teau de Versailles que Moli ?re cr ?a en 1663 L’Impromptu de Versailles, petite pi ?ce en un acte qui ?tait un plaidoyer sur la force du rire. L’ann ?e suivante, il organisa dans les jardins du ch ?teau la f ?te des Plaisirs de l ??le enchant ?e qui lui donna l’occasion de produire Le Tartuffe, pi ?ce qui lui valut la plus violente cabale qui soit et l’interdiction sur ordre du Roi, pouss ? par l ??glise, que la pi ?ce soit jou ?e, en raison de la violente critique des d ?vots qu’elle contient.
Mol ?re la remania, en adoucit le ton, en changea le titre, qui devint L’imposteur, mais elle fut n ?anmoins ? nouveau interdite par l ??glise qui mena ?a d’excommunier quiconque la jouerait, l’entendrait ou la lirait ! Ce n’est qu’en 1669, moment oo ? Louis XIV eut les mains libres en mati ?re de politique religieuse, qu’elle fut autoris ?e ? ?tre jou ?e avec le titre Tartuffe ou l’imposteur. Elle fut donn ?e au Palais Royal devant une salle pleine ? craquer et battit des records de long ?vit ?.
Un an apr ?s Le Tartuffe, Moli ?re entreprend l’ ?criture d’une nouvelle com ?die ; Dom Juan ou le Festin de Pierre, pi ?ce en 5 actes inspir ?e du mythe de Dom Juan cr ?? par le dramaturge espagnol Tirso de Molina en 1630. La pi ?ce met en sc ?ne les 36 derni ?res heures de Dom Juan, un jeune noble d ?bauch ?, s ?ducteur et blasph ?mateur qui encha ?ne les conqu ?tes amoureuses ; ses projets sont mis ? mal par son attitude hypocrite et ses mensonges qui viennent rapidement le rattraper ; au moment oo ? il tend la main que lui demande de prendre la statue de pierre, celle du Commandeur, qu’il a tu ? autrefois, il n’ ?chappe pas ? la vengeance divine et meurt foudroy ?.(Acte 5, sc ?ne 6).
Curieusement, Moli ?re ne respecte pas dans cette pi ?ce la r ?gle dite des trois unit ?s propre au th ??tre classique (unit ?s de lieu, d’action et de temps). Cependant, la pi ?ce remporta un grand succ ?s lors de sa premi ?re repr ?sentation avant d’ ?tre censur ?e puis interdite jusqu’en 1841.
En ao ?t 1665, Moli ?re est nomm ? com ?dien en titre du roi qui lui commande un petit impromptu avec musique et ballet, intitul ? L’amour m ?decin. L’ann ?e suivante, il pr ?sente Le misanthrope, pi ?ce dans laquelle il joue le r ?le d’ Alceste, le personnage principal, et qui est appr ?ci ?e par les ? personnes d’esprit ? mais mal accueillie par le grand public.
En 1670, Louis XIV, d ?sireux de donner une le ?on ? un sultan qui avait eu le mauvais go ?t de ne pas para ?tre ?bloui par les splendeurs de Versailles, commande ? Moli ?re une ? turquerie ? : c’est Le Bourgeois gentilhomme, com ?die-ballet en 5 actes dans laquelle Moli ?re se moque des parvenus qui tentent de s’ ?lever ? la noblesse de fa ?on ridicule et des nobles qui s’abaissent jusqu’ ? devenir des escrocs pour r ?parer leurs revers de fortune.
Apr ?s L’avare, Le Bourgeois Gentilhomme, Les fourberies de Scapin et Les Femmes savantes, Moli ?re signe sa derni ?re pi ?ce, Le malade imaginaire ; lors de la quatri ?me repr ?sentation, Moli ?re qui jouait le r ?le d’Argan, le malade imaginaire, fut victime d’un malaise, s’ ?croula sur sc ?ne et mourut quelques heures apr ?s, ? l’ ?ge de 51 ans. N’ayant pas abjur ? sa profession de com ?dien, il ?chappa de justesse ? la fosse commune gr ?ce ? l’intervention de Louis XIV aupr ?s de l’archev ?que de Paris et fut inhum ? de nuit dans le cimeti ?re de l’ ?glise Saint-Eustache sans c ?r ?monie religieuse. Il repose ? Paris au cimeti ?re du P ?re-Lachaise.
En 2021, des personnalit ?s demand ?rent
que les cendres de Moli ?re soient transf ?r ?es au Panth ?on en 2022 mais la demande fut rejet ?e pour la raison que le Panth ?on n’accueille que des c ?l ?brit ?s n ?es apr ?s la R ?volution.
Peinture des m ?urs et des caract ?res
Moli ?re, qui a p ?n ?tr ? dans des milieux sociaux tr ?s vari ?s, peint avec pr ?cision les m ?urs de son temps. Il excelle ? ? situer ? ses personnages : malgr ? ses pr ?tentions, M.Jourdain, fils de marchand, (Le Bourgeois gentilhomme ) n’a qu’une servante, alors que le grand bourgeois Harpagon (L’avare), en d ?pit d’une avarice sordide, a une nombreuse domesticit ?. C’est avec brio que Moli ?re a peint les travers et les ridicules qui s ?vissaient dans tous les milieux ? son ?poque, le p ?dantisme et la pr ?ciosit ? en particulier.
L’essentiel consistait pour Moli ?re ? peindre des caract ?res, c’est- ?-dire ? montrer au spectateur ce que sont un misanthrope, un avare, un hypocrite en les faisant agir et parler devant nous. Notons que les pr ?cieuses, les p ?dantes, les bourgeois parvenus sont de tout temps ! Et que Moli ?re s’attache ? d ?crire des personnages profond ?ment humains et non conventionnels, qui sont ? l’image de ceux de la vie r ?elle.
L’ art du comique
Parmi les observations qu’il a faites autour de lui, Moli ?re utilise de pr ?f ?rence dans ses pi ?ces celles qui peuvent susciter le rire : comique bouffon ou haut en couleurs, comique de gestes ou de situations, comique de mots ou de r ?p ?titions.
C’est donc en peignant les hommes tels qu’ils sont que Moli ?re montre la profondeur de son comique : il soul ?ve un rire sans retenue en p ?n ?trant les ?mes, en mettant au jour le ridicule inh ?rent ? certains vices ou ? certaines passions. La sc ?ne du Bourgeois Gentilhomme repr ?sent ?e dans la gravure ci-dessous est pr ?c ?d ?e par la c ?l ?bre le ?on du ma ?tre de philosophie, ? qui M. Jourdain avait demand ? conseil pour tourner ?l ?gamment un ? billet ? destin ? ? la marquise de qui il est tomb ? amoureux.
– Je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour, mais tourn ?es ? la mode bien arrang ?es comme il faut.
Le ma ?tre de philosophie propose alors : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.
– Mais de toutes ces fa ?ons-l ? laquelle est la meilleure ?
– Celle que vous avez dite : ? Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. ?
– Cependant, je n’ai pas ?tudi ? et j’ai fait tout du premier coup ! Je vous remercie de tout mon c ?ur et vous prie de revenir demain.
Portraits
Pierre Mignard a peint ce portrait de Moli ?re jeune en 1658 :
? Outre les grandes qualit ?s n ?cessaires au po ?te et ? l’acteur, Moli ?re poss ?dait toutes celles qui font l’honn ?te homme ; il ?tait g ?n ?reux et bon ami, civil et honorable en toutes ses actions, modeste ? recevoir les ?loges, savant sans vouloir le para ?tre et d’une conversation si douce et si ais ?e que les premiers de la Cour et de la Ville ?taient ravis de l’entretenir ?, ?crit Chappuzeau en 1674 dans son ?loge de Moli ?re. Tous ses contemporains s’accordaient pour louer ses qualit ?s de metteur en sc ?ne et d’acteur comique.
Comme de nombreux auteurs, Goethe a c ?l ?br ? son g ?nie : ? Moli ?re est tellement grand qu’on est toujours frapp ? d’ ?tonnement quand on le relit. ?
Depuis 400 ans que ses pi ?ces sont jou ?es, elles n’ont pas pris une ride !
VIVE MOLI ?RE !
Elisabeth Catala

